Tiken Jah Fakoly, l'éveilleur de consciences

Tiken Jah Fakoly n'a pas mis longtemps à... (Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie)

Agrandir

Tiken Jah Fakoly n'a pas mis longtemps à imposer sa présence sur la scène de l'hôtel La Saguenéenne, hier soir. Le chanteur originaire de la Côte d'Ivoire a livré un spectacle à la fois divertissant et éclairant, son premier dans la région.

Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Daniel Coté
Le Quotidien

Près de 500 personnes se sont découvert une âme africaine, hier soir, à l'hôtel La Saguenéenne de Chicoutimi. Massées devant la scène, pour la plupart, elles ont laissé l'un des artistes les plus engagés de ce continent, Tiken Jah Fakoly, élever leur conscience, tout en leur donnant le goût de danser.

Il s'agissait de sa première visite ici, un projet que les Productions Hakim caressaient depuis des lunes. L'homme s'est pointé à la faveur d'une tournée où, plus que jamais, son amour pour le reggae a dominé les arrangements portés par ses musiciens, lesquels étaient flanqués de deux choristes qui n'auraient pas déparé à Kingston.

Le groupe a pris le temps de poser quelques balises, laissant la basse et la batterie engager un dialogue sur fond de reggae, prélude à une intervention incisive du guitariste. Les fans, qui dansaient déjà, étaient mûrs pour l'arrivée de Tiken Jah Fakoly.

Vêtu d'une tunique somptueuse, il s'est déplacé d'un pas alerte à l'aide d'un bâton de marche, tout en chantant l'un de ses airs familiers, Le Descendant, d'une voix joliment terreuse. On aurait dit un grand prêtre avec sa barbe grisonnante, mais un prêtre qui, promptement, s'est mis à courir et à danser avec un bel abandon.

« Rastafari », a lancé Tiken Jah Fakoly pour la première, mais pas la dernière fois, avant de poursuivre avec Ça va faire mal. Le texte évoque la nécessité pour l'Afrique de s'unir pour être respectée, un thème qui allait revenir comme un leitmotiv, tout au long du spectacle.

Cette fois encore, c'est à l'aide d'une musique enjouée que l'artiste a distillé sa pensée, laquelle a acquis un surcroît de clarté avec Le prix du paradis. Comment faire bouger les choses sans le payer, ce fameux prix ? La leçon vaut pour les Africains, mais pourrait également servir au Québec, terre d'élection du tournage de coins ronds.

Il y a eu d'autres titres de la même eau, l'un d'eux étant Quand l'Afrique va se réveiller, mais il fallait ménager une place au nouvel album, Racines, formé de classiques du reggae jamaïcain. Un premier échantillon a été livré par l'entremise de Christopher Columbus, vite relayé par un medley qui a fait monter la température de quelques degrés.

Tiken Jah Fakoly semblait s'amuser autant que le public lorsque les dernières notes de Brigadier Sabari se sont évaporées dans un concert de cris et de sifflements. Il y avait une odeur de party, mêlée à d'autres effluves qu'affectionnait Bob Marley, et c'est à ce moment que le spectacle est entré dans une autre dimension.

Il aurait été tentant de poursuivre dans la même veine, mais après une brève pause, les musiciens ont tricoté une intro percussive, un brin arabisante. Il y avait quelque chose de solennel dans leur jeu et on a compris pourquoi quand le chanteur est revenu, cette fois vêtu d'un t-shirt, afin d'interpréter Plus rien ne m'étonne.

Cette version de son plus grand succès était plus lente que l'originale, plus triste aussi. Néanmoins, c'est en affichant une qualité d'écoute impressionnante que les gens ont reçu ce texte dénonçant la propension des grandes puissances à se répartir les richesses des autres, voire des régions entières, comme si elles jouaient au Monopoly.

Marchant l'un pas lent, empruntant un ton proche de celui d'une procession funéraire, Tiken Jah Fakoly a laissé toute la place aux mots. Quand le message devient le médium, le reste est superflu.

À lui seul, ce moment d'intense communion aurait justifié sa présence à Chicoutimi, mais la soirée n'était pas terminée. Le voici qui relançait le party avec Zimbabwe, un autre extrait de Racines. C'était reparti pour une longue nuit aux couleurs de l'Afrique et de la Jamaïque.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer