Ce n'est pas à tous les jours qu'on peut regarder de l'autre côté du miroir, d'où l'intérêt de la rencontre de presse tenue hier avant-midi, au Musée du Fjord de La Baie. Elle avait pour but de présenter la nouvelle exposition permanente, Des racines et des rêves: un regard neuf sur le Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui sera visible au cours de cinq prochaines années.
On a appris que ce projet de 4,1 millions $, mis en route il y a deux ans, a été appuyé par le ministère de la Culture et des Communications du Québec, ainsi que la Caisse Desjardins de La Baie. Fort bien, mais l'information la plus éclairante est venue de la directrice générale de l'institution, Guylaine Simard.
«C'est la première fois de ma vie que je suis aussi nerveuse pendant une conférence de presse, a-t-elle souligné. J'ai été l'élève de monsieur Bouchard et même aujourd'hui, je suis restée la petite étudiante impressionnée par son travail. En préparant cette exposition, j'ai donc atteint la félicité professionnelle.»
Le monsieur Bouchard en question, c'est Gérard, évidemment. Présent à ses côtés, il a souri en entendant la confession de son élève devenue partenaire. Lui aussi était heureux de constater que le fichier BALSAC, cet outil de recherche créé il y a 40 ans afin de procéder à l'étude des populations, vient d'être mis à la portée du commun des mortels.
«Je veux exprimer la reconnaissance et l'admiration que j'éprouve pour ce que le musée a fait avec cette exposition. Je remercie personnellement Guylaine Simard qui a bien vu que ce fichier sort de l'ordinaire», a mentionné le professeur de l'UQAC avant de se tourner vers la directrice générale. «Pour cette exposition, tu mériterais un A+», lui a-t-il annoncé.
Un clin d'oeil émouvant
C'est à la suite d'une étude portant sur la population de Laterrière, réalisée en 1971, que Gérard Bouchard a constitué le fichier BALSAC. Pour créer cet outil unique en son genre, lui et ses collègues ont intégré les actes de baptême, de mariage et de sépulture produits dans les paroisses du Saguenay-Lac-Saint-Jean depuis l'arrivée des premiers colons.
Derrière ces murs de chiffres, l'historien et sociologue a brossé le portrait d'une communauté singulière, mais pas pour les raisons qu'on invoque habituellement. Appelé à dresser les liste des faussetés les plus courantes, il évoque les ménages consanguins, les maladies héréditaires, les 21 personnes qui seraient à l'origine de toute une population, de même que les familles qu'on croyait plus nombreuses qu'ailleurs.
«On a dit aussi qu'il y avait trop de Tremblay. Des gens de Montréal m'ont raconté qu'ils représentaient 75% des Saguenéens et des Jeannois, alors que le vrai chiffre est 7%», rapporte Gérard Bouchard. Toujours au chapitre des perceptions erronées, il contredit l'image de soumission qu'on donne de nos ancêtres.
«On a prétendu que les Canadiens français étaient dominés, aplatis, ce qui n'est pas conforme à la réalité. En 1899, par exemple, des cultivateurs de Jonquière se sont unis pour construire une première usine de pâte et papier», fait observer l'universitaire.
L'exposition fait écho à ces clichés, ces distorsions que même chez nous, on véhicule machinalement. Le défi consistait à rendre digeste une avalanche de données, à utiliser le langage de la muséologie afin que les visiteurs âgés de 12 ans et plus apprécient leur passage au musée. «Comme au théâtre, il faut illustrer le contenu, les thématiques», explique Guylaine Simard.
Des bornes interactives, des films et des panneaux explicatifs accompagnent les objets qui témoignent du mode de vie des anciens. Il y a plein de photographies, aussi, dont quelques séries qui sont diffusées à l'entrée de l'exposition, devant un magnifique berceau.
Avant de quitter le musée, Gérard Bouchard a été invité à observer l'un des écrans qui projettent ces images en boucle (celui qui se trouve sous la photographie d'un couple et d'un enfant). Il a reconnu sa mère, ses deux parents, puis leurs cinq enfants, alignés par ordre de grandeur.
«Je suis très ému. C'est pas croyable», a confié le professeur aux artisans de l'exposition. Lui qui croyait tout savoir sur Des racines et des rêves venait de découvrir qu'au même titre que le fichier BALSAC, il a fait son entrée au musée.