Martin Lapierre pensait à son cap Trinité

Le caporal-chef Martin Lapierre, de Jonquière, a composé... (Courtoisie Nicole Simard)

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Le caporal-chef Martin Lapierre, de Jonquière, a composé une pièce musicale au piano pour ses frères d'armes en Afghanistan et les vétérans de la guerre.

Courtoisie Nicole Simard

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Roger Blackburn
Le Quotidien

Le caporal-chef Martin Lapierre, de Jonquière, a composé une pièce musicale au piano tel un hymne national pour ses compagnons d'armes et les vétérans de la guerre pour le jour du Souvenir. L'histoire de cette musique intitulée Cap Trinité, enregistré avec le Budapest Scoring Orchestra, a pris racine en pleine zone de guerre en Afghanistan et résonne jusque sur les falaises du fjord du Saguenay.

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Le caporal-chef Martin Lapierre, du département de médecine préventive du 41e centre de service de santé de la Défense nationale, à la garnison Saint-Jean, au Québec, a été en mission en Afghanistan de décembre 2010 à juillet 2011. Le 6 juin, il a posé le pied sur une bombe qui n'a pas explosé.

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Martin Lapierre a échappé à une mort certaine lors d'une patrouille avec des membres du Royal 22e régiment d'infanterie en 2011 au cours d'une mission en Afghanistan. «J'ai posé le pied sur une bombe, ce qu'on appelle un "engin explosif improvisé" (EEI) fabriqué par les Talibans. Le détonateur s'est amorcé, mais la charge n'a pas explosé. Il y avait dix kilos d'explosifs sous ma jambe avec toutes sortes de débris métalliques», raconte le caporal qui a vécu un moment de stress très intense.

«J'ai couru de toutes mes forces pour m'éloigner de l'EEI et j'ai réalisé à ce moment que je pourrais laisser ma vie ici et que je pourrais ne jamais revenir chez nous, ne jamais revoir mon coin de pays», confie le militaire qui faisait partie de l'équipe médicale communément appelée «combat médic».

«J'ai terminé ma mission avec beaucoup de stress et je me suis mis à penser. Le Cap Trinité (à Rivière-Éternité), une des belles places au Saguenay, a commencé à me trotter dans la tête tout le temps. Je me demandais si je pourrais revoir cet endroit un jour. C'était comme une métaphore qui m'a fait réaliser que c'était possible que je ne revoie pas le Saguenay et ce fut le point de départ de la pièce musicale que j'avais en tête», explique le musicien.

«J'avais cette ligne mélodique en tête et j'ai commencé à écrire les harmonies, à travailler mentalement cette pièce. Je suis revenu de cette mission en juillet 2011 et je voulais concrétiser ce projet, ce rêve. J'ai eu une deuxième chance et nos rêves, il faut travailler pour les réaliser», fait valoir le Jonquiérois de 38 ans.

Long processus

Il aura fallu quatre ans à Martin Lapierre pour enregistrer Cap Trinité. Il a fait des démarches pour mettre ce chantier-là en branle, finir les arrangements avec un orchestrateur, pour finalement livrer la pièce le 1er juillet dernier dans les studios du Budapest Scoring Orchestra.

«J'avais envoyé un démo à l'Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean, mais on m'a répondu que ça serait trop dispendieux pour mes moyens. Ils avaient raison, une journée d'enregistrement était hors de mes moyens», avoue-t-il.

Le militaire n'a pas abandonné; il s'est assuré d'avoir une partition très bien détaillée et la musique a été enregistrée à Budapest. L'orchestration a été faite par Teddy Leong-She. «Pendant quatre ans, j'ai écrit un album au complet intitulé Colosphonium, mais on voulait faire la vidéo de Cap Trinité pour le jour du Souvenir, en hommage à nos héros. En fait, c'est comme le single de l'album», dit-il.

«Le piano a été enregistré à Montréal et le projet a été masterisé au Studio Abbey Road en Angleterre, par Simon Gibson, un ingénieur qui a travaillé sur les films The Hobbit, Into the Woods, San Andreas, Macbeth, Les Misérables, Skyfall et Harry Potter», précise le musicien autodidacte.

La pièce Cap Trinité s'entend comme une musique de film. On perçoit le mouvement et les émotions. «Au début de la mélodie, c'est marin; le contraire de ce que je vivais en Afghanistan. C'était pour m'évader. Au Cap Trinité, il y a de l'eau salée, du brouillard, c'est l'opposé du désert afghan. L'ambiance du début, je voulais ça loin de l'Afghanistan: la place qui me rappelle la maison, le fjord, le petit quai, les mouettes, les petits villages», détaille le musicien de 38 ans.

«En deuxième partie, la pièce progresse, la musique est plus rapide, plus risquée. Ça, c'est la mission et à la fin, c'est plus "'hop la vie! "', plus joyeux, car je m'en suis sorti, contrairement à certains de mes frères d'armes», relate le Jonquiérois qui a grandi «en face de la petite église blanche qu'ils veulent démolir».

Le vidéoclip de Martin Lapierre a été mis en ligne le samedi 10 octobre, au sommet du Cap Trinité. «C'était symbolique. J'ai grimpé au sommet de la falaise du fjord avec ma conjointe pour boucler la boucle. J'étais là, à l'endroit où tout le projet a commencé. C'est un peu poétique et romantique, mais pour moi, le symbole est puissant», relate le militaire.

«J'ai fait ça par passion, par plaisir, mais c'est aussi un travail de guérison, comme un baume. J'ai enregistré cette musique pour les vétérans et les familles des soldats qui sont tombés là-bas. On ne peut pas toucher les gens avec nos histoires de guerre, mais je voulais le faire avec la musique. C'est ma façon de les rejoindre», conclut le caporal-chef Lapierre du département de médecine préventive du 41e centre de service de Santé de la Défense nationale, à la Garnison Saint-Jean, au Québec.

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