Un corps à la cabane

L'installation sonore Le son de l'ère est froid... (Photo Le Progrès-Dimanche, Gimmy Desbiens)

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L'installation sonore Le son de l'ère est froid du collectif L'eau du bain, propose aux visiteurs de Langage Plus de plonger dans une légende mettant en scène une cabane à pêche bleue. La cabane en question a été installée au milieu d'une salle du centre d'art.

Photo Le Progrès-Dimanche, Gimmy Desbiens

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Anne-Marie Gravel
Le Quotidien

Juin 1968. On retrouve l'épave d'une cabane à pêche sur une plage du lac Saint-Jean. À l'intérieur, le cadavre d'une femme. Après une courte enquête, on déclare le corps non identifiable. Selon la légende, au village, tout le monde savait pourtant qui était cette femme et à qui appartenait la cabane. La femme a-t-elle choisi elle-même d'y attendre la fonte des glaces, ou y a-t-elle été forcée?

Assis, seul, à l'intérieur de la cabane, le... (Photo Le Progrès-Dimanche, Gimmy Desbiens) - image 1.0

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Assis, seul, à l'intérieur de la cabane, le visiteur de Langage Plus est transporté dans un univers bien loin de celui de la salle d'exposition. Il se plonge dans la peau d'une femme qui attend la mort.

Photo Le Progrès-Dimanche, Gimmy Desbiens

Jusqu'au 27 mars, le collectif L'eau du bain, formé d'Anne-Marie Ouellet et Thomas Sinou, offre aux visiteurs de Langage Plus d'Alma de plonger tête première dans cette histoire. Avec Le son de l'ère est froid, il cherche à flouer les limites du théâtre, propose de vivre le théâtre autrement.

La cabane bleue a été construite par le collectif en février 2014. Elle a été installée sur les glaces du lac Saint-Jean, entre Métabetchouan et Saint-Gédéon. L'eau du bain y a passé plusieurs semaines.

Anne-Marie Ouellet s'est installée sur la couchette, se mettant dans la peau de cette femme attendant la mort, seule, à l'intérieur d'une cabane bleue. Elle a écrit. Thomas Sinou a enregistré le paysage sonore.

Leur travail donne vie à l'installation sonore présentée.

À l'arrivée, la vue de la cabane installée au milieu de la salle d'exposition laisse perplexe.

Le visiteur est invité à y pénétrer. La porte se ferme derrière lui. L'expérience se vit un visiteur à la fois. Elle dure 15 minutes.

Deux couchettes permettent au visiteur de choisir où il passera les prochaines minutes. Il observe son nouvel environnement.

Un fanal, un poêle à bois, une bouteille d'alcool, des bas qui sèchent, des cahiers et des livres sur une petite table, la lumière qui filtre à peine par les fenêtres.

Assis, seul, à l'intérieur de la cabane, il est transporté dans un univers bien loin de celui de la salle d'exposition.

Le bruit du vent, du froid, de la solitude. Le silence ou presque. Le bruit qui l'épaissit.

Des vibrations dans le sol. Une voix de femme, ses pensées, comme un murmure, un souffle.

«J'ai froid», répète-t-elle souvent.

Soudainement, le bruit d'un moteur crée l'impression qu'une motoneige se trouve à quelques pieds. Le bruit des pas dans la neige accentue l'impression qu'il se passe quelque chose à l'extérieur. Une impression qui inquiète et rassure à la fois. Le visiteur est plongé dans l'expérience. Tellement qu'il est tenté de tourner le regard pour voir qui arrive. Comme s'il attendait que la porte s'ouvre.

La légende raconte que la cabane bleue appartenait au grand Pierre. C'est sa maîtresse qui aurait été retrouvée à l'intérieur. Tous au village se seraient tus, pour éviter le scandale. Certains racontaient qu'il avait attaché sa maîtresse à la couchette, à la mi-avril, puis avait abandonné la cabane. D'autres disaient que la femme avait elle-même choisi d'y rester jusqu'à la fonte des glaces.

«Plus j'ai froid, plus j'ai peur», murmure celle qui semble raconter ses derniers moments.

On ignore si l'histoire de la cabane bleue est réellement arrivée.

Une chose est certaine, la façon de la raconter est des plus efficaces. Difficile de quitter la cabane avant la fin de l'expérience. De la même manière qu'on ne peut quitter une salle lorsqu'on assiste à une bonne pièce de théâtre.

Quatre films en haleine

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La qualité des images de Récits de trappe et autres situations boréales donne l'impression qu'on peut presque sentir l'odeur du bois.

