Le 28 juillet à 21 h

Angélique qui rit... et qui mord

Angélique Kidjo profitera de son passage à Chicoutimi,... (- photo courtoisie)

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Angélique Kidjo profitera de son passage à Chicoutimi, mardi, pour livrer de larges tranches de l'album Eve, sorti l'année dernière.

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Daniel Coté
Le Quotidien

Coup de fil à Brooklyn, mercredi, au domicile d'Angélique Kidjo. Celle qui a eu Bono comme partenaire sur l'album Oyo, pour qui Philip Glass vient de composer un cycle de chansons qu'elle a étrenné le 10 juillet, aux côtés de l'Orchestre symphonique de San Francisco, est d'humeur à jaser.

La raison de l'appel est sa présence mardi prochain, à Chicoutimi, dans le cadre du Festival international des Rythmes du monde (FIRM). Ce sera le début d'une brève tournée québécoise, l'autre destination étant Gaspé où, le 8 août, l'artiste originaire du Bénin participera au Festival Musiques du Bout du Monde.

Loin d'avoir la grosse tête malgré les honneurs qui pleuvent sur elle (le journal anglais The Guardian l'a intégrée à sa liste des 100 femmes les plus inspirantes du monde, alors qu'en 2002, l'UNICEF en a fait une ambassadrice de bonne volonté), Angélique Kidjo s'exprime avec une spontanéité rafraîchissante. Un moment, elle rit. Puis, la voici qui dénonce.

Quand on lui demande si elle viendra à Chicoutimi avec un orchestre symphonique, par exemple, la chanteuse originaire du Bénin prend un ton amusé. «Ce serait intéressant que je puisse le mettre dans ma poche et le déplier sur scène», fait-elle remarquer.

En réalité, ce sont quatre musiciens qui l'accompagneront mardi, alors qu'Angélique Kidjo se pointera sur le coup de 21h, à l'angle des rues Racine et Bégin. Elle connaît bien le Québec, mais il s'agira de sa première participation aux deux festivals et l'idée la séduit. «J'ai hâte. Je suis toujours ouverte aux nouveaux endroits», confie l'invitée du FIRM.

Bombe à retardement

Au coeur du spectacle qui sera proposé à Chicoutimi, on trouve l'album Eve, sorti l'année dernière. Il célèbre la résilience des femmes africaines, l'espoir, la joie qu'elles portent en dépit des tribulations que vit leur continent.

Il suffit d'évoquer cet enregistrement pour qu'Angélique Kidjo souligne à quel point les blessures héritées de l'ère coloniale demeurent vives. Parce que l'indépendance n'a pas réglé tous les problèmes, loin s'en faut. Les pays riches exercent toujours une mainmise sur l'Afrique, tant sur ses richesses que sur la façon - pernicieuse - dont on la perçoit.

«Ils prennent ce qu'ils veulent et déshumanisent la population. Alors que l'Afrique est complexe, certains voudraient la mettre dans un verre, comme si elle n'avait pas le droit d'évoluer. Et ça fait partie des choses que refusent les femmes. Elles ne souhaitent pas qu'on les considère comme des victimes», tranche la chanteuse.

Une autre idée qui l'agace est que l'Afrique soit le paradis de la corruption. Oui, il y a des problèmes. C'est vrai que les prédateurs locaux causent préjudice à autrui, mais on parle moins de ce qui se passe à l'échelon supérieur, dans les beaux bureaux lambrissés. «Les puissants aussi sont corrompus, note Angélique Kidjo. La différence est que le lien est moins direct entre leurs gestes et la vie des gens.»

Leur rapacité les empêche de voir clair et surtout de voir loin, ce qui est le propre des artistes. C'est ainsi que la chanteuse ne fait pas mystère de son inquiétude à propos de l'Afrique. Elle croit qu'un coup de barre s'impose et que le temps presse. Trop de gens sont acculés au chômage. Bientôt, il y aura péril en la demeure.

«En 2050, nous serons 2 milliards et 60% de la population sera âgée de moins de 19 ans. La jeunesse africaine constitue une bombe à retardement, estime Angélique Kidjo. Si on n'a pas de travail à lui donner, ça va aller mal.»

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