Vinci : grande soirée de théâtre

Olivier Normand incarne un photographe québécois qui part... (Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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Olivier Normand incarne un photographe québécois qui part en Europe pour retrouver ses repères, une quête qui balise la pièce Vinci. Cette oeuvre de Robert Lepage a été présentée hier soir, à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière.

Photo Le Quotidien, Rocket Lavoie

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Daniel Coté
Le Quotidien

Grand moment de théâtre hier soir, à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière. Le Théâtre La Rubrique avait invité une compagnie de Québec, le Groupe V, à présenter sa version de Vinci, la pièce créée par Robert Lepage en 1985. Cette production avait été précédée par des échos favorables, d'où le sentiment d'anticipation qui émanait de l'assistance, laquelle était cordée jusqu'aux rangées supérieures.

Il est difficile de décrire de genre de chose avec des mots, puisqu'on se trouve dans le registre des impressions. Avant même l'arrivée des comédiens, des spectateurs semblaient déjà entrés dans leur bulle, alors que d'autres devisaient joyeusement. On pouvait comprendre les uns et les autres, puisque c'était la première fois depuis 1988 qu'une oeuvre de Lepage était jouée chez nous. Cette année-là, c'est l'auteur lui-même qui avait interprété Vinci en solo, à Chicoutimi.

À l'époque, c'est la modernité du ton qui était ressortie. Cette façon de raconter l'histoire d'un photographe québécois dont un ami s'était enlevé la vie, dont la dernière exposition avait été crucifiée, ne lui procurant pour seul bénéfice que la vente de quelques clichés à des fins commerciales, se situait à mille lieues du théâtre de Dubé ou Tremblay. Son imagination visuelle, la brièveté de certaines vignettes, collaient davantage à l'esthétique du cinéma.

Ça peut sembler étrange, mais 30 ans plus tard, il reste quelque chose de cette modernité. Certes, on doit tenir compte des ajouts qu'ont dû effectuer les metteurs en scène Frédéric Dubois et Pierre-Philippe Guay, mais ce qui évite à la pièce de paraître datée, c'est l'intelligence de l'auteur, son humour fin, le mal-être qu'il sait communiquer sans alourdir le propos plus que nécessaire.

Ratoureux, Robert Lepage avait conçu un personnage mystérieux, un guide aveugle que le photographe rencontre au cours d'un voyage en Italie. Cet homme campé par Pierre-Philippe Guay ouvre la pièce en s'exprimant dans sa langue natale, surtitres français à l'appui. Son parler est si onctueux, fluide, musical, qu'on oublie parfois de lire le texte. On est déjà ailleurs.

Il exprime sa vision de l'art devant un homme en quête de repères, ce que fait bien ressortir le comédien Olivier Lessard. Tantôt rageur, tantôt abattu, le Québécois s'accroche à la pulsion de vie qui l'a conduit en Europe dans la foulée d'une thérapie peu concluante. Le problème est qu'en se frottant au génie de Léonard de Vinci, à Londres en France, puis en Italie, l'artiste en lui se sent bien petit.

Il finit par interroger le grand Leonardo à propos de ses oeuvres inachevées. Pourquoi furent-elles si nombreuses? Le maître le ramène sur terre en évoquant le plaisir que lui procure la vue d'hommes nus dans un bain public, au cours de l'une des dernières scènes du spectacle. On sourit une deuxième fois lorsqu'il met fin à l'entretien en demandant au photographe d'aller se laver. Cette touche d'humour laisse entrevoir que l'heure de la rédemption approche.

Une ultime image, calquée sur celle de l'homme-oiseau imaginé par de Vinci, a achevé de séduire le public avant que n'éclatent les applaudissements. Ils ont été généreux, mais c'est quand les gens se sont dirigés vers la sortie qu'on a vraiment mesuré l'impact de Vinci. Certains vantaient la mise en scène, d'autres l'interprétation ou la facture visuelle, autant de façons de prolonger le bonheur que leur avait procuré ce spectacle.

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