Guibord s'en va-t-en guerre de Philippe Falardeau

De l'humour à l'humanisme

Le cinéaste Philippe Falardeau flirte avec l'humour et... (PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE)

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Le cinéaste Philippe Falardeau flirte avec l'humour et l'humanisme dans son plus récent film, Guibord s'en va-t-en guerre, mettant en vedette Patrick Huard, Suzanne Clément et Irdens Exantus.

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Roger Blackburn
Le Quotidien

Le cinéaste Philippe Falardeau flirte avec l'humour et l'humanisme dans son plus récent film, Guibord s'en va-t-en guerre, mettant en vedette Patrick Huard, Suzanne Clément et Irdens Exantus.

«C'est un scénario qui m'a été proposé par mon ami André Turpin, qui me parlait de l'histoire d'un député avec la balance du pouvoir pour voter au gouvernement. J'ai laissé mijoter ça un peu dans ma tête et, un moment donné, j'ai vu un documentaire de Manuel Foglia qui traitait du travail des députés d'arrière-ban dans des comptés situés en région. Ça m'intéressait de voir la politique autrement de ce qu'on voit au bulletin de nouvelles», explique Philippe Falardeau, qui a découvert que pour les élus des régions, la politique, c'est aussi un «job de char».

En entrevue téléphonique dans le cadre de la promotion du film, Philippe Falardeau assure que c'est un pur hasard si Guibord s'en va-t-en guerre arrive sur les écrans en pleine campagne électorale. «Il y a cinq ans, si vous m'aviez dit de sortir ce film pour la campagne électorale, je vous aurais dit que je vais d'abord sortir le scénario et qu'après, on verra», raconte-t-il en expliquant que ce fût un long processus de création.

Fidèle à sa façon de travailler, Philippe Falardeau a passé du temps avec un député de région (Marc Lemay en Abitibi) pour savoir à quoi ressemble son travail et il a rendu visite aux communautés autochtones pour comprendre qui elles sont. «J'ai aussi regardé leurs films, car ils commencent à faire des courts métrages. Ça aurait été malhonnête de ma part de tourner un film qui se passe dans le nord et qui parle des mines, des forêts, sans aborder la réalité autochtone en les respectant. Ça fait 400 ans qu'on ne les consulte pas trop et je suis allé à leur rencontre pour ne pas en faire une caricature dans le film», fait valoir le cinéaste.

Philippe Falardeau a choisi Patrick Huard pour jouer ce rôle. «Je le savais capable de jouer l'humour, mais je ne voulais pas que le personnage du politicien soit un clown. Xavier Dolan lui a fait jouer un petit rôle dramatique dans Mommy et je savais qu'il pouvait aller dans ce registre. C'est cependant toute l'humanité du personnage que Patrick a saisi dès le départ», se souvient-il.

Même s'il s'agit d'une comédie dramatique, le réalisateur de M. Lazard a réussi à passer quelques messages, se permettant des clins d'oeil à la politique et aux organismes de pression.

«Dans une scène où le politicien roule sur les routes forestières de son compté, un gros autobus blanc placardé d'une feuille d'érable et une photo du député habillé en joueur de hockey transporte des opposants. C'est un gros clin d'oeil au love in des Canadiens en 1995», s'amuse à raconter l'auteur.

Le député Guibord est aussi un joueur de hockey qui a fait carrière chez les juniors. «Une chose qui fédère tout le monde au pays, c'est le hockey, et le personnage du député représente l'image d'un bon gars d'équipe que Patrick Huard a su rendre», dit-il.

Patrick Huard tient le rôle principal

 «Le plus beau tournage de ma carrière»

Patrick Huard ne s'était pas retrouvé devant la caméra de cinéma depuis deux avant de sauter sur le plateau du plus récent film de Philippe Falardeau, Guibord s'en va-t-en guerre, qui sortira en salle partout au Québec le 9 octobre.

«Je suis un junky de plateau et j'y suis très heureux. En vieillissant, avec l'expérience, j'ai appris à gérer mon énergie et, sur ce tournage, ç'a été extraordinaire. Honnêtement, ç'a été le plus beau tournage de ma carrière», assure le comédien qui voue une grande admiration pour le réalisateur Philippe Falardeau.

«C'est un bon scénario, le personnage est plein de nuance, les acteurs avec qui je joue sont parmi les meilleurs. Philippe est un leader exceptionnel, un être humain exceptionnel. Bref, l'équipe de tournage, c'était la ligue nationale, les gens étaient contents d'être là. Je n'oublierai jamais ce tournage-là», assure Patrick Huard qui était en grande forme et de très bonne humeur lors de l'entrevue téléphonique accordée au Progrès-Dimanche.

«Microscope est une boîte de production d'exception, au service des créateurs, pour leur donner les meilleures conditions possibles», souligne le comédien qui a bien aimé l'expérience de tourner en location dans la région de Val-d'Or.

«Philippe est un gars ultra organisé, ultra préparé, avec son monde et dans sa tête. Ça permettait de bien faire les choses. Il voulait qu'on tourne à l'extérieur. Il y a des scènes qu'on aurait pu faire à Montréal, mais on les a faites là-bas, à Val-d'Or, cela a eu un impact extraordinaire sur toute l'équipe. On jouait avec du vrai monde, de vrais camionneurs, des autochtones, des mineurs. Quand tu joues avec de vraies personnes, tu dois toi-même atteindre un niveau de vérité cohérent», explique le comédien.

