«Les mutants» au mont Jacob

Un collage fait aux couleurs du Québec

La pièce Les mutants a donné à rire... ((Photo Rocket Lavoie))

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La pièce Les mutants a donné à rire et à réfléchir, à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière.

(Photo Rocket Lavoie)

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Daniel Côté
Le Quotidien

(JONQUIÈRE) Ils sont dans la trentaine et comme le Québec, on les sent moins juvéniles, sans être vraiment vieux. Leurs rêves ont rétréci, mais ils ne sont pas complètement désenchantés, juste un peu hésitants, comme lorsqu'on arrive à une intersection où l'affichage serait déficient.

Les ils en question, ce sont les élèves que donne à voir la pièce Les mutants, proposée à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière. Ils retournent à la petite école vêtus de costumes devenus trop petits, dans certains cas, afin de tracer le bilan de ce qu'a été leur vie et, simultanément, brosser de leur communauté un portrait sous forme de collage.

Il y avait peu de sièges vides, signe que ce spectacle était l'un des plus attendus de la saison, à La Rubrique. C'était la première sortie de cette production à l'extérieur de Montréal et les 10 comédiens qui l'ont créée, sous le giron du Théâtre de la Banquette arrière, ont livré une performance à la fois tonique et émouvante, source de rires et de réflexion, d'espoir et de découragement.

Devant un écran sur lequel étaient projetées des images captées sur scène, autant que des documents d'archives, la bande menée par la comédienne Sophie Cadieux, auteure du texte en compagnie de Sylvain Bélanger, qui assume le rôle du professeur, répond à des questions qu'on peut apparenter à des épreuves. Il faut décrire sa famille, cerner ses aspirations, révéler quel tatouage on voudrait porter.

Parfois, ce sont les écoliers qui s'expriment dans leurs mots et parfois, ils cèdent la parole à des Québécois d'hier et d'avant-hier, de René Lévesque à Leonard Cohen, en passant par Dany Laferrière et Joanne Marcotte, la grande prêtresse du Réseau Liberté-Québec. Ce qui ressort, au fil de ces interventions, c'est à quel point rien ne change au pays de Maria Chapdelaine.

C'est ainsi que les jeunes filmés dans Wow, le documentaire de Claude Jutra réalisé dans les années 1960, expriment les mêmes sentiments que ceux d'aujourd'hui. Certains marmonnent de la même manière, aussi, comme quoi on ne peut pas tout mettre sur le dos de la réforme pédagogique.

Les auteurs ont aussi le don de jouer avec le public en le lançant sur de fausses pistes. Dans une séquence assez émouvante, par exemple, les écoliers interprètent avec une douceur infinie une chanson traduisant leur désir de ne pas vieillir. Le texte est bien tourné, plein de sensibilité, d'où l'étonnement ressenti par bien des gens lorsqu'ils apprennent qu'il émane de Boom Desjardins.

Une autre surprise fut l'apparition sur scène de Jean-Pierre Vidal, qui a longtemps enseigné à l'UQAC. Le groupe était assis par terre, devant lui, lorsque l'universitaire a lu un texte un peu long, mais fort bien tricoté, où il a démontré à quel point le temps est une chose relative. « Tant que je veux apprendre et découvrir, je suis jeune «, a-t-il énoncé.

Il y a eu des moments très drôles, aussi, en particulier la séquence où les écoliers devaient traduire en gestes des notions comme l'amour, la peur, l'abandon. Plus la pièce avance, toutefois, et plus le ton devient sérieux. Le groupe semble perdre la maîtrise de son corps, puis le professeur parle d'un Québec « qui a une opinion sur tout, mais rien à déclarer «.

Au moins, il reste Félix et sa voix chaude, qui parle de sa mère, de la maison et du bonheur. Au même moment, l'écran se divise en deux pour montrer une éolienne, ainsi qu'un vieux chemin filmé bien avant l'ère du numérique. On réalise alors que l'important, c'est que ça continusse, comme disaient les anciens.

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