La voix venue du Grand Nord

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Le Plan Nord du Festival des musiques de création fonctionne mieux que celui du gouvernement provincial.

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Daniel Coté
Le Quotidien

Le Plan Nord du Festival des musiques de création fonctionne mieux que celui du gouvernement provincial.

Première à se lancer hier soir, dans le cadre de la 25e édition de cet événement, Tanya Tagaq a montré comment le chant de gorge pratiqué depuis des millénaires dans le Nunavut peut se révéler aussi moderne qu'une machine à loop.

Une belle foule était rassemblée à la Salle Pierrette-Gaudreault pour accueillir cette femme qui, à l'intérieur de son créneau, fait figure de référence à l'échelle internationale. Appuyée par le batteur Jean Martin et le violoniste Jesse Zubot, elle a fait la preuve que sa réputation n'avait rien d'usurpé.

« Je viens d'une petite place et j'aime les petites places. (...) Ce que je fais est différent, peu familier, mais je sens que vous avez l'habitude. Puisque ce soir, on va improviser, nous partagerons un moment qui ne se reproduira plus », a mentionné Tanya Tagaq avant d'attaquer la pièce de résistance du programme.

Pendant 45 minutes, elle a montré à quel point ses capacités vocales sont étendues, mais d'une manière qui échappe aux règles normales du chant. Dans la même séquence, une voix d'enfant peut cohabiter avec celle d'une créature monstrueuse. On peut aussi entendre un cri semblable à celui d'un oiseau, suivi d'un chant d'une infinie douceur.

Ce qui est aussi remarquable, c'est sa capacité de faire jaillir des images au fil de la performance. Comme Tanya Tagaq vient du Grand Nord, on croit percevoir le sifflement d'un vent venu de loin, le son que produit une banquise en train de se défaire, la tension générée par la présence d'un animal agressif.

La salle baigne dans un climat d'étrangeté que renforce la gestuelle de l'artiste. Ses mains sont promptes à suggérer la marche d'une bête, le plaisir ou la peur, tandis que ses mouvements tantôt élégants, tantôt brusques, tantôt sensuels, dessinent une chorégraphie originale, plus près de la danse moderne que du folklore.

Le réflexe naturel du spectateur est d'essayer de reconnaître des éléments familiers, mais pour goûter pleinement ce spectacle aux airs de kaléidoscope, il vaut mieux mettre sa raison de côté. C'est d'autant plus gratifiant que l'invitée du festival est appuyée par des musiciens de premier ordre.

De fait, le trio affiche une capacité d'écoute aussi remarquable que son inventivité. Chacun relance l'action, appuie les autres, se fait discret lorsque la situation le commande, semant de petits moments de magie qui ont poussé le public à saluer avec enthousiasme la première improvisation.

Une deuxième a suivi, plus courte et tout aussi contrastée. Il y a eu un chant très doux, relayé par un violon spectral, puis des arrangements corsés mettant la batterie à l'avant-plan. Ce fut une autre performance habitée, l'ultime coup de chapeau d'une artiste qui, à l'évidence, ne mentait pas lorsqu'il a dit aimer les petites villes.

Elle a laissé une telle empreinte qu'il en restera des traces vendredi soir, alors que le festival reprendra son erre d'aller à compter de 20h. Le programme comprend Projections libérantes, un hommage aux peintres Leduc, Borduas et Riopelle, suivi d'une collaboration inédite entre le Quatuor Bozzini et le guitariste norvégien Kim Myhr.

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