L'unique élément de décor était une carte format géant, mais c'est par la musique que les artistes ont créé l'illusion du mouvement. Leur truc, c'est d'interpréter des chansons provenant de différents pays, tout en faisant honneur à la langue d'origine. Du japonais à l'hindi, en passant par le turc et l'espagnol, ils montent une jolie tour de Babel.
Originaire de la région, le groupe impressionne par cette capacité qu'il a de montrer plusieurs visages. Sur l'Irlandaise Finnegan's Wake, qui a fait couler bien des pintes de Guinness dans les pubs, le guitariste Yann Dessureault chante d'une voix plus rugueuse qu'à l'ordinaire, ce qui rend cette version encore plus authentique.
De son côté, le batteur Joël Fortin raconte l'histoire d'un marchand de boeufs en imitant le parler des Gaulois, du moins ceux qui s'expriment dans les dessins animés d'Astérix. Quant à la claviériste Julie Yergeau, elle est aussi à l'aise dans un flamenco énergique, livré debout en tapant des mains, que dans un air japonais où l'émotion est distillée à petites doses.
L'inventivité de Pas Faites en Bois ressort également sur les titres plus connus, comme le Paint It, Black des Rolling Stones. C'est la batterie qui domine les arrangements, tandis que la guitare sèche de Yann Dessureault se fait discrète. Preuve que cette version est efficace, une dizaine d'enfants ont dansé dessus avec une touchante maladresse.
L'homme et la machine
Plus tôt dans la soirée, le public a eu droit à une rencontre du troisième type, alors que Paxcal Bouchard et Beto Montag ont improvisé sur une petite scène aménagée près de La Boîte à Bleuets. Le concept était amusant, puisqu'il consistait à enregistrer des bouts de musique qui étaient immédiatement diffusés en boucle. Le duo pouvait, dès lors, s'en servir comme support pour jouer «live».
Il est fascinant de voir ce qu'on peut faire avec pas grand-chose, dans un tel contexte. Paxcal Bouchard n'avait qu'à faire des bruits avec sa bouche, à additionner quelques tambourinages, voire un zeste d'harmonica, pour tricoter une trame à la fois riche et entraînante.
Au début, on a eu l'impression que Beto Montag était intimidé par cette démarche. Il se contentait de produire des notes délicates, à l'aide de son vibraphone, ou d'agiter un tambourin comme le ferait une choriste. À la troisième tentative, cependant, le Brésilien, qui est l'invité spécial du festival, a tenu son bout face à la machine.
Son jeu est devenu plus incisif et on a assisté à de jolis maillages, une vraie fusion à laquelle le public, toujours plus nombreux, s'est montré sensible. Il était même enthousiaste lorsque le duo s'est associé à une chanteuse, Jennifer, pour créer une pièce vraiment séduisante, dans le genre atmosphérique. Une belle surprise, au royaume de l'expérimentation.