Vie, mort et transformation

Sara Létourneau et Magali Baribeau-Marchand ont récupéré des... (Photo Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais)

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Sara Létourneau et Magali Baribeau-Marchand ont récupéré des fleurs dans les cimetières afin de créer quelques oeuvres, notamment cette courtepointe qu'on peut admirer jusqu'à mercredi, à la galerie L'Oeuvre de l'Autre.

Photo Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais

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Daniel Coté
Le Quotidien

Qu'y a-t-il après la vie et la mort? Les réponses les plus familières sont le néant, le paradis et l'enfer, mais depuis quelques jours, une nouvelle option est disponible. Elle est articulée à la galerie L'Oeuvre de l'Autre, située sur le campus de l'UQAC, et prend la forme d'une exposition intitulée Natures mortes.

Créée par Sara Létourneau et Magali Baribeau-Marchand, qui ont complété le baccalauréat interdisciplinaire en art il y a sept ans, elle prolonge le cycle familier en insistant sur la notion de transformation. L'une des façons de l'illustrer fut de récupérer des fleurs artificielles dans les cimetières.

« Nous en avons visité une quinzaine au Saguenay, l'automne dernier, en ciblant les fleurs qui avaient été poussées par le vent. On a trouvé ça super poétique », raconte Sara Létourneau. Elle et sa consoeur ont ensuite sélectionné les fleurs qui se prêtaient le mieux à la production d'une courtepointe, une oeuvre qui a été complétée en janvier.

« C'est une façon de souligner la disparition des personnes. À partir d'un objet sale, on a conçu une belle chose qui suscite l'émerveillement », fait observer Magali Baribeau-Marchand. Tenue du 27 janvier au 10 février, l'exposition attire en effet de nombreux visiteurs. Certains sont même venus avant, pendant la résidence effectuée par le duo.

Les regards convergent d'abord vers le tas de fleurs reposant sur le plancher. Il suffit de lever les yeux pour remarquer la jolie courtepointe où dominent le rouge et le vert. On imagine la patience qu'il a fallu déployer pour coudre cet étrange matériau, après avoir retiré les bouts de plastique et les résidus de colle.

« Il y a de la beauté dans le fait de se souvenir des personnes disparues. Chaque fleur représente un geste d'amour posé par un de leurs proches », note Sara Létourneau. Elle ajoute que les visiteurs évoquent le côté zen de l'exposition, ce qui est dans l'ordre des choses. Ne dit-on pas que l'art donne accès à une forme de transcendance?

Comme un jardin

Il faut prendre le temps d'explorer Natures mortes parce que la salle est truffée de charmantes trouvailles. Plusieurs témoignent du fait que les artistes ont le pouce vert, puisqu'elles mettent en vedette des plantes qui ont été mises en terre pendant leur résidence.

Sur le thème de la renaissance, toujours, elles ont acheté des vases blancs dans les marchés aux puces. Ces objets modestes ont acquis un surcroît de noblesse conféré par les pousses vertes et rouges qui en émergent. « C'est un rappel de la vie et de la mort. Il y a aussi un lien avec les urnes funéraires », indique Sara Létourneau.

Plus loin, le couvert d'une boîte transparente est légèrement soulevé grâce à la croissance de quelques bulbes, tandis qu'un pupitre renferme un tapis vert formé d'herbe de blé. En prime, des cris d'oiseaux accompagnent l'ouverture du couvert.

« Il y avait une part de risque dans ces expériences, puisqu'on ne savait pas si ça allait pousser », mentionne Magali Baribeau-Marchand. Au final, elle et sa partenaire n'ont enregistré qu'un échec : une poignée de terre placée près d'un mur, laquelle est demeurée stérile malgré les soins prodigués par les artistes.

Ce qui est parfaitement réussi, en revanche, c'est le dispositif permettant à un arbre miniature de tourner sur lui-même au son de Memories, la chanson tirée de la comédie musicale Cats. Pendant que l'air familier remplit l'espace, le tronc du conifère voit s'enrouler le fil provenant d'une bobine placée près du plancher.

On songe à l'arbre de vie, à la mémoire, au fil des jours et à plein d'autres choses parce qu'il y a de la beauté, mais aussi plein de matière à réflexion dans ces Natures mortes.

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