À la fois une critique de notre société qui consomme jusqu'à plus soif et une relecture de la nature morte, Les consommables est sans aucun doute une exposition riche en interprétations, et ce, à plusieurs niveaux. Depuis plusieurs années, Julien Boily nous a habitués à un travail où la modernité côtoie étrangement des approches traditionnelles. On l'a vu notamment peindre des jeux vidéo et dans Les consommables, le voici qui persiste en ce sens en s'appropriant des objets technologiques auxquels il donne un tout nouveau sens.
C'est d'ailleurs à cet exercice déroutant qu'il se livre dans le premier volet de cette exposition en deux temps. Abordant la technologie dans une trilogie de photographies numériques, Boily s'est littéralement amusé à créer des natures mortes dans lesquelles des objets du quotidien subissent un détournement de sens. On verra donc une imprimante recouverte de neige artificielle présentée sous un angle quasi iconoclaste. Un plateau sur lequel on aura disposé des télécommandes, elles aussi couvertes de neige artificielle, prendra des airs de présentoir à petits gâteaux tandis que des adaptateurs électriques disposés dans une coupe se transformeront en une espèce de sundae.
Bien que visuellement étonnante, cette démarche n'est pas moins riche de sens. En représentant ces objets sous un tel angle, c'est leur nature jetable qui est surlignée. On vante sans cesse les mérites de la technologie et l'économie de temps qu'ils nous permettent, mais on se garde généralement de mettre en lumière la trace écologique que ces appareils laissent derrière eux. Un jour ou l'autre, il ne sera plus possible de nier cette problématique. Avec ce premier volet de Les consommables, Boily redéfinit tout simplement l'art engagé en tant que parfait équilibre entre esthétisme et piste de réflexion sociale. Il s'agit là d'une oeuvre d'une simplicité désarmante, mais à la portée gigantesque.
Reproduire le vide
S'il maîtrise avec brio les concepts brillants et les formules-chocs, Boily peut aussi compter sur un talent époustouflant en tant qu'artiste-peintre. Dans le deuxième volet de Les consommables, on a peine à croire que l'immense toile constituée de trois tableaux qui ornent le mur principal de la salle d'exposition a bel et bien été reproduite au pinceau. L'illusion est si réussie qu'on peut y passer de longs moments à contempler la minutie avec laquelle Boily a recréé une image d'une futilité inouïe. Le thème de ladite oeuvre étant un vulgaire sac de plastique duquel des plateaux de styromousse tombent. Rien de moins.
Boily persiste et signe ensuite en peignant à l'huile une de ses photographies tirées d'une résidence artistique en Europe où il avait immortalisé un banal sac de poubelles ensevelies sous la neige. L'exercice peut sembler ironique, mais le résultat est d'une vérité plus grande que nature.
Enfin, on ne peut passer sous silence le tableau intitulé Memento vastum où un crâne décalotté est devant un écran d'ordinateur vide contenant diverses icônes de logiciels du quotidien dans la barre des tâches. Quand la technologie devient un exercice purement esthétique.
Les consommables de Julien Boily est présenté à la galerie Langage Plus jusqu'au 18 novembre et l'admission est gratuite. Une exposition où même le non initié à l'art visuel risque fort bien d'y vivre une expérience qui le convertira peut-être à l'art contemporain.