Le concert de tous les enchantements

Le choeur dirigé par Pierre Lamontagne, vendredi soir... (Photo Le Quotidien, Michel Tremblay)

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Le choeur dirigé par Pierre Lamontagne, vendredi soir à Laterrière, a rappelé à quel point la voix humaine constitue un instrument remarquable.

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Daniel Coté
Le Quotidien

La voix humaine reste le plus beau des instruments. Lorsqu'elle est aussi bien maîtrisée que ce fut le cas vendredi, apte à rendre les moindres nuances d'une composition tout en laissant filtrer un supplément d'âme, il est impossible d'échapper à ses sortilèges.

Ceux qui ont assisté au troisième concert tenu dans le cadre du Rendez-vous musical de Laterrière - il se poursuit samedi et dimanche - se souviendront longtemps du plaisir que leur ont procuré les membres du choeur dirigé par Pierre Lamontagne. Nombreux au point de déborder jusqu'au jubé de l'église Notre-Dame, ils ont été témoins d'une performance exceptionnelle à tous égards.

La pièce de résistance était le Te Deum de l'Anglais Karl Jenkins, servie à la fin du programme. Cette oeuvre toute neuve, puisqu'elle remonte à six ans, joue sur le contraste entre les passages énergiques, presque rock sous l'impulsion des percussions et du chant saccadé, et ceux d'une extrême douceur suggérant une forme d'élévation.

Pour négocier ces virages, ça prenait un choeur bien préparé, très engagé dans ce projet ambitieux. Or, à aucun moment n'a-t-on relevé une faille dans les mailles. La pièce surprend parfois, mais ce qu'ont fait ressortir les interprètes, c'est sa modernité un brin cinématographique, jumelée à de jolies références au chant choral tel qu'on le pratique depuis des siècles dans la partie de Purcell.

Ce n'est pas pour rien que le public s'est levé d'un bloc pour saluer ce tour de force. Il a affiché un enthousiasme qui allait au-delà de ce qu'on peut anticiper à la fin d'un concert. Il faut dire que pendant près de 90 minutes, on avait beaucoup sollicité sa capacité d'émerveillement.

Dès le départ, en fait, des choristes installés au jubé ont entonné un air de Tallis, If Ye Love Me, accompagnés par Janick Tremblay à l'orgue. Livré dans la pénombre, en toute simplicité, leur chant s'est révélé aussi soyeux que le trombone de Pier-Yves Girard dans la pièce suivante, Säng till Lotta de Sandström.

Il était appuyé par la pianiste Natsuki Hiratsuka à l'occasion de ce duo qui, nonobstant les qualités du choeur, a mis en lumière le travail des musiciens. Eux aussi ont créé de la magie, comme dans le Quatuor pour hautbois et cordes de Mozart.

L'idée de remplacer le hautbois par le basson de Martin Mangrum s'est révélée judicieuse. On a pu apprécier le voisinage de ses textures toutes en rondeurs et celles des cordes, en plus de profiter d'une rare occasion d'entendre distinctement cet instrument.

Les musiciens ont aussi conféré du relief au Concerto pour trompette en ré majeur de Telemann. Installés en demi-cercle, debout pour respecter les usages qui avaient cours au temps du baroque, ils ont livré une interprétation énergique sous la direction de Nicolas Ellis, qu'on a aussi entendu au clavecin.

Le baroque, encore, s'est manifesté sous la forme du Prélude de la Suite no. 1 de Bach. Le défi relevé par Pierre Lamontagne fut d'ajouter du chant au violoncelle dont jouait son fils François, mais le véritable exploit a été réalisé tout de suite après, pendant le Gloria de Orban.

Cette composition nécessite beaucoup de souplesse, puisqu'elle constitue le pendant musical d'un kaléidoscope. Le ton change constamment, en effet, ce qui entraîne de brusques montées alternant avec des passages saccadés et de brèves plages de sérénité.

En comparaison, le rappel proposé par le choeur et l'orchestre, Partons, la mer est belle, apparaît d'une extrême simplicité. Il a pourtant suscité une réelle émotion lorsque le public a répondu à l'invitation lancée par Pierre Lamontagne, chantant à la fois juste et fort.

C'est devenu quadraphonique, pour reprendre un mot à la mode dans les années 1970. L'église semblait bien petite, tout à coup, face à cette masse sonore apaisante. Parions que même à la maison, à l'heure de prendre le lit, plusieurs spectateurs ont été bercés par l'écho de cette mélodie.

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