Tel est l'exercice auquel s'est livré le photographe du Quotidien et de l'hebdomadaire Progrès-Dimanche, Gimmy Desbiens, au cours des derniers mois. Il a capté 28 images calquées sur des clichés réalisés par ses prédécesseurs, au fil du dernier siècle, afin de montrer comment ont évolué différents sites répartis entre les municipalités de Desbiens et Sainte-Monique.
Ce projet, monté de concert avec la Société d'histoire du Lac-Saint-Jean, trouvera son aboutissement aujourd'hui, à 17h, à Alma. On procédera alors au vernissage de l'exposition Nos villes et villages, d'hier à aujourd'hui, un événement auquel tous sont invités à participer en se rendant à l'Odyssée des Bâtisseurs.
Ce qui les attend là-bas, c'est un étonnement partagé. Au même titre que Gimmy Desbiens, né à Alma il y a 28 ans, la plupart des visiteurs seront saisis par le contraste entre ce qui fut et ce qui existe désormais. Dans sa propre ville, par exemple, le photographe a découvert de nombreux bâtiments qui, pour toutes sortes de raisons (incendie, désuétude, développement irréfléchi), sont disparus du paysage urbain.
«Au coin des rues Collard et Labrecque, il y a eu une école blanche de 1910 jusqu'en 1960. Aujourd'hui, c'est le stationnement de la caisse populaire. Il y a aussi une image du lieu où se trouve la scène Bell, sur Collard. Dans un édifice qui a été démoli, Jean le Photographe avait aménagé son studio», rapporte Gimmy Desbiens.
Tous les changements n'ont pas été pour le pire. Il souligne ainsi la prolifération des poteaux électriques sur la rue Sacré-Coeur, une pollution visuelle que la communauté almatoise a cessé de subir. Quant aux deux photographies captées à partir du clocher de l'église Saint-Joseph, en direction du centre-ville, elles montrent comment un gros village a négocié sa transition vers le modernisme.
Une réflexion sur le patrimoine
On a mentionné Jean le Photographe, tantôt, et c'est justement lui qui a donné naissance à Nos villes et villages, d'hier à aujourd'hui. Après avoir vu une exposition rassemblant quelques-unes de ses photographies, en effet, Gimmy Desbiens a eu l'idée d'offrir le contrepoint, de juxtaposer le présent au passé.
Il a vite obtenu le feu vert du directeur de la Société d'histoire du Lac-Saint-Jean, Alexandre Garon, ainsi que la collaboration de l'archiviste Gaston Martel. Une fois sélectionnées les 28 images d'antan qu'on souhaitait présenter, celui-ci a produit des fiches décrivant ce qu'elles renferment. Il a aussi aidé le photographe à repérer les sites, ce qui fut moins évident qu'on pourrait l'imaginer.
«Il y a des endroits qui ont beaucoup changé. À Desbiens, j'ai dû me tasser d'une quarantaine de pieds, par rapport à la photographie d'origine, parce que les petits arbres qu'on voyait sur l'image étaient rendus trop gros», raconte Gimmy Desbiens. À Métabetchouan, par ailleurs, il a fallu utiliser le presbytère comme point de repère, puisque l'église actuelle n'occupe pas la même position que l'ancienne.
Une autre chose qui l'a frappé, c'est l'intérêt soulevé par l'exposition. Déjà, les médias locaux ont effectué un battage publicitaire digne d'un gros festival. En parallèle, les réseaux sociaux se sont mobilisés, plusieurs s'appuyant sur ce projet pour déplorer la façon dont la ville d'Alma gère les dossiers patrimoniaux.
«Je ne pensais pas qu'il y avait autant de gens qui s'intéressaient au vieux Alma. Ça se parle beaucoup sur Facebook. On trouve que la ville ne conserve pas assez de choses», constate le photographe. D'aucuns expriment le désir de voir le contenu de l'exposition transposé dans un livre, peut-être même enrichi, puisque les archives de la Société d'histoire du Lac-Saint-Jean n'ont pas livré tous leurs trésors, loin s'en faut.
«Elle possède de 7000 à 8000 images qui remontent jusqu'en 1903. L'histoire est là et, en même temps, ces documents permettent d'apprécier le travail accompli par les pionniers de la photographie. À sa manière, l'exposition aussi leur rend hommage», fait valoir Gimmy Desbiens.