Un hommage à pas de loup

Jacques Clément a pris quelques minutes pour remercier... (Photo Le Quotidien, Michel Tremblay)

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Jacques Clément a pris quelques minutes pour remercier les mélomanes venus le saluer une dernière fois, hier soir, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi. Il vient de quitter l'Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean après l'avoir dirigé pendant 37 ans.

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Daniel Coté
Le Quotidien

Il y a eu plus de musique que de mots et au fond, c'est ce que Jacques Clément souhaitait. Au moment de tourner la page sur 37 ans d'engagement dans sa région d'adoption, le chef fondateur de l'Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean n'aurait pas voulu que sa personne porte ombrage aux interprètes et à ses chers compositeurs.

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C'est donc à pas de loup, devant une belle foule rassemblée, mardi soir, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, que s'est déployé l'hommage rendu au retraité de fraîche date. On a profité du dernier des Mardis-concerts de la saison pour évoquer la contribution majeure, incontournable, de Jacques Clément à la vie culturelle de cette région.

Pendant la cérémonie animée par Paule Therrien, il a été question des débuts de l'orchestre, forcément modestes, de la création du Quatuor Alcan, du Choeur symphonique et de l'Orchestre des jeunes. Plusieurs ont aussi rappelé comment, à bout de bras, puis avec maints appuis, le maestro a cherché à démocratiser l'accès à la musique.

Le portrait qui s'est dégagé fut celui d'un homme patient, tenace, que rien ne pouvait détourner de l'objectif qu'il s'était fixé. L'image a beaucoup servi, mais qu'importe. C'est animé par une force tranquille que cet homme se sera investi dans une cause plus grande que lui-même, une cause qui fut - et reste - la source de tant d'émerveillements.

Ce n'est qu'à la toute fin de l'hommage qu'on l'a vu apparaître sur la scène, le temps de recevoir le cadeau de l'orchestre, une sculpture de Jean-Marie Laberge représentant une bernache en vol. Là encore, l'élégance, ainsi qu'une forme de sobriété à laquelle on associe spontanément le nouveau propriétaire de cette oeuvre.

« Ne sachant pas ce qui allait arriver, je n'ai rien préparé », a raconté Jacques Clément. Il a donc laissé parler son coeur et ce fut tout aussi bien. « J'ai aimé toutes les années passées ici et je vous ai aimés. Vous allez me manquer. Merci beaucoup », a confié Jacques Clément avant de regagner son siège sous une volée d'applaudissements.

Un charmant trio

La première partie du concert a permis d'apprécier le talent de la pianiste Marie-Martine Bollmann en solo. Rendant la politesse à ses amis du Quatuor Alcan qui l'ont visitée à Bordeaux, en janvier, elle a ouvert le programme avec Arabesque no. 1, une oeuvre de jeunesse de Claude Debussy.

L'air familier, si bien rendu, a peut-être fait sourire Jacques Clément qui, on s'en souvient, avait insisté pour qu'on fasse l'acquisition d'un piano de concert digne de ce nom. Son voeu a été exaucé par le truchement de Diffusion Saguenay et une fois de plus, hier, on a pu constater à quel point il s'agit d'un investissement judicieux.

Le charme a de nouveau opéré sur L'isle joyeuse du même Debussy, musique touffue par bouts, voire torrentielle, mais fascinante tout du long. Idem avec les Jeux d'eau de Ravel, où filtrait un reste de mélancolie. Bien accueilli par le public, ce vol solo a été suivi par le Quatuor à cordes en la mineur de Brahms, un titre offert par le Quatuor Alcan.

Il y avait beaucoup à entendre : des passages très doux, rehaussés par les pizzicati exécutés par le violoncelliste David Ellis, d'autres presque violents, à tout le moins emportés, ainsi qu'un joli moment où la musique est devenue aussi diaphane qu'une feuille qui aurait passé plus de temps au sol qu'accrochée à une branche.

C'était déjà éloquent, mais il restait la pièce de résistance, le Quintette pour piano et cordes de Schumann. Il a paru bien court, ce voyage dans le monde intérieur d'un compositeur qui n'avait pas le bonheur facile. Jacques Clément a salué le travail des interprètes en les rejoignant brièvement sur la scène, un retour apprécié.

En guise de rappel, le public a eu droit à un extrait du Quintette pour piano et cordes de Dvorak, plus spécifiquement une partie du troisième mouvement. On n'aurait pu trouver mieux que cet air d'abord enjoué, puis soyeux comme un soir d'été à Prague, pour couronner ce concert partagé entre la joie et la nostalgie.

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