Le plaisir de célébrer ses racines

Le groupe Train d'Enfer a livré un spectacle... (Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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Le groupe Train d'Enfer a livré un spectacle fort apprécié, vendredi soir, à l'ouverture des Grandes Veillées. Il en a profité pour étrenner la chanson qui deviendra le thème de cet événement, dont la dixième édition prendra fin dimanche.

Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie

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Daniel Coté
Le Quotidien

Il est de bon ton de se proclamer citoyen du monde. Ce n'est pas faux, mais il y a des moments comme vendredi soir, au centre-ville de La Baie, où on ressent le besoin de se dire d'ici, de cette région, de cette ville, voire de ce quartier. C'est le plaisir que s'est accordé le public, nombreux, qui a assisté à l'ouverture des Grandes Veillées.

Il faisait encore clair et de lourds nuages flottaient bien bas derrière la scène, comme pour contredire l'arc-en-ciel qui se déployait du côté de Grande-Baie, aux alentours de 19h. Les gens auraient pu se montrer timides, mais le goût de célébrer la 10e édition du festival en compagnie de Train d'Enfer a vaincu toutes les réticences.

Le groupe existe depuis 16 ans et ses racines plongent creux dans la terre baieriveraine. Présent à toutes les Grandes Veillées, il avait plein de bonnes raisons de prolonger cette séquence, à commencer par les nouvelles chansons qui, dans un avenir pas trop lointain, justifieront son retour en studio.

Parfois, comme dans Le temps fou, on perçoit d'autres tonalités que celle du trad à travers le beat sautillant, le débit rapide de Marlène Claveau au chant. «C'est du jazz à la Triplettes de Belleville», a expliqué Louis Côté qui, à titre exceptionnel, avait abandonné le micro pour se concentrer sur la guitare.

Dans La grande soif, par contre, on a découvert que les 21 pionniers qui ont colonisé le Saguenay n'avaient pas juste la tête à défricher au moment de quitter Charlevoix. «Ils ont embarqué des barils de rhum et décidé de s'abreuver de bonheur, ce qui explique notre gène de bons buveurs. Coramh est là-dessus», a annoncé Louis Côté avec humour.

Les accents trad portés par le violon de Lisianne Minier ont fait merveille sur cette composition enlevée dont la finale, truffée de la, la, la entonnés par la foule, fut particulièrement réussie. Les gens commençaient à se réchauffer, une tendance lourde confirmée par la pièce suivante, La tournure.

C'est un bon exemple de l'approche de Train d'Enfer, qui ne se gêne pas pour dépoussiérer le patrimoine, sans jamais lui manquer de respect. Ajouter une touche de saxophone à une gigue couplée à deux reels écossais? Oui, ça se peut et curieusement, on finit par trouver la chose parfaitement naturelle.

Le sillon identitaire

Quelques reprises ont émaillé le programme, dont celle, très réussie, de la chanson Encore et encore de Francis Cabrel. Le groupe lui a secoué les puces, pareil à un rouleau compresseur, jouant dans les talles du rock, et le public a répondu en se montrant encore plus engagé.

Un peu plus tôt, la même magie avait transfiguré Le grand six pieds, cet hymne nationaliste qui, on l'a bien perçu, éveille un sentiment d'appartenance qui n'a besoin que d'un coup de pouce pour se manifester. La pièce qu'on attendait, cependant, était la plus récente de toutes, le thème des Grandes Veillées, livré pour la première fois.

«Le Diable fait dire qu'il sera là, lui aussi», a chanté Louis Côté avec la foule, à qui il venait d'apprendre le refrain. Elle a tout de suite adopté cette pièce enjouée qui reflète bien la vocation du festival, où on célèbre la musique traditionnelle sans en faire une pièce de musée.

Chez nous, de Daniel Boucher, a de nouveau creusé le sillon identitaire, si bien qu'à l'heure du rappel, marqué par le retour de trois anciens de la formation, il coulait de source de revisiter Mon village. Si Paul Davis a assisté à cette interprétation en forme de communion, sur le nuage mentionné tantôt, il a sûrement versé une larme.

Jamais la foule n'a chanté avec autant d'abandon, alors que Train d'Enfer proposait une version musclée de la célèbre ballade. Son plaisir était manifeste, tout comme celui des musiciens. C'est ainsi que le temps d'une chanson, notre petite société souvent bardassée, en proie au doute, s'est souvenue de ce qu'elle a été et de ce qu'elle demeure: de la meilleure part d'elle-même.

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