Dédé de retour chez lui

La suite 2116 suite est inaugurée aujourd'hui en... (Photo La Presse, Hugo-Sébastien Aubert)

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La suite 2116 suite est inaugurée aujourd'hui en l'honneur du chanteur Dédé Fortin à l'Hotel 10.

Photo La Presse, Hugo-Sébastien Aubert

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Anne-Marie Gravel
Le Quotidien

Seize ans après la mort de Dédé Fortin, un hommage des plus particuliers lui est rendu. De 1991 à 1998, l'auteur-compositeur-interprète a habité le 2116, Saint-Laurent, à l'angle de la rue Sherbrooke. Il louait une partie du troisième étage de l'Édifice Godin, un immeuble aujourd'hui centenaire où squattaient également de nombreux artistes. C'est là qu'il a créé la plupart des pièces des Colocs, composé des textes, tourné des vidéoclips. Depuis, l'immeuble a été transformé en hôtel-boutique. Grâce à la collaboration de la directrice générale de l'Hôtel 10 et de proches de l'artiste, Chez Dédé, la suite 2116, a été inaugurée jeudi soir. Une suite hommage remplie de paroles, photos, extraits de chansons et pensées de Dédé, dont 10 % du coût de location sera remis à la Fondation Dédé Fortin dédiée à la prévention du suicide et des maladies mentales.

Réal Fortin, frère aîné de Dédé Fortin, est emballé et ému par le projet de l'Hôtel 10. « C'est le plus bel hommage qui lui est rendu depuis sa mort », estime-t-il.

La vue de la pièce remplie de souvenirs de Dédé le fait sourire. Sur les murs, des extraits de chansons, des photos, des dessins, mais aussi des pensées de Dédé qui n'ont jamais été rendues publiques ont été assemblés.

« C'est ici qu'il a tout créé. C'était chez lui », affirme Réal Fortin, rencontré en compagnie de son fils Michel à l'Hôtel 10.

Le neveu de Dédé n'avait jamais remis les pieds dans l'appartement depuis que son oncle l'a quitté. « J'avais hâte qu'il revienne ici... », confie-t-il, évoquant son dernier passage sur les lieux. « Je suis maintenant arrivé à l'âge qu'il avait quand il est mort (37 ans) », souligne-t-il, le regard embué par les larmes en entrant dans la pièce.

Même si 16 années se sont écoulées depuis la mort tragique de Dédé, son souvenir est omniprésent pour ses proches.

« On a appris à vivre avec, mais le deuil de Dédé ne sera jamais fait complètement, étant donné qu'il est partout », confie Réal Fortin.

Une réalité difficile à vivre. Plusieurs membres de la famille ont appris la mort de Dédé dans les médias. Le choc a été brutal.

Les jours suivants, sa musique avait envahi les ondes. Un poids qui s'ajoutait à l'incompréhension et à la tristesse.

Quinze jours à peine avant que Dédé ne s'enlève la vie, les deux frères avaient discuté ensemble jusqu'aux petites heures du matin.

« Il était venu coucher à la maison parce que le lendemain, il souhaitait être là pour célébrer Pâques avec nos parents », raconte Réal Fortin.

Dédé arrivait d'un voyage au Brésil. Il lui a confié avoir vécu une période qui lui rappelait sa dépression de 1986. « Il m'a dit qu'il avait fait le voyage pour se changer les idées, qu'il allait mieux et qu'il avait de nouveaux projets », raconte-t-il, tentant encore de s'expliquer le geste posé quelques jours plus tard.

Les deux frères étaient proches. « C'est mon idole. J'ai toujours été fan de lui », affirme celui qui était de 14 ans son aîné. « André m'a écrit un texte disant à quel point j'avais été important pour lui. J'aurais bien aimé lui avoir écrit moi-même ce texte », regrette-t-il.

Aujourd'hui, Réal Fortin est heureux de voir un hommage lui être rendu. Si, au départ, l'idée le laissait perplexe, une seule rencontre avec la directrice générale de l'Hôtel 10 l'a convaincu d'embarquer. « J'ai tout de suite su que le projet était mené par des gens sincères pour les bonnes raisons. Et une partie des profits de la location va à la Fondation Dédé Fortin. »

En plus de la suite 2116, une murale de Dédé devrait apparaître sur le mur extérieur du bâtiment qui abritait autrefois Le Doux Paradis, un restaurant fréquenté par Dédé et ses amis.

« Avec la murale et d'autres éléments qui seront développés autour de l'Hôtel 10, l'hommage sera accessible autant pour les gens qui ont les moyens de louer la suite que pour ceux qui sont sur le trottoir », se réjouit celui qui a grandement participé à la concrétisation du projet, notamment en permettant aux artistes d'avoir accès aux cahiers de notes de Dédé. Des écrits qui, jusqu'à maintenant, étaient demeurés privés.

