Dans La ville en rouge, quatre amis vivant dans un village éloigné, portant le nom peu flatteur de Sainte-Inertie-de-l'Énergie, semblent condamnés à passer un été ennuyant. Flé, jeune adolescente au tempérament enthousiaste, s'est plongée depuis quelque temps dans la lecture de Voyage à motocyclette d'Ernesto Che Guevara. Mue par un désir d'aventure, celle-ci entraîne son frère Léo ainsi que ses amis Paty et Minus dans une odyssée en direction de Ville en rouge. Chemin faisant, le quatuor rencontrera Galy, un jeune homme demeurant au sein d'une famille d'accueil et qui fera battre le coeur de la révolutionnaire Flé.
En premier lieu, on se surprend à croire aux personnages sur scène lorsque l'on sait que l'âge moyen des interprètes se situe autour de la fin vingtaine. Réussissant à échapper au syndrome de Watatatow, les comédiens ont donc trouvé le ton idéal afin de jouer des adolescents sans jamais tomber dans l'infantilisme et surtout, sans créer des décalages aux frontières du surréalisme. Chapeau au metteur en scène Martin Genest qui a su rassembler cette équipe de comédiens (Israël Gamache, Annik Landry, Joanie Lehoux, André Robillard et Sylvain Ward) où la chimie opère de toute évidence.
De ce fait, on ne peut passer sous silence le texte de Marcelle Dubois qui a trouvé le juste milieu entre un vocabulaire adapté pour un large public et un niveau de langage réaliste. Il est parfois facile de glisser vers la caricature ou de brosser un portrait politiquement trop correct lorsqu'il est question de mettre des mots dans la bouche de personnages adolescents. Dubois a su éviter le piège et cela favorise énormément le travail des comédiens.
Autrement, la scénographie de La ville en rouge est très impressionnante. La scène étant constituée de trois pastilles dont deux sont pivotantes, un jeu de rotation fait en sorte qu'il n'y a jamais de temps mort. Cette scène dynamique permet des mouvements généralement inusités au théâtre tels que des excursions où les protagonistes peuvent marcher tout en restant devant un écran où est projeté un décor qui défile. D'ailleurs, on doit au cinéaste d'animation Daniel Faubert ces projections qui, tout au long de La ville en rouge, teintent l'histoire d'une poésie visuelle à la fois attendrissante et représentative de l'imaginaire enfantin.
Et qu'en est-il des marionnettes alors? Disons-le, celles-ci sont quasi inexistantes. Il arrivera que dans quelques scènes, les personnages soient représentés par des figures en deux dimensions mais sinon, qualifions-les d'accessoires. Or, cela ne nuit pas du tout au plaisir des spectateurs.
Produite par le Théâtre du Gros Mécano, le Théâtre Populus Mordicus et le Théâtre populaire d'Acadie, La ville est rouge est présentée comme étant un road movie pour l'enfance. L'affirmation est exacte mais il s'agit aussi du pendant théâtral d'un «feel good movie». Bref, une pièce qui fait du bien à l'âme et qui permet au public de s'évader, et ce, sans danger.