«Foglia l'insolent», de Marc-François Bernier

Courtepointe d'un chroniqueur atypique

Marc-François Bernier rend hommage à l'un des chroniqueurs... (Archives La Voix de l'Est)

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Marc-François Bernier rend hommage à l'un des chroniqueurs les plus singuliers du Québec dans le livre Foglia l'insolent.

Archives La Voix de l'Est

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Daniel Coté
Le Quotidien

D'habitude, les chroniqueurs sortent eux-mêmes des livres réunissant leurs textes les plus pertinents. Ils ne prennent pas de chance, de crainte que personne n'ait l'idée de leur accorder un privilège semblable à celui que Marc-François Bernier a réservé à Pierre Foglia.

Pendant six ans, ce professeur de journalisme a lu et colligé les textes rédigés par le reporter de La Presse afin de produire Foglia l'insolent, un ouvrage qui trace le portrait de l'homme, de ses idées et de sa manière bien personnelle de pratiquer le métier. Un projet de fou, reconnaît l'auteur.

«J'ai commencé bien avant que Foglia prenne sa retraite. Après avoir recensé les chroniques au moyen d'une technique usuelle en sciences sociales, j'ai procédé au tri pour retenir 1% de son oeuvre. Le livre est une courtepointe faite de ces fragments», a décrit Marc-François Bernier récemment, à la faveur d'une entrevue téléphonique accordée au journal.

Foglia l'insolent, c'est donc Foglia par lui-même, à cette nuance près que ses écrits sont mis en contexte. L'auteur ne fait pas mystère de son admiration pour le chroniqueur, ce qui ne l'empêche pas de relever les moments d'égarement, notamment le cas de la cycliste Geneviève Jeanson, dont l'homme a chanté les louanges au-delà de tout bon sens.

Le propos et le style

Avant même de lire les chroniques, il était clair que des thèmes comme les chats, le vélo et celle que Pierre Foglia appelait sa fiancée devaient être explorés. D'autres sont devenus incontournables en cours de route, qu'il s'agisse de l'éthique, du journalisme ou de ce que Marc-François Bernier identifie comme les penchants ethnologiques du reporter.

«Je me suis rendu compte qu'il a souvent écrit sur sa manière de travailler, explique l'auteur. C'est un type qui allait sur le terrain et qui prenait des notes constamment. Ce n'était pas son genre de pondre une chronique après avoir lu trois journaux, comme certains le font aujourd'hui.»

Le livre aborde également le propos et le style de Pierre Foglia, les deux éléments qui ont fait sa renommée, avance Marc-François Bernier. «Le propos vient du ''background'' de cet enfant de l'extrême gauche et de la République française. C'est sa réaction face au Québec, face à sa société d'accueil», indique l'universitaire.

Arrivé en 1963, le jeune typographe a effectué un passage au Saguenay avant de s'établir à Montréal, où son panthéon littéraire s'est enrichi de noms comme Miron et Ferron, où son écriture s'est vite singularisée. «C'était un méticuleux, un artisan dont le style a rendu le propos comestible, note l'auteur. Il a créé une grande proximité avec ses lecteurs.»

Foglia l'insolent rappelle les hauts faits d'une carrière qui fut à la fois longue et gratifiante. Il est question de ses «bitcheries» à l'endroit de Michèle Richard et Denise Bombardier, de ses croisades contre le nouvel âge, de ses convictions indépendantistes et de son indéfectible loyauté envers la famille Desmarais, propriétaire de La Presse.

À cet égard, le livre n'ajoute rien au dossier, même si Marc-François Bernier a rencontré Pierre Foglia et que les deux ont échangé des courriels. «Il était soit prudent, soit reconnaissant, analyse l'auteur. Foglia, qui dit n'avoir jamais été censuré, a su où se trouvait la limite (vis-à-vis les Desmarais). En revanche, il a souvent critiqué ses collègues.»

Le succès du livre, premier au chapitre des ventes, témoigne de l'impact qu'a eu Pierre Foglia. Lui-même, pourtant, fut étonné de voir un universitaire écrire sur lui. «Notre échange a été cordial. Il a été collaborateur, mais ne voyait pas pourquoi je m'intéressais à son oeuvre», relate Marc-François Bernier.

Son opinion à lui est différente, bien sûr. Il ne voit aucun chroniqueur s'approcher du niveau qu'a atteint Pierre Foglia. «Il y a une valeur culturelle dans ce qu'il a fait et j'espère que par son entremise, le livre donnera aux gens le goût de revisiter l'actualité des dernières années. C'est à la fois utile et agréable», fait valoir l'universitaire.

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