«Juste une p'tite nuite»

CHRONIQUE / Passer «juste une p'tite nuite» chez Dédé. L'offre de l'Hôtel 10... (Photo La Presse, Hugo-Sébastien Aubert)

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Anne-Marie Gravel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Passer «juste une p'tite nuite» chez Dédé. L'offre de l'Hôtel 10 était impossible à refuser.

C'est ainsi que j'ai parcouru les quelque 500 kilomètres qui séparent Saguenay de l'hôtel, situé au coin des rues Saint-Laurent et Sherbrooke à Montréal.

«C'est à cet endroit que Dédé a créé une grande partie de son oeuvre», m'avait-on expliqué.

Dans ma voiture, en écoutant les chansons des Colocs, j'étais tout de même sceptique. Comment rendre hommage à Dédé et à son univers dans un lieu qui a grandement changé depuis qu'il l'a habité? Un hôtel-boutique?

À mon arrivée devant la porte de Chez Dédé, la suite 2116, mon regard s'est posé sur la murale qui l'habille comme sur une oeuvre dans un musée. Avec une certaine distance d'abord, puis une curiosité qui donne envie de s'en approcher, de lui toucher.

En entrant dans la suite, on a d'abord l'impression d'entrer chez quelqu'un. Puis, les bagages à peine déposés sur le sol, une longue visite des lieux s'impose.

Dédé est partout. En mots, en photos, en musique. Rien n'a été fait au hasard. L'emplacement de chaque élément lui donne un sens particulier. La poésie de Dédé pousse à s'arrêter un instant.

Un livre est posé sur la table du salon, une note laissée par une amoureuse repose un peu plus loin, des extraits de lettres sont transcrits sur les murs, tout comme des chansons, des réflexions... Des carnets entiers qui n'ont jamais été publiés ont permis de transposer une partie de l'univers de l'artiste originaire de Saint-Thomas-Didyme au Lac-Saint-Jean.

La discographie complète des Colocs, le film Dédé à travers les brumes et la vidéo des spectacles du groupe sont à la disposition des «colocs» d'une soirée.

Aucune raison de résister à l'envie d'entendre Dédé chanter dans ce qui a été son appartement.

Il y a quelques années, les mêmes notes y ont résonné.

Les lieux ont changé, évidemment. Du temps de Dédé, l'appartement était plus vaste, tout de béton. Il aimait y inviter des amis, souper en gang, «jammer». Dédé était rassembleur, mais aussi travaillant. Même lorsque les Colocs donnaient des spectacles plusieurs fois par semaine, il tenait à répéter. «Ce n'est pas pour rien que les Colocs ont réussi», assure Jimmy Bourgoing, ex-batteur et cofondateur du groupe.

Aujourd'hui, de beaux rideaux épais ornent les fenêtres qui donnent sur le balcon. Réal Fortin, frère de Dédé, se souvient encore en avoir lui-même installés de forts différents, à une époque où ils cohabitaient avec des affiches de groupes de musique et des amplis.

Rencontrer Réal Fortin et son fils Michel dans l'ancien appartement de Dédé, c'est également plonger des proches de l'artiste dans leurs souvenirs. Heureux, mais aussi douloureux.

La dernière fois que Michel Fortin y avait mis les pieds, c'était pour y voir son oncle. Celui qui avait à peine atteint l'âge adulte à la mort de Dédé avait peine à contenir ses larmes. Il se rappelait ses passages à l'appartement, le sourire de celui qui l'accueillait. Puis la tristesse a fait place au sourire.

On a parlé de Dédé, de son oeuvre, tranquillement, dans ce qui avait été son chez-soi. Dans ce qui a été le lieu de création de pièces qui ont marqué l'histoire musicale du Québec, des chansons qui résonnent encore aujourd'hui.

On aurait pu y rester des heures. Le temps a passé. J'ai dû saluer les visiteurs, avec le sentiment de les forcer à quitter un endroit où ils ont un peu l'impression de retrouver un être cher.

Si tel est réellement le cas, Chez Dédé, la suite 2116, a relevé le défi.

J'ai pris mes sacs et fermé la porte. «Salut Dédé!»

Sur le chemin du retour, les mêmes pièces des Colocs ont joué dans la voiture.

Cette fois, elles semblaient un peu différentes. Comme si tout à coup, Dédé m'était moins étranger. Comme si «juste une p'tite nuite», nous avions partagé quelque chose.

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