Mardi soir avait lieu la première de «Confidences d'un Baby Boomer», un «one man show» qui marque le retour sur scène de Turbide, un chanteur qui s'est particulièrement illustré à la fin des années soixante. En misant sur cette production, le Complexe touristique de la Dam-en-Terre tournait le dos à son traditionnel théâtre d'été.
Dès les premiers instants de son spectacle, un Serges Turbide dans la vingtaine apparaît en noir et blanc sur deux écrans, dansant frénétiquement au rythme de Mademoiselle Josée. La pièce d'anthologie, disponible sur Youtube, est savoureuse, voire surnaturelle. Sans plus d'effort, les nostalgiques sont conquis.
C'est sur cette assise qu'a été érigée la prestation. Une scénographie sobre, des jeux d'éclairages bien dosés mais surtout, 45 années d'expérience dans le domaine du showbiz.
Cette vie à côtoyer l'industrie, aussi bien devant le public qu'en coulisse, permet à Turbide de jouer avec son trac, de faire des petits accrocs des moments privilégiés.
Un soulier se démantibule? On collera ça à l'entracte.
Tout passe sans friction, sans malaise.
Enchaînant les monologues et les chansons, il multiplie les jeux de mots sans verser dans la redondance.
On reconnaît immédiatement l'influence de QuébecIssime, avec qui Serges Turbide a longtemps été associé. Les pièces qu'il interprète sont minutieusement choisies afin de n'abandonner aucun public, tout en demeurant fidèle aux personnes qui ont vécu, comme lui, les années Yéyé.
Il rend hommage aux Claude Léveillée, Louis Armstrong et Fernand Gignac, mais il s'immisce également dans l'univers des Daniel Boucher et The Mamas and the Papas. Il y va aussi de morceaux originaux, livrés avec une voix honnête et sans prétention.
À plusieurs occasions, il se montre critique envers son époque. Subtilement, il admet avoir vécu des périodes difficiles au cours de sa carrière.
Une salle comble l'a accueilli mardi soir sans trop d'attentes. Le professionnalisme et la sincérité de l'homme, au-delà du personnage, dissipent cependant tout brouillard.
On lui répond, on frappe des mains, on chante des airs surgis du passé.
Serges Turbide ne fait pas ses 64 ans bientôt sonnés. Il ne se déhanche plus comme dans Jeunesse d'aujourd'hui, mais sait rire de ses limites. «Si tu te lèves le matin et que tu n'as plus mais plus nulle part, c'est parce que tu es mort», lance-t-il à un moment.
Tout au long de la présentation, des images défilent sur les écrans et accompagnent l'artiste.
Ces images le montrent tantôt dans sa période René Simard, tantôt dans celle du patchouli et des sandales de macramé.
Les administrateurs de la Dam-en-Terre ont risqué en modifiant leur formule.
Mardi soir, le public a applaudi leur décision.
Et ce même soir, Serges Turbide a démontré que l'expérience ne s'acquiert qu'avec les années de métier et une passion indéfectible.
Confidences d'un Baby Boomer sera présenté au Complexe touristique de la Dam-en-Terre du 10 juillet au 25 août, du mardi au samedi.