Guillaume Côté

L'étoile du Lac-Saint-Jean

Le danseur de ballet étoile Guillaume Côté assume... ((Photo La Presse, Martin Chamberland))

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Le danseur de ballet étoile Guillaume Côté assume la direction artistique du Festival des arts de Saint-Sauveur.

(Photo La Presse, Martin Chamberland)

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Luc Boulanger
La Presse

Guillaume Côté a des contacts en Chine, en Russie, en Allemagne, aux États-Unis... À Toronto, où il habite depuis 20 ans, le danseur est aussi adulé que Robert Lepage à Québec. Or, si le milieu de la danse au Canada ne jure que par lui, il est pratiquement inconnu au Québec.

L'an passé, la danseuse Anik Bissonnette a tout de suite pensé à Côté pour la remplacer à la direction artistique du Festival des arts de Saint-Sauveur (FASS). Un choix qu'elle qualifie d'évident: «Je regarde Guillaume aller depuis longtemps. Son parcours m'impressionne. Guillaume n'est pas seulement l'un des meilleurs danseurs au monde, c'est aussi un compositeur, un chorégraphe, un musicien et un visionnaire!»

Né au Lac-Saint-Jean (où sa famille habite toujours), Guillaume Côté a fait ses premiers pas comme danseur à l'âge de 4 ans. C'était à l'école du Prisme culturel de Lac-à-la-Croix, que sa mère a fondée avec deux amies enseignantes. «Enfant, Guillaume avait tout: souplesse, intelligence, un corps bien proportionné et un visage expressif. On pouvait déjà déceler son potentiel de danseur», affirme France Proulx, directrice générale et cofondatrice du Prisme culturel.

Le garçon avait aussi l'appui inconditionnel de ses parents, Germaine Tremblay et René Côté. Ceux-ci ne l'ont jamais forcé à choisir entre le hockey et le ballet: «Mes soeurs, mes nombreux cousins et cousines apprenaient aussi la danse au Lac-Saint-Jean, raconte Guillaume Côté. Pour moi, à 8 ou 9 ans, c'était tout à fait normal qu'un garçon pratique le ballet. Tous les hommes de ma famille dansaient.»

Guillaume Côté souhaite que son succès inspire les garçons à faire de la danse classique. «C'est la meilleure discipline au monde, croit-il. Cet art à la fois sportif, précis et exigeant n'a rien à voir avec les stéréotypes nord-américains de danseurs efféminés.»

L'art de la persévérance

De Lac-à-la-Croix à la Scala de Milan, il y a un grand écart que le danseur étoile du Ballet national du Canada a exécuté plusieurs fois. Aujourd'hui, le Bleuet de 33 ans est devenu une source d'immense fierté pour la région. «Par-delà son talent exceptionnel, Guillaume a eu le courage de persévérer, dit France Proulx. Et en danse, Dieu sait qu'il faut être extrêmement déterminé pour réussir.»

À 11 ans, Côté quitte Lac-à-la-Croix pour aller étudier à l'École du Ballet national du Canada. Sans parler un mot d'anglais, l'adolescent débarque à Toronto avec un cousin danseur plus âgé. «Au départ, je me disais que j'allais apprendre l'anglais et devenir une rock star, blague le danseur. J'ai plutôt fait mes ''gammes'' pendant cinq ans, à l'image de l'élève qui apprend le piano.»

Engagé au Ballet national du Canada à sa sortie de l'École, le jeune interprète hérite de son premier rôle du répertoire à 19 ans. Il incarne le prince Siegfried dans Le lac des Cygnes. Rôle qu'il a repris une douzaine de fois depuis, «en l'abordant de manière complètement différente» d'une production à l'autre. «Mon interprétation évolue selon mes expériences de vie, d'amoureux, d'artiste, etc.», explique-t-il.

Renommé pour sa technique impeccable, ses qualités athlétiques, son sens de l'interprétation, Côté fait partie avec les Vincent Warren, Frank Augustyn et Rex Harrington du club sélect des plus grands danseurs de l'histoire du Canada.

«À travers le monde, les interprètes de son niveau sont très, très rares», soutient le directeur artistique de l'Alberta Ballet, Jean Grand-Maître.

Ce dernier en a vu d'autres. Avant de diriger la compagnie de Calgary, Grand-Maître a dansé dans les années 90 pour les plus grandes compagnies de ballet d'Europe.

«Guillaume a le talent, la technique, le physique, la beauté et, surtout, l'âme. Il est à la fois un danseur étoile et un excellent acteur.»

De plus, selon Grand-Maître, le milieu lui est redevable d'avoir «modernisé l'image du danseur classique masculin». «Guillaume est polyvalent, aussi à l'aise en prince charmant qu'avec la folie de Nijinski [rôle qu'il a interprété en 2011 à Toronto]. Il a dansé dans Casse-Noisette, Roméo et Juliette, mais il adore aussi les pièces contemporaines.»

Selon Côté, faute de moyens pour de prestigieuses compagnies de ballet, les compagnies de danse contemporaine ont pris toute la place au Québec. «Si je peux contribuer à construire un pont entre le classique et le contemporain, j'en serais heureux, dit-il. Car plus je prends de l'expérience, plus j'admire la danse classique. Il y a quelque chose de magique dans la technique du ballet. Ce n'est pas un hasard si on présente des ballets classiques depuis plus de deux siècles.»

Le Petit Prince

Guillaume Côté est aujourd'hui marié et jeune papa avec une danseuse du Ballet national du Canada, Heather Ogden. Protégé de sa directrice artistique, Karen Kain, Côté signera la chorégraphie du Petit Prince, le spectacle qui va clôturer la saison du BNC en juin 2016 à Toronto. «Je crois beaucoup en Guillaume. Je suis prête à miser gros sur lui», a déjà confié Kain au Toronto Star.

En septembre prochain, Côté ouvrira la nouvelle saison de Danse Danse à Montréal avec Le spectre de la rose, une production du Ballet national du Canada. L'interprète aimerait revenir à Montréal avec Nijinski, oeuvre du chorégraphe allemand John Neumeier sur la vie du célèbre danseur des Ballets russes. «Parce que c'est le rôle le plus marquant de ma carrière. Ce personnage m'a fait évoluer à la fois comme artiste et comme être humain.»

À ses yeux, chaque création, chaque rôle, chaque représentation est un défi. «Avant d'entrer en scène, je me demande toujours si je vais réussir. Un artiste doit sans cesse se renouveler. Et douter. Il ne doit jamais s'asseoir sur ses lauriers», conclut le danseur étoile.

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