Une pièce qui redonne foi en l'humanité

Éric Chalifour, Patrick Simard et Guylaine Rivard forment... (Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie)

Agrandir

Éric Chalifour, Patrick Simard et Guylaine Rivard forment la distribution de la nouvelle pièce du Théâtre CRI, Et si on avait LA VIE DEVANT SOI. Elle est présentée jusqu'au 6 décembre, à la salle polyvalente de la bibliothèque municipale de Jonquière.

Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Daniel Coté
Le Quotidien

Trois fois rien. Un fauteuil qui a vu la guerre, on dirait. Des photographies et des dessins en noir et blanc qui apparaissent et disparaissent, tenant lieu de costumes, de décor, parfois même de corps. Trois fois rien, mais grâce au jeu des comédiens, il y a tout ce qu'on peut souhaiter voir dans la nouvelle création du Théâtre CRI, Et si on avait LA VIE DEVANT SOI.

L'histoire, d'abord. Celle du roman d'Émile Ajar, alias Romain Gary. Elle relate la fin de vie d'une dame qui a tout connu, tout subi: la prostitution, Auschwitz, la pauvreté matérielle. Madame Rosa a toutefois préservé son humanité et c'est ainsi qu'elle et le petit Momo sont devenus si proches, si pleins de tendresse l'un pour l'autre. Elle qui fut sa gardienne a été magnétisée par cet orphelin à l'esprit vif et au coeur pur, bien que tourmenté.

On les découvre dans le modeste appartement de Madame Rosa, plus suggéré que montré. Fort bien incarnée par Guylaine Rivard, qui signe aussi la mise en scène, elle parle un peu, d'une voix usée par trop d'épreuves. Son coeur la trahit, transforme en chemin de croix la montée des six étages menant à son logis, pendant que son protégé tourne autour comme une luciole. Il suffit de deux minutes pour tomber sous le charme de l'enfant et, à travers lui, du comédien Patrick Simard.

Ça adonne bien parce que la pièce repose sur ses épaules. S'il n'était que bon, ça ne marcherait pas. Or, son interprétation est d'une telle justesse qu'on oublie la différence d'âge entre lui et le personnage. Ses enthousiasmes sonnent vrai, tout comme ses colères, ses égarements et le désarroi provoqué par la déchéance physique de Madame Rosa.

Le troisième larron, Éric Chalifour, ajoute sa pierre à l'édifice en campant différents personnages. C'est surtout lui qu'on voit derrière toutes sortes d'images, comme la fois où, si barbu soit-il, le comédien est devenu un travesti s'exprimant à la manière de feu Guilda. «Je suis une créature de rêve», a proclamé sa Lola, dont les jambes étaient représentées au moyen d'une photographie. C'est l'une des nombreuses occasions où le public a souri.

Une quarantaine d'années ont filé depuis la sortie du roman, mais ce que laisse voir l'adaptation concoctée par Guylaine Rivard, c'est son caractère intemporel. L'histoire montre des gens vivant à un poil du précipice, fragiles, inquiets, traînant leur lot de blessures, mais encore capables de s'émouvoir et de rêver. Ils résident dans ce qui ressemble à un ghetto, mais ça pourrait être un quartier de Montréal, un camp de réfugiés, un bateau voguant vers l'Europe.

C'est l'une des raisons pour lesquelles il est gratifiant d'assister aux représentations données à la salle polyvalente de la bibliothèque municipale de Jonquière, d'ici au 6 décembre. Jouée les jeudis et vendredis à 18h30, de même que les samedis et dimanches à 14h, Et si on avait LA VIE DEVANT SOI redonne confiance en l'humanité, ce qui n'est pas rien en cette saison mortifère.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer