Une rétrospective intitulée Homme-machine

Un artiste qui dérange

Cette toile intitulée Homme-machine accueille les visiteurs dans... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Cette toile intitulée Homme-machine accueille les visiteurs dans la salle où est présentée la rétrospective consacrée à Denis Langlois.

Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque

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Daniel Coté
Le Quotidien

Il a l'air tout doux, Denis Langlois, une impression renforcée par une couronne de cheveux blancs lui donnant des airs de vieux sage. Il suffit toutefois de converser avec lui, de visiter la rétrospective que lui consacre le Centre national d'exposition de Jonquière, Homme-machine, pour réaliser que derrière cette apparente placidité se cache un esprit acéré

L'idée qui l'allume plus que tout, c'est notre rapport avec les nouvelles technologies, plus spécifiquement les questions qu'elles soulèvent à propos de l'art. Lui-même a recours aux ordinateurs, ce qui ne l'empêche pas de voir les pièges que recèlent ces petites merveilles. Derrière le pitonnage, derrière les belles images, se profilent de sinistres desseins.

«Quand j'ai présenté l'exposition Artocratie en 2006, on m'a trouvé paranoïaque. On sait ce qui est arrivé par la suite avec Edward Snowden. La technologie nous a envahis», énonce l'artiste. Il réfère évidemment aux agences de renseignement américaines qui, sous prétexte de combattre le terrorisme, siphonnent les données personnelles de millions d'individus.

Quelques tableaux faisant écho à la mode du graffiti laissent voir l'ampleur de son scepticisme. Pas étonnant que certains n'aient pas apprécié, sans toutefois altérer la sérénité du Saguenéen. «On s'attendait à voir de belles choses. J'ai senti que je n'étais pas compris», résume-t-il.

«Mon chef-d'oeuvre absolu»

Bien avant l'éclosion de Microsoft et Apple, Denis Langlois s'est interrogé sur la valeur du geste artistique à une époque où il est si facile de reproduire une image. Dès 1967, sur le tableau qui a donné son titre à l'exposition, il y a quelque chose de mécanique dans le geste illustré par le peintre, une main tendue vers on ne sait qui.

Neuf ans plus tard, il a pris le problème à l'envers, en créant une série de dessins grand format à l'aide de modestes crayons. Si vous profitez des deux journées qui restent à l'exposition (on peut encore s'y rendre aujourd'hui et demain, de midi à 17h), dirigez-vous au fond de la salle, vers le mur de gauche, et examinez Premier voisin.

«C'est mon chef-d'oeuvre absolu, lance Denis Langlois. En créant cette oeuvre hyper-réaliste, j'ai voulu affirmer que l'art s'en allait vers la reproduction.» On dirait une photo un peu pâle, en effet, tant le rendu est fidèle. On n'ose imaginer la somme d'énergie qu'il a fallu déployer afin de tirer du néant les plantes et la maison que montre le dessin.

Dans la même foulée, la série Paysages de synthèse, qui couvre le mur du fond, présente une infinité de variations sur le même thème. «J'ai tout fait au crayon et au Prismacolor, partir d'une photo. Je savais que Photoshop s'en venait», raconte l'artiste, qui a réalisé ces dessins en 1988.

L'exposition est complétée par deux toiles jumelant peinture et impressions numériques, une manière de conciliation qui, toutefois, n'annonce pas la fin de sa quête. «Je me donne cinq ans pour produire une série dans laquelle je retravaillerai des pièces accrochées dans cette salle. Je veux voir si je peux faire un meilleur travail», annonce Denis Langlois.

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