Première de la version francophone de Memento mori

Confronter la mort pour célébrer la vie

Est-ce le visage de la mort? Cette femme... ((Photo Le Quotidien-Rocket Lavoie))

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Est-ce le visage de la mort? Cette femme qui tient une plume sur le dos de sa main est l'un des personnages qui défilent dans la pièce Memento Mori, fruit d'un maillage entre le Mexique et le Saguenay. Une première représentation a été donnée hier soir, à l'occasion du Festival international des arts de la marionnette à Saguenay.

(Photo Le Quotidien-Rocket Lavoie)

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Daniel Coté
Le Quotidien

Au Mexique, la mort fait partie du quotidien en ce sens qu'on ne craint pas de la confronter, de la questionner, alors qu'au Québec, elle possède le même statut que la poussière qu'on glisse sous le tapis. On fait tout pour la gommer du paysage. On la fuit jusqu'au moment où toute résistance devient futile.

Il était donc intéressant de voir, hier soir, comment des compagnies de théâtre émanant de ces deux communautés, Luna Morena et La Tortue Noire, établie au Saguenay, ont exploré le thème de la mort dans la pièce Memento Mori. Après avoir été présentée au Mexique en version espagnole, elle était proposée pour la première fois dans la langue de Vigneault.

Hormis une brève apparition de Martin Gagnon, Sara Moisan et Fanny Tousignant à la toute fin, ce sont les comédiens et marionnettistes d'origine mexicaine, Karina Hurtado, Andrés David et Meztli Robles, qui ont supporté l'essentiel du propos. À chaque fois que l'un d'eux s'exprimait, une traduction était offerte en voix off.

Ce qu'ils ont raconté est éclaté. Des bouts de vie. Des bouts de mort avec juste assez de flou pour que le spectateur travaille un peu. Il n'y a pas de mode d'emploi, en effet. Ou si peu. Dans le programme, on évoque la fragilité de la vie, tout en rappelant qu'il importe de la célébrer. Ça laisse de la marge à l'interprétation.

La tentation est grande de surfer sur la poésie des images crées par les comédiens, de concert avec le metteur en scène Dany Lefrançois. Des pieds d'enfant sous une table. Un homme coiffé d'une tête qui n'est pas la sienne. Un autre qui se barbouille le torse, tout en énumérant les raisons pour lesquelles il se déteste. Une femme heureuse, quasiment euphorique, tenant une plume en équilibre sur le dos de sa main. «J'ai commencé à dire adieu à la gravité», annonce-t-elle.

On dirait la mort en mode léger, ce qui fait contraste avec les vivants que guette l'adversité: un train qui arrive à toute vapeur, un homme traversé par une souffrance infinie, plaqué derrière ce qui semble constituer une porte. Avant de croire à un parti-pris pour la Faucheuse, cependant, il faut voir cette femme qui traverse la scène munie d'une seule béquille.

Elle peine à avancer, mais persiste et finit par trouver son erre d'aller, admirable à défaut d'être élégante. Et férocement vivante. Rassemblé dans la Salle du Facteur culturel de Jonquière, le public, qui a affiché une qualité d'écoute absolue pendant une heure, s'est peut-être reconnu dans cette femme. Du moins, on aime à le croire.

Ce qui est clair, cependant, c'est qu'il a été touché par Memento Mori, par la sensibilité avec laquelle les artisans de la pièce ont abordé le mystère de la mort. Loin de donner le vertige ou de susciter la peur, cette création ramène chacun à son humanité, un privilège dont il sera possible de jouir une dernière fois aujourd'hui à 20h, à l'occasion du FIAMS.

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