Quand le quatrième mur disparaît

Éric Chalifour, Vicky Boutin et Guylaine Rivard incarnent... (Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie)

Agrandir

Éric Chalifour, Vicky Boutin et Guylaine Rivard incarnent des âmes brisées dans le cadre de la nouvelle création du Théâtre CRI, Entre 4 murs: Des craquelures. La première a eu lieu vendredi et les quatre aures représentations seront données d'ici a 6 septembre, au 3967 rue Saint-Antoine, à Jonquière.

Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Daniel Coté
Le Quotidien

Depuis sa naissance, il y a 20 ans, le Théâtre CRI plonge les comédiens, les metteurs en scène et tous ses collaborateurs, sauf peut-être les préposés à la billetterie, dans des conditions favorisant l'expérimentation. C'est à nouveau le cas avec Entre 4 murs: Des craquelures, à cette nuance près que le public aussi est mis à contribution.

La première des quatre pièces qui seront créées d'ici au printemps a été étrennée vendredi soir. Le fait que les représentations ont lieu dans une vénérable résidence, celle des fondateurs de la compagnie, Guylaine Rivard et Serge Potvin, constitue la grande nouveauté de cette production. On peut vraiment parler d'un produit maison.

Après avoir attendu dans la cour, le public, qui avait retenu l'essentiel des 25 places disponibles, a pénétré dans un espace qui correspond, en gros, au salon. Pendant qu'il prenait place sur trois rangées de bancs, Guylaine Rivard, qui incarne l'un des trois personnages en cause ici, se tenait debout sur une grande table, dans la salle à manger.

Le visage fermé, pas plus jasante qu'une statue, elle se déplaçait d'une extrémité à l'autre pendant qu'un son sourd, vaguement sous-marin, prenait peu à peu le dessus sur les conversations. Un climat d'étrangeté était installé et déjà, à l'intérieur de 25 têtes, les premières questions, hypothèses, antithèses et affirmations hésitantes fusaient.

Qui est cette femme âgée? Une mère? Une folle? Une désespérée ou l'ensemble de ces réponses? Et l'autre, plus jeune, couchée dans une sorte de garde-robe, apparemment endormie? Elle est loin et près en même temps, mais soudain, on entend claquer une porte, puis des bruits sourds. La vieille dame, indifférente, est maintenant assise et écrit.

Jusqu'à la fin de la pièce, elle évoluera en parallèle, comme si la jeune femme et l'homme qui, bientôt, va emmurer celle-ci en vissant un panneau de bois, n'existaient pas. Son mystère sera à peine ébréché par les phrases qu'elle prononcera en cours de route. Est-ce un message au conjoint disparu? Une façon de prendre congé de la vie?

La proximité ajoute à l'expérience vécue par le public, que ce soit lorsque la jeune femme, campée par Vicky Côté, redevient visible grâce à une caméra. L'image projetée sur un mur rend son corps plus grand que nature, alors qu'elle gratte avec une cuillère. Elle est là sans être là, fredonnant parfois L'eau vive, la chanson de Béart.

On l'imagine séquestrée par l'homme, mais pourquoi? Pour en abuser physiquement? Psychologiquement? Peut-être s'agit-il de sa soeur, mais comme pour interrompre l'afflux d'interrogations, des bruits se font entendre, qui remettent le cerveau à pause.

On entend une chaise bercer sur le plancher de bois, le craquement du plafond quand le personnage interprété par Éric Chalifour marche au premier étage, le sifflement d'un train, aussi, qui ne faisait peut-être pas partie du scénario. À chaque fois, on réalise que le quatrième mur est bien mince, celui qui sépare le public des comédiens.

Plus la pièce progresse et plus les pistes se multiplient, cependant. C'est ainsi qu'avant de quitter, la vieille dame lance: «Famille décomposée. Et recomposée avec du ''masking tape''.» La plus jeune, qui avait réussi à percer le mur, à dessiner dessus, baisse soudain les bras: «Je ne désire plus rien. Cette fois, je ne m'en sortirai pas.»

On perçoit bien l'enfermement que veut suggérer Des craquelures et même si à la fin, on jongle avec autant de questions qu'au début, ce projet piloté par la metteure en scène Andrée-Anne Giguère a atteint son but. Entre deux interrogations, on a côtoyé trois âmes brisées, partagé un bout de leur intimité.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer