Un concert d'Angèle Dubeau consacré au cancer du sein

Un objet de beauté, de réflexion et d'émotion

Le programme comprenait de larges pans de l'album... ((Photo Le Quotidien, Michel Tremblay))

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Le programme comprenait de larges pans de l'album Blanc, qui évoque les étapes du combat mené par Angèle Dubeau et tant de compagnes d'infortune.

(Photo Le Quotidien, Michel Tremblay)

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Daniel Coté
Le Quotidien

Deux jours avant le 8 mars, deux ans après avoir été confrontée au cancer du sein, Angèle Dubeau a présenté un concert consacré à cette expérience, hier soir, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi.

Elle et ses complices de La Pietà, dont la pianiste Amélie Fortin, originaire de Saint-Bruno, ont recréé le chemin que la violoniste a emprunté avant de pouvoir se dire guérie. Ce faisant, les musiciennes ont produit un objet de beauté, d'émotion et de réflexion auquel le public, qui occupait la moitié du parterre, a réservé un accueil chaleureux.

Le programme comprenait de larges pans de l'album Blanc, qui évoque les étapes du combat mené par Angèle Dubeau et tant de compagnes d'infortune. Après avoir accusé le choc, il faut vivre une journée à la fois jusqu'au moment où le ciel se dégage, quitte à flirter avec la folie et la solitude en cours de route.

La solitude est justement l'un des facteurs qui ont poussé la violoniste à enregistrer l'album, ainsi qu'elle l'a raconté au début de la soirée. Même bien entourée, bichonnée par les siens, elle se sentait étrangement seule, une impression qui ne s'est atténuée qu'à la lecture des nombreux messages provenant du public.

«On me demandait de mettre ce que je vivais en musique et cet exutoire est devenu l'album Blanc, dont je n'aurais jamais pu prédire le succès. Ça m'a donné une poussée d'adrénaline pour continuer. C'est émouvant, aussi, de refaire ce parcours aujourd'hui», a confié Angèle Dubeau.

Gravité et folie

D'entrée, le choc ressenti par la future patiente fut illustré par une composition de Garry Schyman, BioShock: «The Ocean on His Shoulders». Angèle Dubeau a tracé une ligne délicate, fragile comme la vie, pendant que ses camarades formaient une trame empreinte de gravité. L'ensemble était à la fois beau et dépouillé, à la manière d'une toile de Jean-Paul Lemieux.

Pour annoncer l'étape suivante, celle où il ne faut pas voir au-delà du jour qu'on vit, La Pietà a proposé une oeuvre d'Osvaldo Golijov, Close Your Eyes (The Man Who Cried). Comme pour marquer le temps, le groupe a ouvert sur des pizzicati, prélude à une jolie montée en intensité.

Il y a aussi eu cette charmante adaptation du Morning Has Broken de Cat Stevens, rehaussée par d'élégants éclairages. Amélie Fortin donnait le ton au piano, tout doucement, avant que le groupe ne prenne le relais en effectuant maintes variations sur le thème. C'était plus romantique que mélancolique, ce qui, dans le contexte de la maladie, constituait un progrès.

Après avoir insisté sur l'importance du dépistage, Angèle Dubeau a fait allusion aux méandres de notre système de santé. «La bureaucratie pouvait me rendre folle», a-t-elle lancé en souriant. Le moment était venu d'interpréter À la folie de Michael Nyman, une pièce truffée de coups d'archets frénétiques, rock dans l'esprit et néanmoins harmonieuse.

Le blanc et le noir

Une oeuvre de François Dompierre, Mario, a fait écho au combat que menait le conjoint d'Angèle Dubeau en même temps qu'elle, face à un cancer de la prostate. Pour faire le vide, le couple a effectué un voyage dans le désert, une expérience relatée par l'entremise d'une composition de Dave Brubeck, The Desert and the Parched Land.

On ne refait pas un tel parcours impunément, ce qui explique l'émotion que laissait voir la violoniste à la fin du concert. Elle venait de conclure avec deux oeuvres fort séduisantes de Ludovico Einaudi, Life et Experience. Ça peut sembler étrange, mais le lyrisme de la première faisait penser à du Radiohead. Du Radiohead avec plein de cordes.

Les rappels ont eu valeur de messages, alors que le groupe a repris Woman, de Shawn Phillips, puis le What a Wonderful World de Louis Armstrong. La sérénité retrouvée, après des élans trahissant une puissante volonté d'affirmation. Le calme après la tempête. Le blanc, couleur de la guérison pour Angèle Dubeau, afin de mettre une sourdine aux idées noires.

Dcote@lequotidien.com

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