Mylène Bouchard présente son essai, Faire l'amour

L'amour vu sous le prisme de la littérature

Mylène Bouchard a trouvé une façon originale de... ((Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque))

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Mylène Bouchard a trouvé une façon originale de célébrer l'amour.

(Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Daniel Coté
Le Quotidien

(Chicoutimi) La Saint-Valentin, ça peut être autre chose que des chocolats fins, un repas à sept couverts ou un film gris-gray aux prétentions érotiques. Une manière différente de souligner cette journée consiste à mettre ses pas dans ceux de Mylène Bouchard, auteure d'un essai littéraire ayant pour titre Faire l'amour.

Dans cet ouvrage paru à l'automne, aux Éditions Nota bene, la Saguenéenne s'appuie sur trois classiques, ainsi que la pensée du philosophe français Alain Badiou, afin d'explorer un sujet à propos duquel on croit - à tort - que tout a été dit. «J'ai aimé le fait que dans le contexte de ce projet, c'est de la vie que je parle», indique l'auteure en entrevue.

C'est à l'occasion d'un séminaire sur l'amour animé par le professeur Mustapha Fahmi, de l'UQAC, qu'elle a réalisé qu'on pouvait aborder ce thème sous l'angle philosophique. Trois notions développées par Badiou sont ainsi devenues les ancrages de sa réflexion, soit celles du vide, de l'événement amoureux et de la fidélité à l'événement.

Pour illustrer le vide, Mylène Bouchard a abordé l'histoire de Roméo et Juliette telle que racontée par Shakespeare. «Le vide est partout. Chaque humain le porte en lui et cherche à le combler, puisqu'il ne peut le supporter. L'amour est un moyen pour y arriver», fait-elle observer.

Chez les jeunes amants, le vide apparaît dans toute sa nudité après qu'ils aient ressenti une vive attraction l'un pour l'autre. «Réalisant qu'ils appartiennent à des familles ennemies, Roméo et Juliette doivent se redéfinir. C'est à ce moment qu'ils décident de construire leur amour en dépit du fait qu'une telle union semble impensable», explique l'auteure.

Leur situation devient tragique parce qu'ils sont pressés par le temps. Des gestes sont posés dans l'urgence: un mariage, la simulation d'un décès. Ils donnent à croire que le couple est victime de son inexpérience et de son impétuosité. «On peut se demander si c'est de l'amour ou du délire amoureux», expose Mylène Bouchard.

«L'intensité absolue»

L'événement amoureux constitue la deuxième notion cernée par Badiou et que Faire l'amour évoque par l'entremise d'Anna Karénine, le roman de Tolstoï. La scène où Anna, femme mariée à un homme respecté, rencontre l'impétueux Vronski dans une gare, l'instant où leurs regards se croisent, représente l'équivalent du gros flash mauve chanté par Plume Latraverse.

Il y a un avant et un après. C'est l'amorce d'une spirale infernale qui, là encore, finira dans le drame. «Il s'agit de mon chapitre préféré, admet Mylène Bouchard. Anna est un personnage incroyable de la littérature. On dirait que de nos jours, on n'arrive plus à en créer d'aussi forts. Elle est totale. C'est l'intensité absolue.»

Cette fois, c'est le poids des conventions qui fait obstacle. Dans la Russie impériale, on ne quitte pas impunément un homme de l'envergure de Karénine. Anna est tout de même surprise par sa mise au ban, qui la plonge dans un délire mortifère.

«J'apprécie particulièrement le monologue intérieur d'Anna, à la toute fin de sa vie. Elle entre chez Dolly, sa belle-soeur, qui ne comprend rien à ce qu'elle dit. Puis, elle circule en ville et ne voit que de la haine dans le regard des gens, comme dans une psychose. C'est un personnage qui reste dans sa vérité», analyse Mylène Bouchard.

La beauté, ultimement

«Les histoires d'amour finissent mal... en général», chantait Catherine Ringer des Rita Mitsouko. En général, mais pas tout le temps, comme le démontre le troisième volet de Faire l'amour, celui qui traite de la fidélité à l'événement amoureux. Le prisme, cette fois, c'est L'insoutenable légèreté de l'être, de Milan Kundera.

Le couple au coeur de l'histoire est formé d'une serveuse, Tereza, et d'un médecin prénommé Tomas. Ils se rencontrent par hasard et plus rien n'est pareil. Un amour est né, sauf que l'homme est incapable de résister à ses pulsions. Dans son esprit, les relations sexuelles avec d'autres femmes ne sont pas incompatibles avec le lien très fort qui l'unit à Tereza.

«C'est l'oeuvre parfaite pour explorer la notion de fidélité, la fidélité à l'événement dont parle Badiou, ainsi que la fidélité tout court. Est-ce possible de construire l'amour si l'un trompe l'autre? La différence, par rapport à Roméo et Juliette, de même qu'Anna, est que Tomas et Tereza ont eu du temps pour bâtir leur couple», énonce Mylène Bouchard.

Tomas finit par comprendre que sa compagne, triste de le voir aussi dispersé, est en train de se défaire. Il a vieilli, aussi, au point de renoncer à la vie urbaine, autant qu'à ses relations contingentes. «Le départ du couple pour la campagne constitue un geste de désespoir, mais également une forme de renouveau, note l'auteure. Ce changement leur fait du bien.»

Longtemps, Tereza fut la seule à demeurer fidèle à l'événement, à l'illumination provoquée par sa rencontre avec Tomas. Or, voici les deux au même diapason, ultimement. Même la mort qui les frappe de plein fouet, dans leur véhicule, ne peut effacer la beauté de ce qu'ils sont devenus.

Ils ont réussi à construire leur amour, ce qui correspond au véritable sens du titre choisi par Mylène Bouchard.

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