Un dernier rendez-vous apprécié

Mark Bérubé (à droite) a charmé le public... ((Photo Patrice Lapointe))

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Mark Bérubé (à droite) a charmé le public hier, avec une chanson a cappella interprétée avec ses musiciens.

(Photo Patrice Lapointe)

Daniel Côté
Le Quotidien

(TADOUSSAC) Ce qui est bien avec le spectacle de clôture du Festival de la chanson de Tadoussac, c'est qu'il permet aux «complétistes», ceux qui veulent tout voir, même si c'est physiquement impossible, de combler les vides causés par les conflits d'horaire. Les grandes vedettes sont généralement absentes, mais comme on a pu le constater hier après-midi, ce rendez-vous témoigne de la profondeur des ressources mobilisées par le comité organisateur.

Pendant plus de trois heures, la scène aménagée à l'intérieur de l'église a vu défiler 17 invités. Chacun étant limité à deux chansons, ça laissait peu de temps pour faire une bonne impression. N'empêche, il y a eu des moments de grâce, comme celui qu'a provoqué Mark Bérubé en entonnant Yebo Mama, a cappella, en compagnie de ses trois musiciens. Cette pièce d'inspiration africaine est si belle qu'une partie de la foule s'est levée pour manifester son appréciation.

Un autre qui a eu droit à ce traitement est Bernard Joyet, un vétéran de la chanson française qu'on était content de retrouver. Toujours aussi drôle, il a proposé deux compositions avec la complicité de la pianiste Nathalie Miravette, dont la virtuosité fait plaisir à entendre. La première a mis en scène un collectionneur de femmes mûres, tandis que la seconde, On sera jamais vieux, a démontré que le passage du temps ne vient pas à bout de toutes les pulsions.

Pour rester dans la même tranche d'âge, Marco et les Torvis ont soulevé la foule avec Madame Thérèse, un extrait de leur nouvel album. Ils étaient sept pour relater l'histoire de cette dame de 84 ans qui opère toujours un dépanneur, dont une trompettiste et un clarinettiste. Le rythme enjoué de cette chanson, qui évoque le lointain souvenir du Dixie d'Harmonium, a fait oublier au public qu'il assistait au spectacle depuis près de trois heures. Reconnaissons que c'est un peu long.

Magnétisme et énergie

L'un des charmes du festival tient aux découvertes qu'on y fait. Des gens y apparaissent sans avoir été précédés d'une rumeur favorable et après dix minutes, on veut tout savoir d'eux. À cet égard, le champion toutes catégories de l'édition 2012 fut Socalled, un anglophone de Montréal qui animait les fins de soirée sous un chapiteau. Il fallait voir la foule nombreuse et très dense qui l'a applaudi, dans la nuit de samedi à dimanche, pour réaliser à quel point cet homme est magnétique.

Il n'a l'air de rien, pourtant, avec son front dégarni, son épaisse queue de cheval et ses lunettes à la Raoul Duguay, première manière. Sauf que ses compositions électro aux accents improbables, genre culture yiddish de l'Europe centrale, marchent à tout coup, ce qu'il a encore démontré hier avec I'm a Cowboy. On a l'impression d'entrer dans la tête d'un type particulièrement singulier, du genre qui mange ses asperges avec des baguettes, et on ne veut pas que ça finisse.

Le duo Kabakuwo, formé d'une Québécoise et d'un Malien, s'est aussi fait des amis en offrant deux titres faisant la part belle à la kora. Cet instrument qui sonne comme une harpe, avec beaucoup d'écho, a profité pleinement des propriétés acoustiques de l'église. Ceux qui ont vécu pleinement le festival, ce qui est synonyme de longues veillées, ont sans doute apprécié ce moment de paix.

Sans nommer tout le monde, ajoutons que Salomé Leclerc a charmé le public avec Ne reviens pas, son premier succès, et qu'Ingrid St-Pierre fut touchante dans La planque à libellules. Dans un tout autre genre, les gars du Québec Redneck Bluegrass Project, qui venaient sans doute de se réveiller, ont bénéficié d'une rare occasion de jouer devant un public familial. Les Saguenéens ont été très bons, en particulier sur J't'à côté d'la track, qui a mis fin au spectacle.

«On va en faire une dernière avant de se reposer chez maman», avait annoncé l'un des membres. Il venait de préciser que le groupe était revenu de Chine cinq jours plus tôt et qu'il s'était produit une fois à Montréal, avant d'animer trois soirées à Tadoussac. Même en carburant à l'eau claire, une pratique qui relève de la science-fiction dans le cas qui nous occupe, ce serait suffisant pour assommer un cheval. Et l'été n'est même pas commencé.

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