Oubliez l'aspect esthétique d'un changement de sexe. Le rouge à lèvres, les bas collants, les talons hauts. Dans Laurence Anyways, tout ça est accessoire. Dans son troisième film, Xavier Dolan se concentre sur les émotions, les sentiments.
Des sentiments incarnés à merveille par les comédiens. La performance de Suzanne Clément est d'ailleurs digne de mention. Dans le rôle de Fred, la conjointe du personnage principal, l'actrice donne vie à des scènes prenantes grâce à une interprétation d'une sincérité poignante.
L'interprète de Laurence Alia, Melvil Poupaud, se métamorphose devant le spectateur d'une façon remarquable. Lui aussi permet au cinéphile d'assister à des moments de vive émotion, notamment lors d'une scène téléphonique avec sa mère.
Laurence Anyways se déroule dans les années 90. Après deux ans d'amour, Laurence, un auteur et professeur qui réussit bien, annonce à sa conjointe Fred qu'il veut devenir une femme. En fait, il lui révèle enfin qui il est vraiment.
« Je vais mourir si je ne te le dis pas », lui lance-t-il alors qu'ils se retrouvent dans un lave-auto. Fred décide de se lancer avec son amoureux dans cette démarche, de l'appuyer et d'affronter à ses côtés les préjugés de leurs proches et de la société.
D'abord, les questionnements. Puis l'amour plus fort que tout qui guide le couple pendant un certain temps. Mais la pression sociale est forte, omniprésente.
Pendant 10 ans, ils tentent envers et contre tous de survivre à cette nouvelle réalité qui semble sans issue pour leur couple.
Laurence Anyways raconte l'histoire d'une femme née dans un corps d'homme, qui doit choisir entre la mort ou afficher qui elle est vraiment. Mais c'est aussi une histoire d'amour, qui tente de résister à la tourmente, aux préjugés.
C'est également la réaction d'une mère, d'une belle-mère, d'une soeur, à la nouvelle image d'une personne qu'elles connaissent et aiment, mais aussi à la décision de sa conjointe de demeurer avec elle et de l'accompagner dans tout ça.
Xavier Dolan traite du sujet d'une façon poétique. L'amour qui lie les personnages occupe une place de premier plan. L'ensemble est touchant.
La musique, très présente, contribue à accentuer le sentiment d'oppression qui se dégage de certaines scènes.
Le rendu est toutefois beaucoup trop long. Près de 2 h 45, peu importe le contenu, c'est difficile à digérer pour le spectateur.
Laurence Anyways permettra-t-il à la société de faire un pas en avant? Servira-t-il la cause de ces personnes qui vivent dans le mauvais corps? On le souhaite. Une chose est certaine, il ne nuira pas.
Laurence Anyways est à l'affiche partout au Québec depuis vendredi. Le film sera également présenté en sélection officielle dans la catégorie «Un certain regard», au Festival de Cannes.