Une expo sur les travers de notre époque

Mathieu Cardin a conçu des installations évoquant le... (Progrès-dimanche, Rocket Lavoie)

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Mathieu Cardin a conçu des installations évoquant le principe de la précession.

Progrès-dimanche, Rocket Lavoie

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Daniel Coté
Le Quotidien

Des ballons de basket cohabitent avec des photos aguichantes, des pièces de bois sculptées et peinturées, des boîtes de carton, une vraie-fausse plante, ainsi que plein d'autres objets rassemblés à la galerie L'Oeuvre de l'Autre, située sur le campus de l'UQAC. Chacun à sa manière ouvre une fenêtre sur l'univers créatif de Mathieu Cardin.

Il ne faut pas miser sur le titre de son exposition présentée jusqu'au 20 avril, La précession de la substance, pour cerner les contours de sa démarche. Vaut mieux l'écouter parler de la précession, ce phénomène qu'on peut comparer au tremblement qui agite une toupie lorsqu'elle perd de la vitesse.

«Il y a une fragilité qui va en s'accentuant, ce que je compare au fait que nous sommes bombardés d'images que nous n'avons pas le temps d'assimiler. Ça fragilise le spectateur et en même temps, ça réduit l'impact de chaque image», a expliqué Mathieu Cardin mercredi, lors d'une entrevue accordée au journal.

Dans le monde de la pub, l'une des stratégies pour contrer la banalisation de l'image consiste à miser sur le clinquant, ce qu'on appelle aujourd'hui le bling-bling. C'est ce qu'illustrent les pièces de bois qui dominent l'une des installations présentées dans la salle. Leur teinte métallique, vaguement dorée, fait penser à des bijoux cheap.

Une autre tactique est centrée sur le recours à de belles personnes, souvent des femmes peu vêtues. C'est ce qui explique la présence d'une photographie sur laquelle une jolie demoiselle tient de drôles d'objets dans ses mains. On remarque son corps, mais aussi ses cheveux aux reflets argentés qui, eux aussi, célèbrent le culte du bling-bling.

Le ballon de basket, lui, évoque une autre méthode utilisée pour capter l'attention: le recours à la répétition. Il y a l'objet réel, ainsi que le sigle créé par l'artiste, omniprésent dans la salle. Ce ballon stylisé est porteur d'un constat sur notre société.

«Je prends des objets insignifiants auxquels je donne de l'importance en les multipliant. Au fond, c'est la même affaire qu'avec Kim Kardashian», lance Mathieu Cardin avec un brin d'ironie. Reprenant son sérieux, il note que le monde de l'art n'échappe pas aux contraintes exercées par les nouveaux modes de communication.

«Puisque l'art, c'est de la communication, les créateurs n'ont pas le choix d'en tenir compte. C'est rendu difficile d'avoir un propos qui passe par autre chose que l'esthétisme», estime l'invité de L'Oeuvre de l'Autre. Tout en admettant que les nouvelles technologies charrient pas mal de débris, il demeure optimiste pour la suite des choses. «Les nouveaux outils propagent souvent de pauvres messages. Toutefois, je garde espoir que les gens apprendront à faire des choses plus pertinentes», confie Mathieu Cardin, qui est originaire de l'Outaouais. La précession de la substance constitue sa première exposition présentée dans la région.

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