À la lecture du scénario, Patrick Huard a constaté qu'il y avait déjà beaucoup de choses déjà présentes au sujet du personnage, un politicien de région qui siège au fédéral. « J'ai parlé tout de suite de l'humanité du personnage. C'est une vedette locale à cause d'un but au hockey junior contre les Russes et il coache les autochtones au hockey dans son village. Ce personnage permet un regard sur les politiciens qu'on n'a plus aujourd'hui. J'avais envie de faire ça, je suis un fan de hockey et je connais l'impact du hockey sur les gens. Guibord a un côté physique relié à ce travail de député. Ce fut un beau personnage à construire», décrit celui qui vient d'une famille originaire de la Gaspésie et qui connaît bien les réalités régionales.

Pour Patrick Huard, Philippe Falardeau est un gars très sensible. « Il a fait le tour du monde et il a une ouverture sur le monde. Il a jeté son regard sur ses compatriotes avec la même humanité et a ajouté sa sauce avec le personnage de Souverain qui est un stagiaire idéaliste haïtien qui rêve de démocratie avec son regard d'étranger sur notre démocratie et ça fonctionne bien», fait ressortir l'acteur qui se dit un peu idéaliste.

«On vit dans un monde souvent fondé sur le politiquement correct, et qui n'est pas toujours fondé sur du vrai. Je veux que les gens se parlent, arrivent à se connaître. Chaque fois que j'ai peur d'un étranger, ça me ramène à une seule chose, c'est mon ignorance. Si j'ai peur, c'est que j'ignore. Si je connais, je n'ai pas peur et je sais s'il y a des affinités ou s'il n'y en a pas», philosophe le comédien en recherche d'authenticité.

«Le personnage de Guibord est un gars pris entre tout le mode, dépassé par les événements avec le désarroi dans les yeux, mais il inspire confiance. On a réussi à le bâtir et à lui trouver un niveau de langage à la bonne place capable de parler aux mineurs, aux gars de truck et au premier ministre», termine le comédien qui était bien heureux de tourner avec Suzanne Clément qui joue le rôle de sa conjointe dans cette comédie.

Critique

Guibord s'en va-t-en guerre

Laissez-vous distraire

Le film Guibord s'en va-t-en guerre, de Philippe Falardeau, raconte l'histoire d'un député fédéral indépendant dans une circonscription du nord du Québec. Il se retrouve avec la balance du pouvoir à la Chambre des communes d'Ottawa lors d'un vote pour décider si le Canada ira en guerre en Afghanistan.

Le député Steve Guibord, bien campé par Patrick Huard, pourrait être un politicien du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui se promène de village en village pour régler des problèmes de fermetures de routes avec les travailleurs forestiers, les autochtones, en plus d'assister à des soupers spaghettis, à l'inauguration de gazebo dans des parcs et de recevoir des gens dans son bureau de comté pour soutenir financièrement un festival de la poésie.

L'action frôle souvent le ridicule, mais n'y verse jamais. Le député se fait courtiser par le parti au pouvoir et le parti d'opposition qui comptent chacun 153 députés pour voter la motion du gouvernement d'aller en guerre. Le même politicien qui joue au hockey le midi avec les gars du village se retrouve en audience avec le premier ministre qui lui fait des propositions intéressantes s'il vote du bon bord.

Son épouse, l'excellente Suzanne Clément, souhaite qu'il accepte l'offre du gouvernement alors que sa fille Lune (Clémence Dufresne-Deslières) menace de le renier s'il envoie des Canadiens à la guerre. Il consulte les électeurs de sa circonscription de Prescott-Makadewà-Rapides-aux-Outardes qui n'ont rien à cirer de la guerre alors que l'industrie forestière connaît des problèmes.

La comédie dramatique nous fait sauter les épaules à plusieurs reprises. Pour nous expliquer ce qui se passe avec le jeu politique, l'auteur Philippe Falardeau fait entrer en jeu un jeune étudiant d'origine haïtienne prénommé Souverain, joué par Irdens Exantus, qui se fait embaucher comme attaché politique par le député Guibord dans le cadre d'un stage de travail.

Son analyse de la politique canadienne fait rire le spectateur, mais ses réflexions poussent aussi à une prise de conscience. Les parents du jeune haïtien suivent via Skype ce qui se passe au Canada et conseille l'attaché politique sur ce qu'il doit dire à son député.

Les gens des régions vont se reconnaître dans cette comédie qui, loin de ridiculiser les députés d'arrière-ban, montre tout le travail de terrain que ces gens doivent faire au quotidien.

Le député se voit malgré lui impliqué dans un débat national et les groupes de pression contre la guerre se mobilisent dans un «love in» pour influencer le député dans sa prise de position. Guibord est un ancien joueur de hockey junior qui a marqué le but gagnant contre les Russes lors d'un tournoi international et jouit d'une grande popularité dans sa région et même au pays.

Le pauvre député a une peur viscérale de l'avion et se déplace uniquement en automobile dans son comté où il parcourt souvent plus de 800 km par jour et se rend à Ottawa également en voiture. C'est une comédie qui tombe à point pendant cette campagne électorale fédérale. Vous allez fort probablement reconnaître votre député.

Le cinéaste Philippe Falardeau vous réserve de belles surprises qui vont vous réconcilier avec la politique ou vous en éloigner encore plus. Laissez-vous distraire.

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