La maison près du lac

La terreur pour trois soeurs

Une pièce remarquable, du genre qui laisse une... ((Photo Le Quotidien, Michel Tremblay))

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Une pièce remarquable, du genre qui laisse une trace profonde dans les consciences, a été présentée hier après-midi, à Jonquière. Créée par une troupe israélienne, elle a pour titre La maison près du lac.

(Photo Le Quotidien, Michel Tremblay)

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Daniel Coté
Le Quotidien

L'histoire se déroule en Europe centrale au début des années 1940, mais ça pourrait être aujourd'hui, dans certaines régions d'Afrique et du Moyen-Orient. Combien d'enfants deviennent orphelins en raison de la folie des hommes? Combien finissent eux-mêmes par croiser le regard des bourreaux, en route vers l'éternité?

Tel est le propos de La maison près du lac, une pièce créée par la compagnie de théâtre israélienne HaZira Performance Art Arena. Une première représentation a été donnée hier après-midi, à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière. Elle était destinée aux étudiants du secondaire et du cégep.

On y rencontre trois soeurs dans leur maison, au moment où leur mère part faire des courses en ville. Il y a la petite, la moyenne et la grande, toutes vêtues de la même manière, toutes engagées dans l'apprentissage d'un instrument de musique. Elles ont reçu la consigne de demeurer enfermées dans une petite pièce et de n'ouvrir à personne, sous aucun prétexte.

On les voit alors jouer du Schubert plutôt mal que bien, faire du ballet à côté de trois poupées qui leur ressemblent, participer à des leçons qu'annonce toujours le son d'une clochette. C'est l'un des rituels qui rythment leur vie.

Leur individualité ressort et suscite parfois les rires. La grande est maladroite, par exemple. Au violoncelle comme à la danse, où ses grosses bottines détonnent. Soudain, la radio fait entendre une marche, du genre qu'affectionnaient les Nazis. Même si ça ne dure que quelques secondes, on sent, on sait, que cette pièce ne finira pas bien.

Les signes inquiétants se multiplient, en effet. La porte grince. Des chiens aboient. Le temps a filé dangereusement vite, aussi, d'où la question que la petite répète comme un leitmotiv: «Où est maman?»

La magie de cette pièce - on n'ose dire ce spectacle - tient à l'équilibre fragile qu'elle maintient entre le tragique de la situation et la spontanéité des filles. On s'attache à elles, à leurs chamailleries d'enfants, à leur humour, ainsi qu'à leur propension à se réfugier dans leur petit monde, comme s'il suffisait de fermer les yeux pour dissiper la menace.

C'est pour cette raison que plus personne ne rit, ne parle, ni ne défait l'enveloppe d'un bonbon, quand d'autres sons se mêlent aux premiers: une mitraillette, un chant martial, un vent qu'on devine glacial. L'heure n'est plus à l'émerveillement, comme lorsque les comédiennes faisaient corps avec leurs poupées, quelques minutes plus tôt.

On s'imagine à leur place et on a une pensée pour les communautés où une culture, un mode de vie, sont disparus à jamais. Même les survivants sont à plaindre, ce dont fait foi la scène ultime, d'une tristesse infinie. On voudrait fermer les yeux, mais ce serait en vain.

Dcote@lequotidien.com

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