Olivier Latry à Chicoutimi

Deux cathédrales au diapason

Organiste à Notre-Dame de Paris, Olivier Latry a... (photo Jeannot Lévesque)

Agrandir

Organiste à Notre-Dame de Paris, Olivier Latry a livré un programme rendant hommage à ses collègues d'hier et d'aujourd'hui, lors de son passage à la cathédrale de Chicoutimi.

photo Jeannot Lévesque

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Daniel Coté
Le Quotidien

(Chicoutimi) C'était Noël au mois de juillet, hier soir, à la cathédrale de Chicoutimi.

C'était Noël au mois de juillet, hier soir,... (photo Jeannot Lévesque) - image 1.0

Agrandir

photo Jeannot Lévesque

C'était Noël au mois de juillet, hier soir,... (photo Jeannot Lévesque) - image 1.1

Agrandir

photo Jeannot Lévesque

Le dernier concert d'orgue de la saison, donné par l'un des trois titulaires de l'orgue de Notre-Dame de Paris, Olivier Latry, a entraîné un afflux inhabituel, mais combien justifié. Ça refoulait jusqu'au jubé, ce qui ne s'était pas produit depuis le passage du ténor Marc Hervieux et de l'organiste Régis Rousseau, à l'été 2010.

Pendant près de deux heures, l'invité de Céline Fortin, qui rêvait de l'inclure dans sa programmation depuis des années, a proposé des oeuvres composées par ses collègues d'hier et d'aujourd'hui. En rendant hommage aux organistes de Notre-Dame, il a souligné les 850 ans de cette église, tout en célébrant le 175e anniversaire de la colonisation du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Saisi d'une émotion bien compréhensible, le curé de la cathédrale, l'abbé Gaétan Thibeault, s'est fait lyrique au moment de présenter l'illustre invité. Il a invoqué Verlaine et Lamartine, qualifié Notre-Dame de «cathédrale absolue», avant que les murs de Saint-François-Xavier ne résonnent au son du Noël suisse de Nicolas Séjean (1745-1819).

Cette pièce qui comporte des accents folkloriques, tout en laissant filtrer un mélange de joie et d'intériorité, a permis de mesurer la qualité d'écoute du public, au même titre que l'expressivité du musicien. Même lors d'un passage extrêmement doux, l'équivalent d'une dentelle, les gens n'avaient qu'une idée en tête: tendre l'oreille pour saisir toutes les notes, si ténues fussent-elles.

«Pourquoi jouer un air de Noël en juillet? Parce que ce fut une source d'inspiration intarissable pour les organistes de Notre-Dame», a expliqué Olivier Latry. Le temps d'aborder le répertoire d'un autre compatriote, Antoine Calvière (1695-1755), et il relatait un épisode pénible de l'histoire de la cathédrale: la Révolution française.

On pillait les orgues pour un tout ou pour un rien, mais certains, dont celui de Notre-Dame, ont échappé à cette fatalité parce que leurs titulaires ont eu le réflexe d'interpréter des pièces qui s'inscrivaient dans l'air du temps. Ainsi est née une composition de Claude-Bénigne Balbastre (1727-1799) jumelant Ça ira à La Marche des Marseillois, l'ancêtre de La Marseillaise.

Ce fut l'un des points forts du concert et pas juste parce qu'on reconnaissait la musique. Olivier Latry a multiplié les variations, passant d'un air guilleret à un passage au caractère intimiste comme s'il voulait montrer, à l'image de son lointain prédécesseur, que l'orgue pouvait servir tous les types de musique.

C'est toutefois la finale ponctuée de sons violents, suggérant des bombardements, qui a produit la plus forte impression. Comment ne pas penser à un autre artiste, Jimi Hendrix, et à sa version guerrière de l'hymne national américain, le Star Spangled Banner? La Révolution d'un côté, le Vietnam de l'autre.

À l'exact opposé, Olivier Latry a offert trois titres de Louis Vierne (1870-1937), dont un Clair de lune qu'on aurait souhaité ne jamais voir finir tant il faisait du bien à l'âme. D'entrée, les notes soyeuses ont créé une atmosphère à la fois mystérieuse et romantique, la bande sonore parfaite pour accompagner une toile de Caspar David Friedrich, le genre qui montre une mer d'encre, des rochers et une silhouette se découpant dans la nuit.

Il restait un morceau de bravoure, cependant, lequel a été livré avec la complicité du percussionniste Robert Pelletier. Écrite par Pierre Cochereau (1924-1984), la pièce en question, Boléro sur un thème de Charles Rachet, a débuté sur la pointe de pieds. Puis, comme dans l'autre Boléro, celui de Ravel, les musiciens se sont engagés dans une spirale infernale.

L'orgue est devenu un orchestre, tandis que les percussions se faisaient plus insistantes. La cathédrale est grande, mais tout l'espace était occupé par les notes, jusqu'à l'ultime métamorphose où le rouge vif s'est mué en pastel, où la trame est devenue à peine perceptible.

Le public a accueilli ce feu d'artifice musical avec enthousiasme et pour le remercier, Olivier Latry a conclu le concert en improvisant sur deux thèmes définis par Céline Fortin, les chansons Sur les ponts de Paris et Joyeux anniversaire. Il les a déstructurées avant de produire un maillage de plus en plus serré, semblable à celui qui, le temps d'une soirée, a mis deux cathédrales au diapason.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer