De grands tableaux pour des petits riens

Delasablo peint à tous les jours, sans égard... (Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay)

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Delasablo peint à tous les jours, sans égard à ses humeurs. Sa nouvelle exposition, intitulé En sol majeur, regroupe une trentaine de tableaux qui, pour la plupart, ont été réalisés dans une période de trois mois.

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Daniel Coté
Le Quotidien

Tous les sujets méritent qu'on s'y attarde, une philosophie à laquelle Delasablo est si attaché qu'elle imprègne l'exposition qu'il présente jusqu'au 9 décembre, à la galerie de l'hôtel Chicoutimi. Intitulée En sol majeur, elle regroupe 30 tableaux consacrés, pour une bonne part, aux objets du quotidien.

Sur l'un des murs, par exemple, on remarque une série d'oeuvres représentant un Game Boy, une prise de courant et un téléviseur comme ceux d'avant l'invention de la télécommande. Pourquoi s'intéresser à de telles choses? Parce qu'elles existent, répond l'artiste en substance.

«Dans ce cas-ci, c'était juste pour faire une TV. Après tout, il s'agit d'un objet de vie courante, un carré qu'on a toujours dans la face. Je trouve ça hallucinant de voir à quel point cette forme est présente dans le quotidien des gens. C'est sur un vieux modèle comme celui-ci que je regardais Goldorak dans les années 1970», raconte Delasablo.

Le peintre originaire d'Arvida propose une autre série formée de trois tableaux. Leur format est plus grand et on reconnaît l'intérieur d'une salle de bains, un poste d'ordinateur, ainsi qu'une femme se tenant debout à proximité d'un lavabo. Les couleurs sont vives, le trait vigoureux. Sans forcer sa nature, on peut trouver de la beauté dans ces images.

«Le lavabo constitue un objet important, tout comme la toilette. Notre mode de vie changerait si on ne les avait pas, fait valoir Dalasablo. Pour que j'aie le goût de faire une toile, cependant, il faut que le sujet me parle, qu'il y ait un rapport esthétique. C'est ce qui est arrivé avec le Cheez Whiz, il y a deux ans. J'avais été inspiré par la forme du pot.»

Dans une veine similaire, on peut découvrir un nouveau produit au look familier grâce au tableau intitulé Le Nicolla. Tout rappelle le Nutella sur cette oeuvre où s'exprime l'humour de l'artiste. C'est comme une nature morte qui goûterait les noisettes.

L'humour de Delasablo s'exprime à travers Le Nicolla.... (Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay) - image 2.0

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L'humour de Delasablo s'exprime à travers Le Nicolla.

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Un foisonnement d'idées

La plupart des tableaux regroupés à l'hôtel Chicoutimi ont été réalisés en l'espace de trois mois, plus tôt cette année. Quand on lui parle de sa productivité, Delasablo explique que c'est le reflet de cette habitude qu'il a de travailler chaque jour, sans égard à ses humeurs.

«C'est ma job de peindre et je «stalle» juste quand je suis brûlé, confie-t-il. Dans ces moments-là, je n'angoisse pas. Je sais que le lendemain, ça va aller. Je ne suis pas atteint du syndrome de la page blanche, au contraire. Je vois toujours plein de choses que je pourrais faire et quand je manque de temps pour les articuler, il y a des idées qui m'échappent.»

Ce que voit l'artiste, ce ne sont pas nécessairement des objets aux contours précis. C'est ce qu'illustre sa série sur les troncs d'arbres, dont on voit quelques manifestations dans la salle d'exposition. Derrière les grands tableaux se cache une intuition; un flash venu d'on ne sait où.

«Des rapports de couleurs sont apparus et comme je sentais le besoin de prendre racine, l'image d'un tronc est devenue évidente. J'ai alors vu venir les orangés», relate Delasablo, dont l'approche intuitive module également la vigueur du trait. Parfois, il se fait caressant, alors qu'à d'autres moments, la ligne est plus «rough».

Des portraits complètent l'exposition, dont ceux d'une amie vivant au Yukon et de l'auteur Sébastien Veilleux, lequel a pour titre L'interlocuteur. Précisons qu'il planche sur un livre consacré à Hervé Leclerc, un artiste décédé beaucoup trop tôt. Delasablo entend perpétuer sa mémoire en publiant un catalogue de ses oeuvres, un projet qui devrait aboutir en 2016.

Cette toile qui a pour titre Le trône... (Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay) - image 3.0

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Cette toile qui a pour titre Le trône émeraude montre que Delasablo trouve de la noblesse dans les objets les plus improbables.

Photo Le Progrès-Dimanche, Michel Tremblay

Le défi de l'artiste: vendre

Vivre, c'est vendre, disait Jean-Marc Chaput. Rares sont les artistes qui échappent à cette règle dictée par le mercantilisme de notre époque. Il faut écouler ses créations, ne serait-ce que pour assurer sa substance, la capacité de poursuivre sa démarche, même dans des conditions frôlant la précarité, une réalité à laquelle n'échappe pas Delasablo.

Les expositions constituent l'un des moyens utilisés par le peintre originaire d'Arvida. L'impact est limité, cependant. Après le vernissage, les transactions tendent à se raréfier, ainsi que l'ont démontré ses incursions passées dans la galerie de l'hôtel Chicoutimi.

«Ce lieu ne fait pas partie du circuit officiel en art, mais je m'en fous parce que la convivialité est écoeurante. Les rapports humains sont directs et je ne suis pas obligé de soumettre 1000 dossiers pour qu'un projet aboutisse», affirme Delasablo.

Une autre piste, explorée de fraîche date, est celle de la Galerie Dépliée de La Baie. C'est la mère de l'artiste qui l'a informé de l'ouverture de cet établissement au début de l'été, dans le secteur Bagotville. Sept ou huit tableaux y ont élu domicile, mais il est trop tôt pour cerner l'impact commercial de ce partenariat.

L'effet Facebook

Bien de son temps, Delasablo dispose d'un outil supplémentaire pour vendre des tableaux: sa page Facebook. Sans laisser croire qu'elle génère des résultats dignes de la maison Sotheby's, il note que plusieurs transactions ont été conclues à l'aide de ce support.

«Il s'agit d'un bon support pour un gars comme moi qui ne sort pas beaucoup. Dans 90% des cas, dès que j'ai complété une toile, je prends une photographie et je la place sur Facebook. Il y a même des gens de Montréal et Québec qui visitent ma page. C'est étonnant, le nombre de personnes que ça attire», fait observer le peintre.

C'est ainsi qu'un jour, il a vu apparaître une inconnue à son atelier d'Arvida. «Cette femme disait qu'elle me suivait depuis longtemps», raconte l'artiste. Plus souvent qu'autrement, toutefois, ce sont des proches - des parents, des amis - qui le suivent sur la Toile.

«Depuis trois ans, c'est là que je réalise la majorité de mes ventes», indique Delasablo, qui a profité de la tenue de sa nouvelle exposition, En sol majeur, pour tenter une expérience. Aucune de ses nouvelles créations n'a abouti sur sa page Facebook avant le vernissage, une manière de susciter la curiosité.

«J'ai été absent pendant un bout de temps, ce qui a été dur sur les finances, reconnaît-il. D'un autre côté, c'est peut-être ça qui a amené plus de gens au vernissage, qui a eu lieu le 9 octobre. Pendant trois heures, il y a eu du monde comme jamais. À un moment donné, on avait de la misère à voir les tableaux.»

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