Les Trois Accords en mode arc-en-ciel

Les Trois Accords se présentent sous un jour... (Photo La Presse)

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Les Trois Accords se présentent sous un jour différent, par l'entremise de l'album Joie d'être gai. Les textes sont plus équivoques que jamais, tout en empruntant à l'imagerie homosexuelle.

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Daniel Coté
Le Quotidien

Joie d'être gai, qu'il s'appelle. Le nouvel album des Trois Accords affiche tous les attributs d'un «coming out», alors qu'il multiplie les références à l'imagerie homosexuelle à grands coups d'arcs-en-ciel, de séances dans le sauna, de nuits volages sans maillot de bain, dans la piscine de la voisine.

On écoute les chansons, on lit les textes et on commence à se gratter la tête, puisque les allusions sont fréquentes, mais ne prêtent pas flanc à une conclusion définitive. A-t-on affaire à des gens révélant leur vraie nature, tout en dansant sur la ligne de démarcation, ou à des artistes pour qui les amours entre hommes constituent un sujet parmi d'autres?

La réponse est fournie par le chanteur et parolier Simon Proulx, au cours d'une entrevue téléphonique accordée au journal. «Chanter ça de l'extérieur, je ne sais pas si ça a déjà été fait, se demande-t-il. Nous avons été prudents, par contre, parce que nous ne voulions pas offenser les gens. Or, les réactions enregistrées jusqu'à maintenant donnent à penser que nous les avons touchés.»

Il raconte que le ton a été donné dès l'écriture de la pièce Joie d'être gai. «Je trouve ça cool d'ouvrir l'album avec cette chanson qui est ambivalente, puisqu'on peut l'interpréter de plusieurs façons. En plus, on a produit un son des années 1990 qui est très assumé, avec des refrains qui explosent», énonce la voix des Trois Accords.

Une chanson, deux visions

Parmi les textes qui campent Simon Proulx dans le rôle d'observateur, on remarque Dans le coin, où il est question d'un homme vivant dans une ville où il ne «fitte» pas. La tentation de partir l'habite, mais ça irait mieux si l'Autre pointait le bout de son nez. «C'est une chose qu'on a vue à Drummondville, confie-il. On connaît des gens qui sont passés par là».»

Parfois, aussi, l'auteur a constaté que sa vision d'une chanson pouvait différer de celle de ses camarades. C'est ainsi que sur Les dauphins et les licornes, peut-être la plage la plus importante de l'album, le protagoniste parle de son garde-robe qui déborde, un peu comme un coeur qui compose tant bien que mal avec un trop-plein d'amour.

«Dans mon esprit, c'est un amour qui ne se vit pas et qui mène au suicide, tandis que les gars du band y ont vu une belle scène d'offrande, décrit Simon Proulx. J'ai trouvé ça plus joli et j'ai décidé de ne pas modifier le texte. Des fois, c'est bien de rester dans le flou.»

Côté musique, par ailleurs, il confirme l'intention du groupe de s'appuyer sur des sonorités des années 1990. Les membres ont travaillé fort pour trouver des pistes intéressantes chez Dweezer, les Flaming Lips, Blur et les Smashing Pumpkins, entre autres références. Le défi fut de ne pas tomber dans le pastiche, laisse entendre le chanteur.

C'est une autre manière de préserver une certaine fraîcheur, sans renier ce qui a été accompli dans le passé. «Le groupe est connu depuis 11 ans et chaque fois que nous sortons un album, j'ai le sentiment que nos fans s'attendent à être surpris», reconnaît Simon Proulx.

Un regain de ferveur

Le passage des Trois Accords au Festival international des Rythmes du monde, l'été dernier, fut l'un des temps forts de cette édition qui n'en manquait pas. Un public varié, mais quand même plus jeune que celui qui a l'habitude de fréquenter cet événement, s'était massé devant la grande scène dressée près de la cathédrale afin de lâcher son fou.

Les gens dansaient, sautaient, chantaient au rythme des succès de la formation, portés par des tonalités rock auxquelles il était difficile de résister. Les textes absurdes étaient devenus des hymnes. On percevait une ferveur qui ne devait rien à la chaleur qui enveloppait Chicoutimi ce soir-là.

«Ça avait été un show spécial et on a vu à quel point elle est belle, l'ambiance de ce festival tenu en ville. Je ne sais pas pourquoi, mais chaque fois qu'on joue au Saguenay, c'est la fête. Cette fois-là, par exemple, notre ami Dumas était présent, alors qu'il s'était produit la veille», rapporte le chanteur Simon Proulx.

Élargissant son propos, il constate que le groupe suscite un regain d'enthousiasme depuis deux ans, ce qui correspond à la tournée de l'album J'aime ta grand-mère. «Il est important de lâcher son fou et on a des témoignages à cet effet. Ça peut être libérateur de chanter Dans un corps de jeune fille à tue-tête», note le Drummondvillois d'un ton rieur.

Fans sans le savoir

Ce qui est tout aussi remarquable, c'est le nombre de personnes qui assistent à un spectacle des Trois Accords par curiosité, sans se définir comme des fans, et qui se laissent prendre au jeu. C'est arrivé à Chicoutimi, comme partout au Québec, un phénomène qui amuse Simon Proulx.

«Les gens nous aiment, mais ne le savent pas. Ils sont surpris, aussi, de reconnaître la plupart des ''tounes'', indique le chanteur. C'est pour cette raison que nous gagnons à être vus en show. On se force pour écrire de bonnes pièces et ça donne des soirées où ça danse, où il y a une bonne énergie. C'est l'occasion de chanter, de déconner avec ses amis.»

La tournée J'aime ta grand-mère est à peine terminée que les Trois Accords préparent la prochaine, celle de Joie d'être gai. «C'est un pur hasard, mais on commence le 22 janvier à Châteauguay, mentionne Simon Proulx. J'ai hâte de présenter le nouvel album.» Dans la région, les premières sorties auront lieu les 7, 8 et 15 avril, à Alma, Saint-Prime et Chicoutimi.

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