Les malheurs d'un mangeur de roches

Diogène (Martin Giguère) et Patrice Lelbanc dans L'enterrement... (Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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Diogène (Martin Giguère) et Patrice Lelbanc dans L'enterrement de Grossomodo.

Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie

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Daniel Coté
Le Quotidien

Grossomodo, c'est le Clown Noir un peu bêta, un bonasse qui se laisse porter par les événements au lieu de leur tordre le cou comme le ferait l'irascible Trac. Il n'a rien d'un personnage héroïque, mais c'est quand même lui qui se trouve au coeur de la nouvelle production du Théâtre du Faux Coffre, L'enterrement de Grossomodo.

Présentée aujourd'hui à 20h, ainsi que la semaine prochaine, de mercredi jusqu'à samedi, cette pièce raconte comment, dans le stationnement du Centre Georges-Vézina de Chicoutimi, le clown incarné par Pierre Tremblay est disparu sans avertissement. La nouvelle avait fait sensation, puisqu'il était le mangeur de roches le plus célèbre de la planète.

Pour rendre cette saga avec tous les égards qu'elle mérite, l'auteur et comédien Martin Giguère (il campe le clown Diogène) a imaginé un documentaire comme ceux que diffuse le Canal D. Le ton est ampoulé, ce dont témoignent les musiques quétaines, truffées de percussions et de violons dramatiques, qui balisent les interventions de l'animateur.

C'est Diogène, justement, qui multiplie les superlatifs à chaque fois qu'un document est exhumé. Sort-il la demande de subvention d'un artiste raté qu'on croit assister à la découverte du journal intime de Jésus. Un exemplaire des Fleurs du mal le mène au bord de la crise d'apoplexie, même si c'est son livre à lui, en édition de poche.

Le troisième larron, Patrice Leblanc, fait revivre un Trac légèrement déboussolé par son expérience aux côtés d'un metteur en scène à la fois retors et prétentieux. Comme ses camarades, il prête également ses traits à différents personnages, notamment le patron du cirque qui a fait de Grossomodo une vedette, un Sicilien sourcilleux.

Le documentaire ouvre plein de pistes grâce aux témoignages livrés par des comédiens faisant semblant de passer à la télé, à des manchettes inventées et aux interventions faussement sérieuses de l'animatrice Paule Therrien à la radio. Elle n'apparaît pas sur scène, mais en exagérant à peine, on pourrait y voir le premier Clown Noir féminin.

La grande majorité des spectateurs présents jeudi, à la Salle Murdock, étaient âgés de moins de 30 ans et n'ont pas boudé leur plaisir. Si des références rétro comme l'émission Ad Lib, de Jean-Pierre Coallier, les ont laissés tièdes, ils ont accueilli avec enthousiasme la séquence où Diogène et un géologue jouent aux Rochettes pompettes.

D'un shooter à l'autre, le spectacle, déjà pas mal débridé, a atteint un degré d'absurdité inédit. Grossomodo a été forcé de manger un diamant à la télévision, il a été question d'une meurtrière vivant à la prison de Lietteville et de l'éléphant qui, bien involontairement, aurait joué un rôle dans la disparition du mangeur de roches.

Le plus étonnant est qu'à travers ces péripéties, Martin Giguère a trouvé le moyen d'attacher presque tous les fils.

On quitte donc la salle avec un sourire accroché au visage, heureux d'avoir constaté que dans cette série naissante, celle des grands documentaires, les Clowns Noirs ont préservé le grain de folie qui les rend si singuliers.

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