« On les a toujours protégés », confirme-t-il, soulignant qu'il a vu dans la participation de jeunes artistes une occasion de créer quelque chose de nouveau. « J'ai su que ça serait bien. »

La suite, l'âme des Colocs

Suite 2116, ce n'est pas seulement un disque posthume paru en 2001. Pour Jimmy Bourgoing, ex-batteur et cofondateur des Colocs, c'est l'âme même des Colocs.

« Les Colocs viennent de là, affirme-t-il sans hésiter au cours d'un entretien téléphonique. C'est là que se passaient toutes les répétitions, tous les "partys", tous les soupers. On y a tourné les vidéos. »

Jimmy Bourgoing n'avait pratiquement jamais revu l'Édifice Godin depuis la mort de son complice Dédé Fortin.

« Quand j'ai vu passer la photo de l'immeuble sur le Web, ç'a m'a touché », raconte celui qui a collaboré à donner forme à l'hommage.

« Chaque fois que je vais dans cette suite, je dis "Salut Dédé" en entrant et en sortant. Je sais qu'il est là, je sens qu'il est là. Dans la chambre, j'ai l'impression que Dédé va arriver avec son petit café noir, affirme-t-il. Des hommages à André, il y en a eu quelques-uns. Cette fois, on sent vraiment l'âme d'André. On le ramène où il doit être, en plus d'aider la fondation. Je suis certain que Dédé aurait adoré ça. »

Il espère surtout que le projet aura un effet réconfortant pour la famille. « Quand je vois le sourire de son frère, je me dis mission accomplie », affirme celui qui a rencontré Dédé au début des années 90. Il pense encore régulièrement à cette époque.

« Toute ma vie, je vais regretter Dédé et Pat (Patrick Esposito Di Napoli). Ces deux gars-là me manquent, confie-t-il. Je suis honoré de les avoir eus pour amis. Dédé était quelqu'un de très intense, plein de compassion, doté de grandes qualités sociales. Il était brillant, avait une culture hallucinante. Quand tu as passé 10 ans avec quelqu'un de ce talent-là, tu es marqué pour la vie. Je vais toujours m'en ennuyer. »

Une photo sur le Web a tout enclenché

Lorsqu'elle a mis des photos sur le Web pour souligner le 100e anniversaire de l'immeuble abritant l'Hôtel 10, Jo-Anne Sauvé-Taylor était loin de se douter des conséquences de son acte.

« Jimmy Bourgoing, ancien batteur des Colocs et ami de Dédé, a émis un commentaire. Il disait que l'âme des Colocs était là. Qu'il était certain que Dédé devait y faire encore son tour de temps en temps. J'ai invité Jimmy à venir y faire un tour », raconte la directrice générale de l'Hôtel 10 au cours d'un entretien téléphonique. « Ç'a été la rencontre la plus touchante et la plus mémorable de ma carrière. J'ai perdu un ami très proche du suicide. On partageait ça. »

Celle qui avait déjà le projet de faire de l'habillage artistique sur des portes de l'Hôtel 10 imaginait installer une petite plaque en hommage à Dédé. Elle a pensé offrir 10 % des revenus de location de la suite à la Fondation Dédé Fortin.

Jimmy Bourgoing l'a mise en contact avec Réal Fortin, le frère de Dédé responsable de la succession. Le projet a pris de l'ampleur.

Chez Dédé, suite 2116, a été créée.

« On voulait rendre hommage à Dédé en ramenant ce qui est positif, on voulait sortir de la fin triste », affirme celle qui compte organiser une collecte de fonds pour le 10e anniversaire de la Fondation Dédé Fortin.

L'artiste Mateo a réalisé la murale intérieure de la suite, Marc Sirus, l'habillage de la porte.

La guitare de Dédé a également été peinte sur les murs du corridor et les portes de l'étage où se trouvait son appartement. Une vidéo des Colocs est diffusée dans l'escalier qui menait autrefois à l'appartement et des vitraux de Dédé, Patrick Esposito Di Napoli, la pochette de Dehors novembre et de l'Édifice Godin ont été installés. Au final, 22 personnes ont travaillé sur le projet.

Il est maintenant possible de louer la suite « juste une p'tite nuite » ou plus longtemps. Le coût de location est de 499 $ ou 599 $, selon la saison, incluant le stationnement avec service de valet, le petit-déjeuner pour deux et un DVD l'Intégrale 1993-2000 des Colocs.

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