Beethoven sur disque et en concert

Le Quatuor Alcan, des orfèvres

L'ombre de Beethoven planait sur le Quatuor Alcan,... ((Photo Jeannot Lévesque))

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L'ombre de Beethoven planait sur le Quatuor Alcan, hier soir, à l'occasion d'un concert tenu au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi.

(Photo Jeannot Lévesque)

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Daniel Coté
Le Quotidien

(CHICOUTIMI) Un événement qui ne s'est produit que deux fois dans la vie d'un pays mérite le qualificatif d'historique. C'est donc une page glorieuse qui a été écrite, hier soir, alors que le Quatuor Alcan a lancé le premier coffret des trois qui forment son intégrale des quatuors à cordes de Beethoven.

Il l'a fait devant quelques centaines de mélomanes rassemblés au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, à la faveur d'un concert d'une facture inhabituelle. Avant l'interprétation de chacun des trois quatuors figurant au programme, en effet, la journaliste Paule Therrien s'est entretenue avec les membres de la formation, ainsi que la directrice générale de la maison de disques ATMA, Johanne Goyette.

Ces échanges se sont déroulés à gauche de la scène, dans un décor reproduisant l'atmosphère d'un salon. Ils ont permis de mesurer l'ampleur du défi qu'ont posé les quatuors de Beethoven, au-delà du fait qu'il y en a 17 et que, mis bout à bout, ils durent 630 minutes et meublent 9 CD.

«Au cours des enregistrements effectués au Domaine Forget, sur une période de quatre ans, les musiciens jouaient un quatuor une fois, puis les discussions commençaient, des discussions animées comme dans un mariage. C'est pour cette raison que le fruit de leurs efforts est si vivant», a fait valoir Johanne Goyette.

La récompense fut à la hauteur de l'investissement émotif, a mentionné la violoniste Laura Andriani, quelques minutes plus tard. «C'est un rêve (produire une intégrale des quatuors). Mes amis musiciens me disent qu'ils donneraient un bras pour faire ça. Il s'agit d'un privilège de la vie», a-t-elle énoncé.

Émotion et fierté

Chanter les mérites de Beethoven, c'est bien. Le jouer est encore mieux, ainsi que l'a démontré le Quatuor Alcan par l'entremise de trois oeuvres composées à des moments différents de la vie du maître allemand. Les musiciens ont commencé par la plus hâtive, le Quatuor à cordes en ré majeur opus 18, numéro 3.

Le violoncelliste David Ellis avait évoqué l'influence de Haydn et Mozart, les accents classiques de cette pièce écrite par un homme de 28 ans, et ce n'étaient pas des paroles en l'air. Les musiciens ont mis leur talent au service d'une création tantôt enjouée, tantôt romantique, dont l'esthétique est fort séduisante.

Il était fascinant de les voir produire des trames très texturées, d'une précision d'orfèvre comme dans l'andante con moto, avant d'attaquer le dernier mouvement au pas de charge. La finale a même laissé transparaître une touche d'humour par l'entremise des violons, ce qui a amusé une partie du public.

Plus dense, plus expressif, le Quatuor à cordes en mi mineur opus 59, numéro 2 a montré un Beethoven arrivé à maturité. En se laissant glisser dans la musique, on pouvait déceler une certaine gravité, du moins jusqu'à la conclusion où le rythme est devenu aussi enjoué, aussi guilleret, que dans l'ouverture d'une opérette.

C'est toutefois la troisième oeuvre de la soirée, le Quatuor à cordes en mi bémol majeur opus 127, qui a produit la plus forte impression. Dans l'adagio, en particulier, le grondement du violoncelle, à peine atténué par les violons et l'alto, ouvrait une fenêtre sur l'état d'esprit dans lequel se trouvait le compositeur.

On pouvait sentir qu'arrivé à 56 ans, à l'approche des extrémités dernières, Beethoven essayait de régler la question métaphysique en alignant des notes en forme de points d'interrogation. À l'image de son profil projeté sur la conque d'orchestre, à partir d'un buste posé sur un tabouret, l'homme avait pris une autre dimension.

Le Quatuor Alcan a fait la même chose, à son échelle à lui, en offrant une version pleine de sensibilité que les spectateurs ont accueillie avec un surcroît d'émotion. En plus d'apprécier cette interprétation, ils étaient fiers de voir des musiciens de chez nous prendre le relais du Quatuor Orford, la seule formation canadienne ayant enregistré l'intégrale Beethoven avant eux.

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