«Pauline et moi» de Louise Portal

La cérémonie des adieux

Cette photographie tirée du livre Pauline et moi... (Photo Courtoisie)

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Cette photographie tirée du livre Pauline et moi montre les jumelles Lapointe à l'époque où leurs parents les habillaient toujours de la même façon.

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Daniel Coté
Le Quotidien

Sous une croix de granit rose, on peut lire cette inscription: Fille du soleil, veille sur nous. Un coeur est aussi gravé dans la pierre, près de l'angelot déposé par la soeur de la défunte. C'est dans cet espace paisible, à l'entrée du cimetière Saint-François-Xavier de Chicoutimi, que les cendres de Pauline Lapointe ont été mises en terre.

La chanteuse et comédienne y a rejoint ses parents à la suite de son décès survenu en 2010. Son départ avait ravivé la mémoire des Québécois, qui appréciaient ses apparitions au théâtre, au cinéma et à la télévision. Une frange du public s'était également souvenue de ses albums enregistrés au tournant des années 1970 et 1980.

On a su qu'un cancer l'avait emportée, puis l'actualité a consommé d'autres histoires, comme toujours. Le cercle des intimes est redevenu le principal dépositaire de sa mémoire jusqu'au moment où la soeur évoquée tantôt, Louise Portal, a souhaité revenir sur les rapports qu'elle entretenait avec celle qui fut - et demeure - sa jumelle.

Le fruit de cette réflexion, un livre publié chez Druide, a pour titre Pauline et moi. L'écriture est sobre. Il n'y a là nulle recherche du spectaculaire, même si le propos aurait pu s'y prêter. Il s'agit d'abord et avant tout d'une lettre d'amour à une femme dont la vie, qui fut pleine d'aspérités, avait semé de l'amertume dans son sillage.

«Je voulais montrer les failles, mais pas régler des comptes, et pour qu'une telle chose soit possible, il faut être dans l'amour. C'est pour cette raison que même s'il est question de la mort, ce livre est lumineux», a énoncé Louise Portal mercredi, à l'occasion d'une entrevue téléphonique accordée au Quotidien.

Tristesse, révolte, douceur

Dans Pauline et moi, on découvre qu'il y avait du statique entre les jumelles, et ce, bien avant leur entrée dans l'espace public. Louise, qui campait le rôle de l'aînée protectrice, était souvent prise en grippe par Pauline. Celle-ci n'aimait pas se sentir couvée, ce qui ne l'empêchait pas d'interpréter toute forme d'éloignement comme une trahison.

«Je crois que les jumeaux identiques vivent moins de conflits entre eux. Chez ceux qui ne sont pas pareils, on remarque qu'il y en a un qui revendique son unicité, tandis que l'autre recherche une fusion. Ce fut le cas pour moi et Pauline», rapporte Louise Portal.

Dans son récit, elle mentionne d'autres facteurs qui ont plombé la relation entre les soeurs, le plus important étant la dépression qui, périodiquement, visitait Pauline. Plusieurs fois, ces épisodes ont mené à des éclats, des séparations pouvant durer plusieurs années. La dernière a pris fin au moment où commence le livre, pendant la saison des adieux.

Ne craignant plus d'être repoussée, puisque sa soeur avait quitté l'état de conscience, Louise Portal l'a visitée à l'hôpital avec les autres membres de sa famille, de même que les amis restés fidèles. «Même avant sa mort, la paix du coeur était là, confie-t-elle. J'avais fait le deuil d'une certaine relation.»

La tristesse est présente, bien sûr, parfois aussi la révolte quand, par exemple, on refuse d'admettre Pauline dans une unité de soins palliatifs. Mais à petites touches, le récit laisse affleurer de doux souvenirs, mêlés au bonheur de caresser les cheveux blanchis de sa soeur, de constater que son visage a conservé - ou retrouvé - l'éclat de sa jeunesse.

L'importance des rituels

Le processus de deuil dans lequel s'est engagée Louise Portal est décrit avec beaucoup de soin dans Pauline et moi. Sans que le texte prenne une couleur pédagogique, on voit de quelle manière elle a composé avec ce départ prématuré, tout en retrouvant le meilleur de ce que fut leur relation.

Une série de gestes ont jalonné ce cheminement, parallèlement à d'heureux accidents comme la rencontre d'une femme qui a accompagné Pauline au cours de son hospitalisation, ainsi que la découverte d'un journal écrit à l'âge de 14 ans. La liste, qui est longue, comprend l'enterrement d'une poupée russe et le tatouage d'une plume d'oiseau sur un bras.

«J'ai toujours aimé ça parce que je crois aux choses sacrées. C'est ainsi que même avant le décès de Pauline, j'allumais des lampions pour elle. Comme on fait des deuils tout au long de notre vie, je trouve important d'avoir des rituels, ce que je considère comme une façon de m'exprimer. Autrement, on reste démuni», avance Louise Portal.

L'écriture de Pauline et moi fait évidemment partie de cette démarche, au même titre que les entrevues qui en découlent, ainsi que les rencontres avec le public, dont celle qui ramènera l'auteure au Saguenay, le mois prochain, à l'occasion du Salon du livre. À chaque étape du processus, la lumière gagne sur l'ombre.

«Des fois, c'est juste après avoir écrit un livre qu'on en mesure la portée. Ce projet marque une étape dans la poursuite de mon chemin seule», laisse échapper Louise Portal d'une voix qui, soudain, laisse voir un reste de fragilité. Si elle est heureuse d'avoir ramené Pauline dans toutes les dimensions de son âme, la quête de la sérénité demeure un «work-in-progress».

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