Beaucoup de mérite, peu de spectateurs

Parmi les artisans de l'opéra Werther qui se... (Photo Le Quotidien, Mariane L. St-Gelais)

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Parmi les artisans de l'opéra Werther qui se sont signalés hier, mentionnons la soprano Élisabeth Boudreault qui a campé avec justesse le rôle d'une jeune femme au caractère enjoué.

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Daniel Coté
Le Quotidien

Il est rare qu'on donne autant pour récolter si peu.

Plus de 40 personnes rassemblées sur la scène et dans la fosse d'orchestre ont participé, hier soir, à la première d'une série de trois représentations de Werther, un opéra de Massenet. Devant ces chanteurs, musiciens et figurants, une soixante de spectateurs étaient dispersés à l'intérieur de la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière.

Digne dans l'épreuve, le directeur artistique de l'Opéra du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Alexandre Malenfant, s'est adressé au public avant la levée du rideau. Il l'a remercié d'être là, tout en rappelant que c'est la première fois que cette compagnie propose deux productions dans la même saison (l'autre, beaucoup plus fréquentée, a lieu au printemps).

«Des gens n'étaient pas au courant et ça me fait penser au premier opéra que nous avons monté, où il y avait autant de monde sur la scène que dans la salle. (...) Soyez à l'aise de vous rapprocher et applaudissez quand vous en aurez envie, sans vous gêner», a-t-il mentionné.

Avant de prendre la direction de l'orchestre, lequel réunissait de jeunes musiciens, ainsi que la réputée Louise-Andrée Baril au piano, Alexandre Malenfant a eu un mot pour les chanteurs: «Nous les avons prévenus afin qu'ils ne soient pas trop déçus. C'est un bel opéra et je vous invite à en parler, puisque nous le reprendrons samedi (19h) et dimanche (14h).»

Une passion dévorante

Le malaise a été dissipé dès l'apparition du décor, somptueux, représentant la maison d'un magistrat. Veuf depuis quelques années, le pauvre homme tentait de ramener à l'ordre un choeur formé de ses jeunes enfants. On était en juillet et bien sûr, ces gamines avaient peine à garder leur sérieux au moment d'apprendre un air de Noël.

L'atmosphère était à la fête, mais le drame que constitue Werther a vite affiché ses couleurs. La fille aînée du magistrat, la belle et douce Charlotte, est en effet promise à Albert, un homme qui n'a rien pour éveiller sa passion. Elle a juré à sa mère de l'épouser en dépit de ses sentiments pour Werther, qui lui voue un véritable culte.

Il profite d'un soir de pleine lune pour ouvrir son coeur à la faveur d'un duo où la mezzo-soprano Renée Lapointe a bien rendu l'embarras de Charlotte. De son côté, le ténor Gabriel Langelier a exprimé avec beaucoup d'élan le caractère exalté du poète. Le premier acte n'était pas terminé que celui-ci entretenait déjà des pensées mortifères.

Tirée d'un roman de Goethe, Les souffrances du jeune Werther, l'histoire se nourrit d'une conception du romantisme qui n'a plus cours aujourd'hui. Son intérêt réside moins dans les péripéties et la psychologie des personnages que dans les chants et la musique auxquels elle a donné naissance.

À cet égard, il faut souligner le travail de l'orchestre, en particulier dans le prélude où se mêlaient harmonieusement les passages graves et légers. Les habitués ont aussi apprécié la contribution de la soprano Élisabeth Boudreault, qui a su dépeindre la vivacité de Sophie, la jeune soeur de Charlotte.

Campant de manière convaincante le rôle de joyeux lurons, le baryton David Turcotte et le ténor Réjean Wilson ont aussi illuminé la soirée. Parions que pour oublier les sièges vides et le destin tragique de Werther, quelques personnes auraient eu le goût de partager une bouteille de rouge avec eux.

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