Rendez-vous d'exception

La publicité fut minimale, mais qu'importe. Le concert... (Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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La publicité fut minimale, mais qu'importe. Le concert de l'Ensemble Talisman a eu lieu dans une salle où les sièges libres étaient rares, à la chapelle de la cathédrale de Chicoutimi.

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Daniel Coté
Le Quotidien

La chapelle de la cathédrale de Chicoutimi a été le théâtre d'un événement unique à plus d'un titre, hier. À une époque où on invoque la nécessité de décrisper les concerts classiques, le rendez-vous donné par l'Ensemble Talisman, en fin d'après-midi, pourrait servir de modèle. On a présenté de la belle musique dans une ambiance qui n'avait rien d'empesé.

La plupart des interprètes portaient des tenues décontractées et aucun programme n'était disponible, contrairement à la coutume. C'est le leader de la formation, Luc Beauchemin, qui annonçait les pièces au fur et à mesure, prenant soin d'en préciser les contours, d'expliquer pourquoi telle ou telle approche avait été privilégiée par les interprètes.

Autre élément qui ajoutait au caractère singulier du concert: le fait que presque toutes les places étaient occupées, en dépit de la publicité minimale qui a entouré cet événement. En voyant entrer les gens par la porte de côté, à la noirceur et sous une pluie froide, on aurait dit un rendez-vous clandestin, un retour au temps des premiers chrétiens.

Au coeur du programme se trouvait le deuxième album du Talisman, Dix réflexions. Enregistré à l'église de Laterrière par des musiciens de la région, un mélange de professionnels et de jeunes marchant sur leurs traces, il renferme des compositions ayant pour trait commun d'apaiser l'âme, tout en créant des espaces de beauté.

Faute de rassembler les mêmes effectifs, une entreprise aussi compliquée que si on cherchait à rameuter des chats, Luc Beauchemin a mobilisé une quinzaine de collègues qui sont demeurés fidèles à l'esprit du disque. Parfois, les arrangements étaient similaires, mais en quelques occasions, notamment dans le Spiegel im Spiegel d'Arvo Pärt, ils ont été remodelés.

Pendant une dizaine de minutes, une formation réduite à cinq membres a tissé une trame élégante, propice au recueillement. Le violon de Luc Beauchemin a laissé voir de jolies textures en filigrane, comme lorsqu'on examine du papier fait main à la lueur d'une lampe. Sans les interventions des percussionnistes, on aurait eu le sentiment que le temps s'était arrêté.

Un autre extrait de l'album, Les Béatitudes du Russe Vladimir Martynov, a été porté par les cordes. Mélancolique à la manière d'un jour de pluie en novembre, cet air semblait avoir été composé expressément pour le concert et l'interprétation fut remarquable. Dans un monde idéal, ça aurait duré deux fois plus longtemps.

L'album comprend également des titres de l'époque baroque, dont une curiosité s'appuyant sur la Suite pour violoncelle no. 1 de Jean-Sébastien Bach. Il s'agit d'un ajout effectué à une époque où on croyait que le maître allemand avait besoin de guirlandes afin d'intéresser les mélomanes.

Hier, les violons ont tenu la partie du piano, tandis que Marie-Pier Simard-Gagnon agissait comme soliste. Elle a joué avec autorité et malgré ce mariage peu familier, l'ensemble s'est révélé si séduisant qu'un murmure de contentement a salué l'interprétation.

Le concert a pris fin comme il avait commencé, avec des extraits des Saisons de Vivaldi. Là encore, on était en terrain familier et le plaisir semblait mutuel. Les cordes étaient nerveuses, puissantes, sur le presto de L'été, et les gens se sont levés d'un bloc pour applaudir les musiciens.

Dehors, il pleuvait encore, mais à voir les sourires qui barraient maints visages, ils étaient nombreux, ceux qui avaient le coeur plus léger qu'à l'arrivée.

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