Déluge de mots et d'émotions

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La mise en scène sobre et efficace d'Émile Gilbert-Gagnon épouse le texte pour le magnifier.

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Louis Potvin
Le Quotidien

La première de la pièce Les Manuscrits du déluge présentée au Théâtre Mic-Mac de Roberval, jeudi, a été dédiée à la mémoire de l'amoureux des mots Jacques Girard (ex-collègue journaliste), décédé il y a quelques jours, qui se serait délecté de cette langue vivante où maximes, figures de style et poésie se côtoient. Une production tellement touchante, au texte fabuleux et profond, qu'on a envie d'y retourner pour en saisir toutes les subtilités dont certaines nous ont échappé.

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William (Gervais Arcand) et Samuel (Réjean Gauthier) partagent les planches des Manuscrits du déluge.

Photo Le Progrès-dimanche, Louis Potvin

Pour sa 66e production en 50 ans, le Théâtre Mic-Mac démontre qu'il est au sommet de son art. Les Manuscrits du déluge de Michel Marc Bouchard est un joyau d'écriture, magnifiquement interprétée par des comédiens à la sensibilité touchante.

Ce texte cruel et tendre aborde beaucoup de questions contemporaines. Quel genre de société est-on en train de laisser imposer? On parque les vieux dans des maisons de retraités. Les os craquent, mais l'esprit est encore lucide et jeune. Alors que l'échange entre générations serait si enrichissant. Et si les mots nous gardaient vivants, quitte à remodeler son passé pour l'enjoliver? C'est la mort de nos villages qui est aussi dépeinte en toile de fond. Un déluge de questions dans un maelstrom d'émotions qui nous habite longtemps.

Le talent de Bouchard est de plonger le spectateur dans une histoire poignante, de provoquer les éclats de rire et de réussir à faire réfléchir le spectateur.

Un déluge vient décimer un voyage, mais surtout détruit une bonne partie des manuscrits laissés par les doyens du village. Samuel, le vieux prof acariâtre, exige aux survivants de récrire les bouts qui manquent. La mémoire fait défaut...

Pas surprenant que cette pièce ait été traduite en anglais et en italien. Ancrée dans le terroir du Lac-Saint-Jean, l'histoire touche l'universel. Je ne sais pas trop pourquoi, je me suis remémoré le film Pour la suite du monde de Pierre Perrault.

La mise en scène sobre et efficace d'Émile Gilbert-Gagnon épouse le texte pour le magnifier. Ce qui se traduit par une direction d'acteur subtile. Le Samuel de Réjean Gauthier, avec sa langue de fiel, oscille entre subtilité et intensité. La spontanéité de Jocelyne Simard (Dorothé) est réjouissante. Gervais Arcand nous offre un William qu'on aurait le goût de bercer. Attachant. Céline Gagnon jongle entre l'exubérance et l'intériorité avec doigté. Francine Joncas est toute en nuance dans le rôle de Claire. Drôle et touchante.

C'est un peu comme si des enfants jouaient leur première pièce de théâtre, tant on sent le plaisir et la désinvolture d'être sur scène. C'est incarné. Point.

Les Manuscrits du déluge est aussi une fabuleuse occasion pour les pionniers du Mic-Mac de pouvoir interpréter des personnages proches de leur «âge». Peut-être leur dernier tour de piste? Avant de passer le flambeau de la passion. Un beau cadeau qu'ils offrent au public robervalois et des environs qui les suivent depuis 50 ans.

La pièce est présentée au Théâtre Mic-Mac jusqu'au 30 avril. Il reste 12 représentations à venir.

L'auteur des Manuscrits du déluge a trouvé «fabuleux»... (Photo Le Progrès-dimanche, Louis Potvin) - image 3.0

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L'auteur des Manuscrits du déluge a trouvé «fabuleux» le jeune Alexis Gauthier qui personnifie Dany.

Photo Le Progrès-dimanche, Louis Potvin

Michel Marc Bouchard ému

Présent à la première jeudi, Michel Marc Bouchard était très ému.

«C'est une grande réussite! Ça faisait un bout de temps que je n'avais pas entendu ce texte. J'étais comme un vrai spectateur, car il y a des bouts dont je ne me souvenais plus. C'est actuel, car mes parents vivent des moments difficiles. Le Mic-Mac a réussi encore à me surprendre. J'ai complètement embarqué. J'en suis encore ému», a-t-il déclaré après la représentation.

Il a trouvé «fabuleux» le jeune Alexis Gauthier qui personnifie Dany, l'enfant seul. On le sent en apesanteur sur scène tant il joue avec grâce. Le duo avec Réjean Gauthier où deux générations se rencontrent (d'acteurs également) est terriblement émouvant.

C'est la participation de sa mère à un club d'écriture initié par la Société d'histoire qui lui a donné l'idée de départ des Manuscrits du déluge.

«J'ai été invité à les rencontrer et j'ai vraiment été touché par les témoignages que ces personnes écrivaient. C'est la petite histoire de nos localités qui devient d'une façon la grande histoire. C'est ethnographique comme démarche. C'est un devoir de mémoire», a expliqué l'auteur originaire de Saint-Coeur-de-Marie.

Le dramaturge s'insurge contre la «Tim Hortanisation» de nos localités. Où tout le paysage s'uniformise, s'aplanit. «Ce qui nous distingue est en train de disparaître. Et ça, c'est très inquiétant!».

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