Quand la vie transcende la mort

C'était soir de première, jeudi à la Salle... (Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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C'était soir de première, jeudi à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière. Marie-France Bergeron, Geneviève Brochu, Nicolas de la Sablonnière et Carl Dufour ont assisté à la présentation du long métrage Époque 1916 en compagnie de près de 300 personnes.

Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie

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Daniel Coté
Le Quotidien

Le jour où Nicolas de la Sablonnière l'a invité à visionner son nouveau film, en mars, Carl Dufour s'était dit que son devoir de conseiller municipal, couplé à une certaine conception de la politesse, lui permettrait de quitter l'appartement de son concitoyen après 15 minutes.

Ce serait bien suffisant pour afficher un minimum de considération, surtout à la fin d'une semaine de dur labeur.

La réalité, c'est que l'élu du secteur Arvida, maintenant président de l'arrondissement de Jonquière, n'a pas eu le goût de retrouver la douceur de son foyer avant l'apparition du mot FIN. Il a vu les 90 minutes que dure Époque 1916 et les 300 spectateurs rassemblés jeudi soir, à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière, ont compris pourquoi ce ne fut pas un exercice de patience.

Ce film tourné avec des moyens dérisoires, mais beaucoup d'amour, de verve et d'inventivité, montre comment la vie s'insinue partout, en effet, y compris entre les murs du bâtiment défraîchi où le réalisateur et sa blonde avaient fait leur nid. Même sa démolition pour cause de vétusté, l'événement qui clôt l'histoire, n'a pas réussi à freiner cette pulsation.

Le titre, qui correspond à l'adresse située sur le boulevard Mellon, laisse croire qu'on va assister à un réquisitoire contre la destruction du patrimoine bâti, ou quelque chose du genre. La surprise est que cette question est complètement évacuée. C'est ainsi qu'après avoir appris qu'il devrait déménager, Nicolas de la Sablonnière, aussi connu sous le nom de Delasablo, accueille avec courtoisie le type qui va faire tomber les murs à coups de grue.

« Je te souhaite bonne chance avec ta démolition », laisse échapper celui qui, en plus de créer des films, a produit d'innombrables tableaux à l'intérieur de son appartement aux airs de loft. Époque 1916 montre que pour lui, l'essentiel réside ailleurs, notamment dans la camaraderie exprimée à maintes reprises au fil du long métrage. Parce que cet homme est entouré, épaulé, aimé, taquiné et respecté par beaucoup de monde.

Il y a sa blonde Geneviève Brochu, toujours partante pour confectionner des cadres, aplanir une toile, recueillir des roches au bord de l'eau et accueillir des nuées d'amis et de connaissances, le temps d'un party. Le père est aussi très proche, serviable, affectueux, tout comme l'indispensable complice qu'est Alexandre Rufin, directeur photo, producteur, caméraman et dépanneur de premier ordre.

D'une anecdote à l'autre, le film brosse un portrait impressionniste de ce qu'il faut bien appeler la bohème saguenéenne, une communauté qui, au fond, ne vit pas différemment de celles qui ont fleuri à Paris, Bloomsbury, Greenwich Village ou Boston. On perçoit la même précarité, la même galerie de personnages tantôt doués, tantôt extravagants, le même désir de trouver une parcelle d'éternité ailleurs que dans la religion.

Cette quête de transcendance est illustrée par Hervé Leclerc, le grand ami de Nicolas de la Sablonnière. Celui-ci nous le présente deux mois avant son décès, au cours d'une rencontre destinée à préparer un documentaire qui devait mettre son art en valeur. Le temps aura manqué pour concrétiser ce projet, mais voici que naît un portrait géant du disparu, un nu laissant voir les marques laissées sur son corps par 12 ans de lutte contre le cancer.

Ce sont les plus belles images du film, celles où le cinéaste affronte la toile, qui le fait paraître bien petit. Sa volonté féroce d'être digne de sa mission est manifeste. Il veut réaffirmer le pouvoir de la vie, de la mémoire, sa capacité de tutoyer la mort, ne serait-ce qu'un peu, parce que c'est nécessaire et que c'est beau. Et ne serait-ce que pour partager cet élan d'humanité, il valait la peine de tourner Époque 1916.

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