Une courtepointe d'atmosphères

Anne-Marie Cadieux a livré une performance inoubliable, hier... (Le Quotidien, Gimmy Desbiens)

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Anne-Marie Cadieux a livré une performance inoubliable, hier soir, alors qu'elle campait le personnage de Molly Bloom dans la pièce du même nom.

Le Quotidien, Gimmy Desbiens

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Daniel Coté
Le Quotidien

Imaginez une radio à ondes courtes, à l'époque où il fallait tourner un bouton pour capter quelque chose. Il y a des fois où deux stations se chevauchaient, parfois trois. L'une d'elles devenait audible avant que le signal baisse au profit de l'une ou l'autre, formant une trame étrange, semblable à celle que constitue la pièce Molly Bloom.

On dirait une courtepointe, une suite d'évocations, de faits et d'atmosphères correspondant aux pensées qui habitent le personnage campé par Anne-Marie Cadieux. Tiré du roman Ulysse, de James Joyce, son monologue intérieur promène cette femme à Dublin et Gibraltar, de sa jeunesse triomphante au moment présent sur fond de désenchantement.

Livré hier soir, devant plus de 200 personnes rassemblées à la Salle Michel-Côté d'Alma, le texte mis en scène par Brigitte Haentjens n'aurait pu trouver son chemin dans le coeur des gens sans une performance exceptionnelle. Ça prenait une comédienne au sommet de son art pour faire de Molly Bloom un être de chair et de sang.

Seule sur scène, avec pour uniques instruments sa voix et son corps, Anne-Marie Cadieux s'est glissée dans la peau du personnage avec un naturel déconcertant. Tantôt nostalgique, tantôt lascive et tantôt angoissée, cette femme qui vient de tromper son mari est apparue dans toute sa complexité, plus vraie que vraie et combien actuelle.

On la voit s'inquiéter du temps qui passe, des traces qu'il laisse sur son corps, source de désirs sans cesse renouvelés. Des hommes défilent, souvenirs lointains ou plus récents, pas toujours beaux, ni intelligents, mais parfois si commodes.

Une minute, on suit Molly à Gibraltar, dans ce qui ressemble à son paradis perdu, celui de ses premières années. L'instant d'ensuite, elle bitche une vieille Irlandaise, s'inquiète des fréquentations de son mari et s'insurge contre les menstruations, ce qui lui fait dire que les chattes ont la vie plus facile que les femmes.

Cet esprit libre revient fréquemment sur les contraintes inhérentes à son sexe. On voit aussi poindre de l'amertume parce que sa carrière de cantatrice bat de l'aile, tout comme son mariage. Au fil de ses réflexions, on la sent à la fois forte et fragile, tendre et dure, mais jamais banale.

En même temps, on s'émerveille de la capacité d'Anne-Marie Cadieux de se mouler aux humeurs changeantes de Molly. Elles sont portées par des intonations râpeuses ou douces, quelquefois juvéniles, ainsi que par des cris et des traits d'ironie appuyés par une gestuelle savamment calibrée.

L'ensemble est si précis, si efficace, qu'on pense spontanément au travail qu'avait effectué Jean-Louis Millette dans The Dragonfly of Chicoutimi. Là aussi, les mots se muaient en chorégraphie, mais sans que ça devienne artificiel, sans faire écran à ce que ressentait son personnage.

On y croyait comme on croit à cette Molly qui effectuera un nouveau tour de piste aujourd'hui à 20h, à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière. Si vous souhaitez vivre une expérience de théâtre qui demeurera gravée dans votre mémoire, courez-y. Ce seront 75 minutes bien investies.

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