Dit comme ça, on pourrait croire que l'expression est péjorative, qu'elle traduit le malaise qu'aurait provoqué le spectacle donné par Alexandre Barrette hier soir, au Théâtre Palace d'Arvida. Ce serait une erreur, cependant, eu égard au talent de l'humoriste pour faire quelque chose avec n'importe quoi, même les détails les plus insignifiants de la vie.
Il s'agit de sa première tournée en solo et, devant une salle comble autant qu'enthousiaste, le jeune homme a offert une démonstration digne des «tapis stressés» de l'artiste Jean-Jules Soucy, ces innombrables pintes de carton avec lesquelles le Baieriverain a conçu l'une de ses oeuvres les plus importantes.
Alexandre Barrette fait pareil, à sa manière. En l'espace de dix minutes, il décrit un toussotement qui aurait laissé des traces dans sa main, la détresse éprouvée lorsqu'une employée de Tim Horton's lui a donné un beigne moins glacé que celui qu'il convoitait, ou encore le plaisir généré par le passage de son auto sur la bande vibrante d'une autoroute.
C'est le genre d'histoires qui ont émaillé son retour sur la scène après l'entracte, à l'occasion d'un numéro consacré aux péchés capitaux. Sur papier, c'est poche, mais quand les mots sortent de sa bouche, rehaussés par des mimiques redoutablement efficaces, ils font rire. Parfois très fort.
Pour comprendre, il faut savoir que l'humoriste possède une personnalité avenante. Dès son arrivée au Palace, par exemple, il a exprimé sa joie à l'idée de revenir ici avec un premier spectacle officiel, au lieu de se produire dans les bars. On a aussi appris qu'il était grippé, mais que l'amour de son public l'avait poussé à faire l'ultime sacrifice.
«Pour être avec vous, je me suis inséré du sirop en bâtonnet, avant de quitter la maison de mes parents à Charlesbourg», a relaté l'invité de Diffusion Saguenay. Trop de détails, pensez-vous? C'est là qu'Alexandre Barrette se distingue de certains de ses collègues.
Au lieu d'insister, de verser dans la scatologie comme le ferait un Peter McLeod, il a exploité la situation en faisant état de son malaise, une option plus intéressante. «On dirait que c'est la seule activité dans laquelle je suis gêné de me voir. Je n'ai pas voulu me regarder dans le miroir et garder un souvenir de ça», a mentionné l'humoriste.
Un peu cousin de Louis-José Houde, notamment pour le débit, Alexandre Barrette ne livre pas de monologue, au cours de son spectacle. Il privilégie les vignettes, les flashes comiques à propos de sa famille, de son ex, de sa détestation des sushis (dans l'un de ses meilleurs gags, il roule devant un restaurant de sushis et réalise qu'il n'y a pas que des inconvénients au célibat: «En le voyant, je me suis dit: Wow! Je ne suis plus obligé d'y aller.» Drôle et de bon goût).
Les minutes passent, les punchs défilent, et on comprend que toutes ces micro-anecdotes, cet amas de faits sans aucune importance, laissent des traces plus durables qu'on l'aurait imaginé. Ce qui ressort, au final, c'est le portrait d'un artiste inventif, jeune et déjà familier avec la mécanique du rire. Le genre de gars qu'on voudrait avoir comme voisin, comme beau-frère, juste assez névrosé et très bon raconteur, ainsi que le constateront ceux qui le verront ce soir et demain, à la Salle Michel-Côté d'Alma et à la Salle Desjardins-Maria-Chapdelaine de Dolbeau-Mistassini.
Ils ne seront pas déçus.
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