Photo Le Progrès-Dimanche, Gimmy Desbiens

Étienne Boulanger aime repousser les limites, tenir le spectateur en haleine. Avec L'impermanence du mouvement, présentée au centre d'art Langage Plus, il tente une association entre l'art performatif contemporain et la thèse de La Tension Narrative du narratologue suisse Raphaël Baroni. Comment et pourquoi le déploiement du récit permettrait de tenir le spectateur en haleine? Étienne Boulanger propose une exposition en quatre temps, où un mélange d'art performance, de sport, de cascade et de vidéo provoquent suspense, curiosité et surprise. Un corpus d'oeuvres où l'homme, la mécanique et la nature sont omniprésents.

«Avantage mécanique»

Dans Avantage mécanique, une vidéo de sept minutes, un homme active des systèmes mécaniques afin de créer le suspense.

En première partie, il est assis sur une chaise, au milieu d'un garage. On entend le bruit du cric qu'il utilise pour soulever les pattes avant de sa chaise. Il se retrouve les pieds dans le vide. Se tient sur les pattes arrière de sa chaise. On se demande jusqu'où il ira. S'il s'arrêtera avant de tomber.

En deuxième partie, il grimpe au sommet d'un escabeau, qu'il referme tranquillement, à l'aide d'un mécanisme. Cette fois encore, le spectateur se demande jusqu'où il ira.

L'artiste s'amuse à créer le suspense, la tension, à jouer avec les limites. Il se met en danger.

«Spruce Bleach»

La vidéo d'une durée de cinq minutes s'amorce avec un tracteur qui dépose un socle blanc sur un arbuste dans un champ.

On entend un extrait du manifeste de l'Hôtel Chelsea écrit par le peintre Yves Klein en 1961.

Le protagoniste, un homme, contrôle la caméra aérienne.

Étienne Boulanger a voulu mettre en scène une terre, en processus d'acquisition par un grand consortium d'investisseurs désirant l'exploiter de façon industrielle. Le bout de champ a perdu sa nature première.

L'homme répète «Faut détruire les oiseaux».

Klein craignait que les oiseaux abîment «la plus belle et la plus grande de ses oeuvres». Le cloisonnement d'un modeste arbuste sous un socle muséal évoque une hypothétique vengeance de l'art sur la nature. La qualité de l'image retient l'attention.

«Récits de trappe et autres situations boréales»

La beauté des images est saisissante dans Récits de trappe et autres situations boréales. La vidéo de 12 minutes propose le parcours d'un draveur et celui d'un groupe de bûcherons qui s'entrecroisent.

Un draveur plonge dans la rivière qu'il décide de remonter à la nage afin de découvrir l'origine des billes de bois.

Pendant ce temps, des hommes coupent puis assemblent des billots. Ils manipulent des câbles d'acier, semblent construire quelque chose.

Ils se déplacent au pas de course, comme si un sentiment d'urgence les animait. Les deux solitudes se rencontrent à la fin.

Les bûcherons ont mis au point un mécanisme permettant de sortir un arbre presque mort de l'eau. Ils le repêchent, comme s'il était l'un des leurs.

Grâce à la qualité des images de Récits de trappe et autres situations boréales, on peut presque sentir l'odeur du bois, la chaleur du soleil et la fraîcheur de l'air. Le traitement des images est poétique. Le soleil filtre à travers les branches de conifères, on vole au-dessus du draveur qui nage dans la rivière, la beauté de la forêt est mise en valeur.

«Story Tape», série Ciel bleu

Dans Story Tape, Étienne Boulanger a écrit sur... (Photo Le Progrès-Dimanche, Gimmy Desbiens) - image 8.0

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Dans Story Tape, Étienne Boulanger a écrit sur des rubans à mesurer la retranscription radio de certains désastres technologiques du siècle dernier.

Photo Le Progrès-Dimanche, Gimmy Desbiens

Étienne Boulanger a écrit sur des rubans à mesurer la retranscription radio de certains désastres technologiques de siècle dernier. Trois accidents qui sont arrivés sous un ciel bleu.

La chronologie de fusée de la navette Challenger qui s'est désintégrée lors du décollage le 28 janvier 1986, les messages émis par les deux opérateurs radio TSF du Titanic juste avant que le bateau sombre le 15 avril 1912, et les propos de Herbert Morrison, annonceur témoin du plus grand dirigeable commercial qui s'est enflammé devant les caméras de télévision au New Jersey le 6 mai 1937.

L'utilisation du ruban à mesurer évoque cette imperfection dans la précision mécanique de la machine.

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