Le dessin animé, un monde à part

Quelques artisans de La guerre des tuques étaient... (Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie)

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Quelques artisans de La guerre des tuques étaient de passage à Chicoutimi mercredi, afin de présenter la version 3D de ce classique du cinéma québécois. Le groupe comprend Esther Poulin, qui a prêté sa voix au personnage de Daniel Blanchette, le coréalisateur François Brisson, le réalisateur Jean-François Pouliot, la productrice Marie-Claude Beauchamp et Nicholas Savard-L'Herbier, qui incarne Luc, l'un des principaux protagonistes de l'histoire.

Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie

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Daniel Coté
Le Quotidien

«On voulait que ça sente la laine mouillée, que l'image ne soit pas lisse comme dans la plupart des dessins animés», laisse échapper le réalisateur de La guerre des tuques, version 3D, Jean-François Pouliot, à la fin de l'entrevue. L'expression est colorée et témoigne du genre de préoccupations qui l'ont animé tout au long de ce projet.

À sa première incursion dans le monde du dessin animé, il a eu tout le loisir de découvrir quelles en sont les particularités. Dans ce cas-ci, par exemple, l'apport du directeur artistique fut crucial. Des tests effectués à partir de ses dessins qui ont un côté «rough», joliment rugueux, ont permis d'obtenir un look approprié.

Une autre différence, par rapport aux films «normaux», tient à la direction des comédiens. Comme il n'y en a pas, le réalisateur a sollicité la participation de Marc Béland et Pascale Montpetit pendant quelques jours. Ils ont développé des attitudes corporelles propres à chaque personnage, ce qui a guidé le travail des animateurs.

«Rendu à cette étape, je dirigeais les animateurs de la même manière que des acteurs. J'expliquais en quoi consistait la mise en scène», raconte Jean-François Pouliot. Il a aimé le fait que dans un dessin animé, on peut accentuer le caractère des personnages. Ils couvrent une plus large gamme d'émotions.

Des exigences particulières

La principale contrainte inhérente au dessin animé se situe en amont puisqu'il faut travailler davantage pour préparer l'équivalent du tournage: la confection des scènes par les animateurs. «On n'a pas le choix de barrer notre histoire», confirme le coréalisateur François Brisson.

Une autre difficulté, reliée cette fois à la responsabilité qui découle de la reprise d'un film marquant, résidait dans la conception des personnages. Très tôt, l'équipe a décidé de ne pas coller aux modèles qu'offrait la première Guerre des tuques.

«Nous sommes partis d'objets pour cerner la personnalité des enfants. Chabot, par exemple, on le voyait comme une porte de frigo, alors que Lucie nous est apparue comme une toupie et Jacques comme une quille. Malgré ça, on retrouve quand même l'esprit du film original», estime François Brisson.

On a également fait du repérage dans la région de Charlevoix pour créer le village où l'action se déroule. Il y a un peu de Saint-Irénée pour la partie centrale, mais le reste vient d'un peu partout, notamment la grange et l'école. Une maquette a aussi été fabriquée, histoire de prévenir les incohérences.

Un ton différent

À propos des voix, enfin, elles ont été enregistrées avec l'accent québécois et les interprètes ont disposé d'une marge de manoeuvre pour exprimer leur talent. «Mariloup Wolfe a donné à Sophie un ton plus affirmé que nous l'avions imaginé. Ça nous a excités», indique Jean-François Pouliot.

Le vis-à-vis de Sophie, Luc, a été campé par Nicholas Savard-L'Herbier en l'absence de sa partenaire. Ses pistes à elle ayant été mises en boîte un peu plus tôt, c'est avec le réalisateur qu'il a travaillé. «Pour trouver son carré de sable dans une telle situation, il faut y aller dans la spontanéité», énonce le spécialiste du doublage.

Moins sollicitée, mais néanmoins contente d'avoir été associée à ce projet, Esther Poulin prête sa voix à Daniel Blanchette, le journaliste qui couvre la guerre que se mènent les enfants. Sa participation à l'émission Le banquier l'avait assurée d'une présence symbolique, quelque chose comme deux ou trois lignes, avant qu'on lui confie un vrai rôle.

«Je connais le film par coeur. Je l'écoute encore deux ou trois fois par année et j'ai ''trippé'' en voyant la nouvelle version. J'ai deux enfants et j'ai hâte de la regarder avec eux. Je l'aime autant que l'autre», fait remarquer la jeune femme.

Le pari audacieux du format 3D

La version 3D de La guerre des tuques vient d'amorcer sa carrière dans les cinémas du Québec et s'il n'en tient qu'à la productrice Marie-Claude Beauchamp, elle suscitera un buzz suffisamment important pour étirer sa présence jusqu'à la période des Fêtes. Le cas échéant, la présidente de CarpeDiem Film et TV aura le sentiment d'avoir remporté son pari.

«Au Québec, la barre est haute, mais je suis confiante. Je veux un gros box-office et si on se rend aux vacances de Noël, malgré l'apparition de plusieurs ''blockbusters'' américains, ce sera significatif», a-t-elle énoncé mercredi, au cours d'une entrevue accordée au journal.

De passage à Chicoutimi avec quelques membres de l'équipe, Marie-Claude Beauchamp assiste à l'aboutissement d'un projet né il y a six ans, lors d'une activité destinée à célébrer les 25 ans du film original. Confronté à une pétition signée par 11 000 fans qui réclamaient un «remake», le producteur Rock Demers s'était tourné vers elle pour répondre à leur voeu.

«Il a cru que l'animation constituerait une bonne option et m'a contactée parce je travaillais sur une autre histoire en 3D, La légende de Sarila, raconte la productrice. Je faisais aussi partie de l'équipe qui, il y a une trentaine d'années, faisait la promotion de La guerre des tuques dans les écoles.»

Trois années ont été nécessaires afin de boucler le budget de 12 millions$, une grosse somme à l'échelle du Québec, mais des poussières face aux 120 millions $ qu'engloutissent les «majors» américains dans des projets de même nature. Pour atteindre son objectif, CarpeDiem a conclu des ententes de distribution embrassant une soixantaine de pays.

Disparition de Noël

Les ambitions internationales des La guerre des tuques, format 3D, ont entraîné quelques modifications par rapport au film original. La fête de Noël a été gommée pour éviter que la carrière du long métrage soit confinée à l'intérieur de cette période. On a aussi transformé le look de l'un des personnages, Maranda. Sa peau n'est plus aussi blanche.

«Les diffuseurs souhaitaient qu'on donne une plus grande visibilité aux minorités et nous avons choisi ce garçon parce que c'est celui qui avait laissé le souvenir le plus flou parmi les fans. On a gardé sa personnalité, mais changé la couleur de sa peau», rapporte Marie-Claude Beauchamp.

La nouvelle production est plus courte, aussi, soit 82 minutes. On a élagué des choses et resserré le montage pour coller aux pratiques d'aujourd'hui, ainsi qu'à la capacité d'attention qui n'est plus ce qu'elle était. Enfin, les adultes ont été complètement évacués. On a réalisé qu'ils n'apportaient rien à l'histoire.

Quant à la décision d'opter pour le 3D, qui a entraîné des frais supplémentaires, elle a été justifiée par le potentiel commercial de ce support. «Nous croyons que le film pourra rester plus longtemps dans les salles», avance Marie-Claude Beauchamp.

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