Le DJ Touski, un saint homme

Le DJ Touski méritait un meilleur sort que... (Photo Jeannot Lévesque)

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Le DJ Touski méritait un meilleur sort que celui que lui a réservé le public hier soir, lors du party Balkan Beat qu'il a présenté au centre-ville de Chicoutimi.

Photo Jeannot Lévesque

Daniel Côté
Le Quotidien

(CHICOUTIMI) Le DJ Touski est un saint homme.

Lui qui avait pour mandat d'animer la rue Racine, hier soir, a fait jouer toutes sortes de chansons trafiquées, dont plusieurs épousant des accents folkloriques. Le rythme était contagieux, il faisait beau et des centaines de personnes ont écouté ce qui sortait de l'ordinateur du Montréalais. Le problème, c'est qu'une poignée seulement ont dansé au pied de la scène où oeuvrait l'invité du Festival international des Rythmes du Monde.

Il se trouvait à l'intersection de la rue Labrecque, au centre-ville de Chicoutimi. Arrivé à 20 h, alors qu'il faisait encore clair, le DJ Touski a d'abord montré en quoi consiste sa spécialité, le Balkan Beat. Il a proposé une série de pièces faisant entendre des chants étranges, des airs vaguement russes, ou serbes, ou bulgares, peu importe. Des curiosités transfigurées par la magie du techno.

Trois ou quatre femmes se sont mises à danser, après une quinzaine de minutes. On aurait pu croire que c'était l'étincelle qui manquait pour que le party lève, mais personne n'a suivi leur exemple. Au lieu de les imiter, certains se sont mis à les regarder comme des bêtes curieuses, comme la première fois qu'on voit un basset. Ils ne semblaient pas réaliser que cette soirée était différente des autres, que cette fois, le spectacle ne devait pas venir de la scène, mais de la rue.

Le plus étrange est que la plupart des gens avaient l'air d'apprécier ce qu'ils entendaient. Ils n'affichaient aucune hostilité, au contraire. Sauf qu'à un moment donné, c'est devenu franchement tordu. Même si la noirceur était tombée et même si on avait enfin interrompu la diffusion de publicités sur l'écran placé au-dessus de la scène, le vide s'est créé devant celle-ci.

C'est comme si une partie de la rue était devenue radioactive, celle qui correspond à l'intersection. Ne pas danser est une chose, mais qu'on affiche une telle réserve, proche de la phobie, est difficile à expliquer. On aurait eu besoin d'un sociologue, peut-être aussi d'un psychologue, pour comprendre ce qui se passait. En même temps, on avait le goût de sympathiser avec le DJ Touski, dont les gestes suggérant au public de se rapprocher ne suscitaient aucune réaction.

Par bonheur, l'homme a eu une illumination, après une heure de ce manège ridicule. Étant condamné au silence de par sa fonction, il a arrêté la musique pour capter l'attention des gens et utiliser ses mains pour leur faire signe d'avancer. Miracle! Ils ont compris le message et se sont aperçus que l'asphalte ne leur brûlait pas les pieds et qu'il ne pleuvait pas de sauterelles. Il y avait moins de monde, mais on venait d'atteindre une forme de normalité.

Le DJ Touski sera de retour aujourd'hui à 22 h 30, cette fois dans le hangar de la zone portuaire. Lui qui fut si patient, hier soir, mériterait de se produire devant un public éveillé, ce que favorisera peut-être la tenue de l'événement entre quatre murs. Quant à ceux qui animeront le party disco qui débutera à 20 h, à l'extérieur du bâtiment, on leur souhaite bonne chance. Si le passé est garant de l'avenir, ils en auront besoin.

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