Décès du sculpteur Ronald Thibert

Cette photographie captée l'an dernier, à la galerie... (Archives Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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Cette photographie captée l'an dernier, à la galerie L'Oeuvre de l'Autre, montre Ronald Thibert au milieu de ses sculptures. Il y avait présenté l'exposition Pour en finir avec le minimalisme, la dernière de sa longue carrière.

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Daniel Coté
Le Quotidien

Ronald Thibert évoquait fréquemment la notion de «craftmanship» en entrevue. Il aimait le travail bien fait, la belle ouvrage, comme disaient les anciens. Et c'est ainsi que cet homme disparu jeudi, à l'âge de 74 ans, a mené sa carrière de sculpteur et d'enseignant en art à l'Université du Québec à Chicoutimi.

Pour le commun des mortels, ses oeuvres faites de métal et de bois épousaient une facture moderne. Lui, cependant, insistait sur la part d'humanité qu'on y retrouvait, sur le jeu des courbes et les volumes, par exemple, qui témoignait de sa maîtrise des techniques de soudure.

Jusqu'au début des années 1990, le métal fut son matériau de prédilection. Ensuite, le bois a occupé toute la place, ou presque, jusqu'aux dernières années marquées par une forme de repli. L'heure était davantage aux bilans, ainsi que l'avait illustré l'exposition Pour en finir avec le minimalisme.

Présentée à la galerie L'Oeuvre de l'Autre, située sur le campus de l'UQAC, elle avait marqué le retour de celui qui fut enseignant de 1973 à 1997, parallèlement à son activité artistique. Il avait aimé ses rencontres avec les étudiants, dont la plupart étaient plus jeunes que les oeuvres imposantes regroupées dans la salle.

«On sent une présence, celle de la sculpture, et pour que tout soit d'équerre, on doit prendre le temps de développer des habiletés», avait mentionné Ronald Thibert à l'auteur de ces lignes. Quatre ans plus tôt, lors d'une entrevue réalisée au Centre national d'exposition (CNE) de Jonquière, il avait évoqué l'apport de ses devanciers.

«Il faut prendre la peine de regarder le travail des grands maîtres parce qu'il représente le symbole de la connaissance. C'est pour cette raison que je suis contre l'idée de faire table rase. Le danger, avec ça, c'est de réinventer la roue, de répéter de façon inconsciente», avait énoncé le sculpteur.

L'exposition du CNE constituait une rétrospective et bien sûr, il avait été question de son projet le plus connu, le monument destiné au Musée Louis-Hémon de Péribonka. Le titre est Femme et Terre, mais les formes imprimées dans le métal ont inspiré au journaliste Richard Banford le surnom de L'Hymen à Maria.

La controverse avait embrassé tout le Québec. Même Girerd, alors caricaturiste au journal La Presse, lui avait fait écho. «Je suis encore identifié à ça», avait reconnu Ronald Thibert, tout en déplorant le fait que les aménagements qui devaient être réalisés sur le site n'ont pas été complétés.

Cette histoire fait sourire, aujourd'hui. Au-delà de ses accents folkloriques, toutefois, elle a eu des conséquences tangibles pour le principal intéressé. «Après, le ministère de la Culture a eu peur et j'ai perdu des commandes. J'ai senti de la méfiance lors des concours et il a fallu que j'assume ça», avait confié le sculpteur.

En dépit de ces vents contraires, ce fils de Napierville est demeuré fidèle à sa région d'adoption où, pendant plus de 40 ans, il aura puissamment contribué à la vie culturelle.

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