Le mathématicien des couleurs

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Le peintre Pascal Picard profite de l'atelier de l'artiste Guy Blackburn, qui n'en avait pas besoin cet été.

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Les étoiles se sont alignées au bon moment pour le peintre saguenéen Pascal Picard, qui profite du prêt d'un vaste atelier trois mois avant son exposition nécessitant la production de 14 toiles de grandes dimensions.

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Pascal Picard a été choisi pour ce don parce qu'il travaille sur des oeuvres de grand format, et que disposer d'un vaste atelier est un gros atout pour soutenir cette pratique. 

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L'artiste et homme d'affaires Guy Blackburn, dont le travail est reconnu au Québec et à l'international, disposait d'un espace vacant au centre-ville de Chicoutimi. Il a communiqué avec le Conseil des arts de Saguenay, selon la formule des dons dédiés, pour trouver une personne respectant ses exigences qui pourrait l'utiliser durant trois mois cet été, le tout accompagné d'une bourse de 500$ pour l'achat de matériel. L'offre est tombée à point pour Pascal Picard, qui s'était résigné à peindre les sept principales oeuvres de Diagnostics, presque aussi hautes qu'un homme, dans son deux pièces et demi. Les sept autres, des tests de couleur, ont été réalisées durant une résidence prospective à Saint-Ambroise, chez Quelques millions d'années.

«C'est fantastique, il n'y a rien de plus beau pour la pratique d'un artiste», confie Pascal Picard, constamment en recherche d'un atelier depuis des années. Pour M. Blackburn, il s'agit d'un geste «hautement symbolique d'occupation du territoire et de partage», et il espère que d'autres détenteurs d'espaces inutilisés seront inspirés.

Cours d'art

Pascal Picard a été invité en juin à remplacer une exposition à l'Espace virtuel du centre Bang, au Cégep de Chicoutimi. Le vernissage est prévu le 25 août. Le peintre a accueilli Le Progrès-Dimanche dans son atelier prêté en pleine création de Diagnostics, qui aura des allures d'un cours sur les couleurs.

Le Saguenéen se voit tel un scientifique, qui ne montre pas des tableaux, mais «démontre» l'interaction de la matière. Pour chaque oeuvre, il s'est trouvé un «cobaye», qui a vécu une «soustraction» dans sa vie. Il peut s'agir de n'importe quelle perte, un deuil, un échec à l'école, un accident, etc. Le concept est lié à la théorie de la synthèse soustractive, où chaque ajout d'une couleur comme le bleu cyan (C), le jaune (Y) ou le rouge magenta (M) réduit la source lumineuse qu'est le blanc. Pascal Picard travaille avec ces trois teintes, plus le noir (K).

Inspiré des équations en algèbre, l'artiste développe pour chaque oeuvre une formule devant égaler zéro à la fin. +1C (f) pour l'ajout d'une couche de cyan dans le fond de la toile, +0 pour une couche de scellant, -1 M (c) pour le retrait d'une couche de magenta sur le corps du sujet... Car le médium principal du peintre n'est pas l'acrylique ou l'huile, mais l'eau. «Je dis souvent que je ne peins pas, mais que je dépeins.» La superposition des couleurs en crée de nouvelles, jamais mélangées avant application, et la manipulation des couches découpe les formes. Il y a environ 75% de contrôle conscient, le reste est du beau hasard. Le fameux «risque» qui permet à l'artiste d'évoluer.

Le visiteur pourra visiter l'exposition avec un carnet où les équations qui retracent la conception des toiles seront indiquées. «Les gens pourront presque reproduire mes tableaux! Il ne peut pas avoir plus pédagogique. Je ne fais pas ça pour ceux qui connaissent l'art, mais pour donner une raison à M. et Mme Tout-Le-Monde de venir avec leurs enfants, de découvrir et d'apprendre», indique Pascal Picard.

Pascal Picard a pris six heures pour dessiner... (Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie) - image 2.0

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Pascal Picard a pris six heures pour dessiner un code QR sur le chandail de son sujet, et le test avec le cellulaire est positif!

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Une toile avec un code QR

Le peintre Pascal Picard pourrait bien avoir inventé une nouvelle sorte de tableau, une «toile multimédia».

L'oeuvre centrale de l'exposition Diagnostics contient un code QR sur le chandail du sujet, un carré qui fait penser à une grille vide de mots croisés pour les non-initiés. Lorsqu'on le scanne avec l'application d'un cellulaire, on arrive sur le site Web de l'artiste. Il veut réutiliser le concept pour les fiches de présentation, qui mèneront sur une galerie photo contenant toutes les informations sur le tableau, et pour l'affiche publicitaire, qui dirigera les curieux vers l'évènement Facebook du vernissage le 25 août.

«Je pense toujours en fonction de la soustraction. Quand j'ai découvert les codes QR, j'ai trouvé ça hallucinant. En donnant un minimum d'informations, tu peux avoir accès à un maximum de données. C'est comme une cinquième dimension à l'oeuvre», explique Pascal Picard. Par exemple, un dessin d'un de ces carrés uniques sur la fesse d'un porc pourrait mener le visiteur vers un site sur les abattoirs. Sur une personne, l'artiste y voit une certaine poésie, comme si on codait l'être humain. D'ailleurs, les sujets de ses oeuvres ne sont pas peints comme un portrait, ils deviennent plutôt une «planche de travail anatomique».

«Je travaille de façon très rationnelle et méthodique. Je prends tout en note pour cette exposition. C'est une façon plus rentable pour moi que de peindre seulement pour le plaisir, car j'ai une raison. Je fais de la recherche pour faire grandir la pratique, et le plaisir est encore plus grand, raconte-t-il. Parfois, je place les toiles sur la table, et il me manque juste un sarrau blanc pour me sentir dans une morgue en train d'oeuvrer sur un corps!»

Pascal Picard recherche un dernier cobaye pour ce projet, un adolescent qui a vécu une perte. «On vit dans un monde de soustractions, il n'y a qu'à voir les guerres, les famines ou les kamikazes.»

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