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Steve Hill au sous-bois : l'homme par qui le blues arrive

Ne cherchez pas les membres de l'orchestre. C'est... (Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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Ne cherchez pas les membres de l'orchestre. C'est seul comme un grand que Steve Hill a pris possession du Sous-Bois, hier soir, à l'occasion du Festival jazz et blues de Saguenay.

Le Quotidien, Rocket Lavoie

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Daniel Coté
Le Quotidien

Quand Steve Hill est aux commandes, le blues est tout, sauf une pièce de musée. Encore mercredi, devant une foule très dense rassemblée au Sous-Bois de Chicoutimi, l'invité du Festival jazz et blues de Saguenay, ainsi que des Productions de l'Ours, a montré à quel point ce genre musical demeure actuel.

Le public était jeune, même s'il y avait quelques têtes grises, et il a vite trouvé ses repères à travers le déluge de notes balancées par le Trifluvien. Seul comme un grand, comme sur les trois albums de la série Solo Recordings, il a exploré toutes les nuances du blues, les plus douces comme les plus rugueuses, en affichant une maîtrise absolue.

Il fallait le voir en début de programme, silhouette massive sur la scène exiguë, entouré de batteries et de cymbales rendues vivantes grâce à ses pieds, ainsi que les coups donnés à l'aide du manche de sa guitare. Sitôt installé, l'homme a érigé un mur de son tirant sur le rock. On a ainsi fait connaissance avec Damned, l'une de ses nouveautés.

«Je suis bien content d'être avec vous autres pour deux soirées ''sold out''», a lancé Steve Hill après avoir été accueilli par un cocktail de cris et de sifflets. Pour être précis, hier, c'était la supplémentaire. Elle a été justifiée par l'engouement suscité par le premier rendez-vous inscrit à l'agenda, celui d'aujourd'hui.

Une autre composition du musicien, Can't Take It With You, a installé une atmosphère différente, un peu moins électrique. Elle a préparé le terrain pour les accents traditionnels de Rolling Stone, le genre de pièce qui percole longtemps avant de prendre son erre d'aller, mais qui sait récompenser la patience de l'auditeur.

Le blues peut également se faire enjoué, comme sur Gotta Be Strong And Carry On, ou mettre de l'air entre les notes afin d'évoquer un voyage en Saskatchewan, ce qui est le propos de Nothing New. «On jouait à Chicoutimi le mardi, puis on est partis pour Saskatoon. On a fait 40 heures de route non-stop», a expliqué Steve Hill.

Voyager, c'est aussi ce que le public a fait sur The Ballad Of Johnny Wabo, dernier titre offert avant la pause. Il y a des bouts où ça sentait la «swomp», où le climat était lourd comme un jour d'orage en Louisiane, alors que d'autres passages ont épousé des contours rock, notamment la finale débridée, couronnement d'un parcours sans faute.

Un tour de force

Bien sûr, Steve Hill avait gardé quelques as dans sa manche, dont une version de Stop Breaking Down pas mal plus raide que celle des Rolling Stones sur l'album Exile On Main Street. D'aucuns auraient creusé ce sillon jusqu'aux rappels, mais le guitariste a enchaîné avec un blues plus sage, puis l'étonnante Emily.

C'était encore une nouveauté, une chanson toute douce, un peu folk, un peu country. On aurait pu craindre que cette ballade ne tombe à plat, mais pas du tout. Le public a suivi, comme il a succombé au charme vénéneux de Out Of Phase, un hommage rendu au pionnier du blues, le sulfureux Robert Johnson.

Steve Hill a pris le temps d'évoquer ce personnage de légende, un homme dont on dit qu'il a vendu son âme au diable afin de jouer comme un dieu, dont le décès à l'âge de 27 ans aurait été le fait d'un mari jaloux. On l'a senti habité par cette histoire. Sa voix était différente, plus noire, tandis que sa guitare charriait une part d'écho.

C'est la dernière chanson que l'auteur de ces lignes a pu entendre et ça a bien tombé parce qu'il s'agit d'un tour de force. Un temps, ça sentait la poussière comme dans un blues rural. D'autres fois, on aurait dit que le Malin avait rendu la guitare incandescente.

Oui, Robert Johnson est mort, mais grâce à un musicien d'exception, son esprit a flotté à l'intérieur du Sous-Bois, hier soir. On n'était plus à Chicoutimi, mais pas loin du Crossroads, au temps des radios à lampes et du whisky frelaté.

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