Bien plus que dix ans de carrière

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Daniel Côté
Le Quotidien

(CHICOUTIMI) Parfois, un album représente davantage qu'une collection de chansons. Même une compilation comme celle que vient de sortir Giorgia Fumanti, justement baptisée Collection, souligne autre chose que ses dix ans de carrière. Un second anniversaire, celui de son arrivée au Québec, fait également partie du décor.

Avant de quitter son Italie natale à l'âge de 27 ans, en compagnie de celui qui est devenu son mari, la jeune femme avait étudié en Droit, travaillé avec des enfants handicapés, donné des cours de yoga et prêté main-forte à ses parents, propriétaires d'un magasin d'électronique.

Giorgia Fumanti s'était aussi découvert une voix, à 17 ans, après avoir joint les rangs d'une chorale. Ce fut une révélation pour la fille timide qu'on voit sur la pochette du nouvel album. Ce coup de chapeau du destin lui a laissé entrevoir qu'elle pourrait monter aussi haut que les notes provenant de sa gorge.

«Je n'avais pas imaginé qu'un jour, je serais une immigrante. Je priais Dieu pour qu'il m'envoie là où je pourrais devenir chanteuse, parce que l'Italie n'était pas l'endroit pour le faire. La mentalité était trop vieille», explique l'interprète, qui invoque aussi l'intégrité douteuse des gens qui y gravitent autour du monde merveilleux du spectacle.

Pour illustrer ce qu'a représenté son arrivée au Québec, elle précise que son premier album avait pour titre Like A Dream. Le rêve dont il est question, c'est celui d'une carrière dans la pop lyrique qui a vite dépassé les frontières de son pays d'adoption.

Contrat avec la compagnie EMI, apparitions sur la chaîne PBS aux États-Unis, première tournée en Chine: la machine s'est emballée en moins de temps qu'il n'en faut pour chanter l'air de Nessun Dorma, comme Giorgio Fumanti l'a fait avec Luciano Pavarotti. Un parcours idéal? Oui et non, répond la principale intéressée.

Ses voyages lui ont fait découvrir d'autres cultures, ce que reflètent les chansons chinoises et indiennes que renferme Collection, où elles cohabitent avec des pièces populaires ou classiques telles que The Rose, Evergreen et In Trutina. En revanche, le succès vient avec des pressions exercées de tous bords.

«Au début, je n'étais pas prête à vivre tout ce qui m'arrivait, rapporte Giorgia Fumanti. Je devais me battre avec des gens qui ne comprenaient pas ce qu'est la sensibilité d'une artiste, qui voulaient que je fasse de la promotion d'une manière qui ne me convenait pas, qui souhaitaient faire de l'argent rapidement.»

Ce ne fut pas suffisant pour briser le charme, cependant. Aujourd'hui encore, la résidente des Laurentides poursuit son rêve sur tous les continents, ou presque. La différence est que, depuis la naissance de sa fille Crystal, il y a trois ans, elle se sent plus Québécoise et plus «groundée» que jamais.

«J'ai passé trois semaines en Chine, en janvier, ce qui m'a permis de chanter en compagnie du pianiste Lang Lang. À un moment donné, j'ai dit à mon mari: Je veux rentrer à la maison. Pour la première fois, dans mon esprit, ça voulait dire au Québec», fait observer la soprano.

C'est pour célébrer cet enracinement, autant que ses dix ans de carrière, qu'elle a sorti un double album dans lequel neuf titres sont disponibles pour la première fois. Signe que rien n'est parfait en ce bas monde, son lancement, cet automne, correspond au moment où aurait dû naître son deuxième enfant, perdu à la suite d'une fausse couche.

«Je n'étais enceinte que depuis trois mois, mais je tenais à le célébrer», affirme Giorgia Fumanti. Outre l'album, une longue série de concerts lui permettra d'approfondir ses liens avec le public québécois, d'ici au printemps. Aucune escale n'est prévue au Saguenay-Lac-Saint-Jean, pour le moment. On parle toutefois d'une visite à l'automne 2013.

Dcote@lequotidien.com

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